Sign in
Download Opera News App

 

 

Y a-t-il vraiment l’argent dans taxi compteur ? Un ancien "djoulatchê" donne son expérience

Le secteur des transports brasse beaucoup d’argent. Si bien qu’il est l’un des secteurs où les Ivoiriens investissent le plus. Ainsi, lorsque tu veux entreprendre, l’on te conseille de commencer par le business des transports, plus précisément des taxis compteurs.

Et pourtant, selon un ancien djoulatchê (Propriétaire de véhicules de transport), Kanigui Yéo, le taux de réussite dans ce secteur est largement inférieur à la moyenne. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, affirme-t-il, « c’est très compliqué ! ». Aussi, conseille-t-il sur son blog sur son blog kanigui.com d’avoir un minimum de connaissances sur le business des taxis compteurs avant de s’y lancer.

« Si vous n’avez pas le minimum de connaissances sur l’activité, vous aurez de mauvaises surprises. Ceux qui vous encouragent vous font un calcul linéaire qui peut être très alléchant mais… », Prévient-il.

Un secteur très réglementé !

A en croire Kanigui Yéo qui est actuellement manager général de Yara Côte d’Ivoire, « l’activité de taxi compteur est très réglementée en Côte d’Ivoire. La réglementation vous imposera de nombreuses démarches administratives et des coûts cachés.

-Le registre du commerce et du crédit mobilier est obligatoire

-La déclaration fiscale d’existence

-La carte de transporteur

Ces trois documents sont obligatoires et se font dans des administrations différentes. Vous aurez donc à faire des démarches au ministère des transports, à une direction régionale des impôts et au tribunal du commerce pour le RCCM. »

Quel véhicule choisir ?

Selon l’ancien djoulatchê, « une fois que vous avez les autorisations administratives, vous pouvez penser à votre véhicule à proprement parler. Si vous regardez le parc de taxis compteurs de la ville, vous verrez qu’il est dominé par une marque : Toyota. Il y a plusieurs raisons, mais l’une des raisons c’est la solidité des vieilles Toyota, mais aussi et surtout la disponibilité des pièces de rechange, la facilité pour les mécaniciens locaux de les dépanner. Si vous optez pour ces modèles, de nombreux parcs auto vous les proposent déjà prêts avec le compteur et la couleur orange obligatoire (presque).

L’une des options c’est de prendre un petit véhicule neuf chez les concessionnaires autos qui offrent aujourd’hui des modèles à des tarifs relativement accessibles comme la Suzuki Alto qui consomme peu avec ses 3 cylindres ».

La routine

Un bon chauffeur

Après ces deux grandes étapes, poursuit M. Yéo, l’étape la plus cruciale est le choix du chauffeur. « Une fois que vous avez ces éléments, il vous faut un bon chauffeur. J’insiste là-dessus. Le bon chauffeur est celui qui se soucie du véhicule comme s’il lui appartenait, c’est celui qui n’invente pas des pannes et ne vous raconte pas des histoires quand vient l’heure de verser la recette », explique-t-il.

Avant de témoigner : « J’ai passé deux années avec un excellent chauffeur et j’étais plutôt tranquille. La confiance était au rendez-vous et je le connaissais bien, je connaissais sa famille. Il me faisait des points sans histoire chaque dimanche et suivait très bien le programme des entretiens hebdomadaires. Aujourd’hui il existe des traceurs GPS moins cher qui peuvent aider à suivre son taxi et éliminer les mensonges des chauffeurs. »

Un bon mécanicien

Une autre étape non moins primordiale, insiste le patron de Yara Côte d’Ivoire, est celle du choix de votre mécanicien.

« Le taxi compteur tourne beaucoup et passe énormément de temps dans les bouchons. Avec notre climat et nos routes, autant dire que ces véhicules opèrent dans des conditions difficiles. Pour que le véhicule ait une longue vie, il vous faudra un mécanicien honnête et un programme rigoureux d’entretien. La vidange de l’huile de moteur doit être faite chaque semaine pour les véhicules anciens pris en seconde main. Les pneus, phares et autres doivent être bien suivis ainsi que la vidange de l’huile de la boîte de vitesse », recommande-t-il.

Puis de conter sa mésaventure : « J’ai vendu mon taxi parce que le chauffeur a dû rentrer en Guinée pour des problèmes de famille. Le remplaçant s’est entendu avec le mécanicien pour vendre la boîte de vitesse ! Ce chapitre est très important et vous devez choisir en connaissance de cause. Vous pouvez imposer votre propre garage et vous assurer que le chauffeur y fasse toutes ses réparations. »

L’assurance MATCA et la visite technique

Les deux dernières étapes qui s’imposent au futur transporteur, confie Kanigui Yéo, sont la MATCA et la visite technique.

« La Mutuelle des Assureurs de Taxis Compteurs d’Abidjan (MATCA) sera votre allié. Vous devrez payer une assurance tous les mois pour à peu près quarante mille francs CFA. Sans quoi vous serez hors la loi et aurez affaire à la police tous les jours. Le taxi compteur doit faire la visite technique deux fois par an. C’est une surprise la première fois qu’on l’apprend. Et il faut aussi payer la patente en plus de la vignette automobile. Il faut enfin noter que le compteur est inspecté pour s’assurer qu’il n’a pas été truqué. Il y a un marché pour truquer les compteurs et votre chauffeur peut le faire à votre insu. A la visite vous risquez gros », avertit-il

Tout ça pour combien au juste ?

Une fois toutes ces étapes franchies, la rentabilité ou le retour sur investissement est une autre paire de manche.

« Vous verrez des gens dire que le taxi se rembourse en dix mois ou un an tout au plus. C’est possible mais en réalité ils occultent une partie des dépenses. Aujourd’hui vous n’aurez pas un taxi correct à moins de cinq millions de francs. La recette journalière est de 22.000F dont 17.000F pour le propriétaire et 5.000F pour le chauffeur. Ma recommandation est de garder la paie du chauffeur dans la recette et la lui verser en fin de mois. Sinon il vous fera des versements incomplets et prendra toujours sa part entièrement. Le dimanche et les vacances scolaires sont des périodes de vaches maigres et il faut s’attendre à des recettes incomplètes. Il faut retirer des recettes les coûts des vidanges, de l’assurance, les visites techniques, les remplacements de pneus, les frais pour les mécaniciens et les jours où le chauffeur ne fait pas la recette », révèle-t-il.

Et de raconter : « On m’a demandé pourquoi je n’ai pas continué l’activité. Le chauffeur honnête que j’avais est parti et le nouveau était un truand. Il inventait des pannes pour empocher la recette. Je l’avais plusieurs fois vu en circulation avec des clients alors qu’il était censé être au garage. J’ajoute aussi que mes activités professionnelles me rendaient de moins en moins disponible à Abidjan pour suivre le véhicule de près. Le taxi comme les autres activités que j’ai entreprises m’a conduit à une même conclusion : entreprendre demande d’être disponible, totalement impliqué pour bien suivre afin d’éviter de se faire voler. »

Content created and supplied by: Pierre_Ephèse (via Opera News )

COMMENTAIRES

Chargez pour lire plus de commentaires