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Les origines du Covid-19 sucitent toujours débat

Suivie un certain temps, mais écartée par la suite, l’hypothèse d’une fuite accidentelle du coronavirus à l’origine du Covid-19 depuis un laboratoire refait surface et est très sérieusement envisagée par certains scientifiques, alors que l’OMS a qualifié d’«extrêmement improbable» cette piste.

Au moment où la pandémie de Covid-19 ne faisait que commencer, début 2020, le scénario principal de l'émergence de la maladie mettait en vedette une chauve-souris comme animal «réservoir» du virus et une civette ou un pangolin en qualité d’«hôte intermédiaire». La combinaison de deux virus aurait débouché sur une épidémie à l’échelle planétaire après la transmission du virus à l’homme sur un marché chinois.

Des missions ont été lancées dans plusieurs laboratoires chinois sans que cette hypothèse ne soit confirmée par des preuves. Mais aujourd’hui l’idée d'une «origine naturelle» du virus semble se fragiliser de nouveau, tandis que celle d'une contamination en provenance d’un laboratoire de virologie revient sur le devant de la scène, constate L’Express, rappelant que certains chercheurs avaient retenu cette piste dès janvier 2020 et se tournaient vers le bâtiment de Wuhan classé P4 (pour niveau quatre, le plus élevé en matière de biosécurité).

D’ailleurs, début mai 2020, Mike Pompeo, alors secrétaire d'État américain, avait affirmé qu'il existait «un nombre significatif de preuves» que le nouveau coronavirus provienne d'un laboratoire de Wuhan. Mais une dizaine de jours plus tard, le professeur Raoult avait affirmé que personne n’était encore capable de créer un virus pathogène, rejetant la théorie selon laquelle l’agent infectieux aurait été créé artificiellement en laboratoire.

Après les accusations de Washington, un responsable de l'Institut de virologie de Wuhan avait évoqué l’organisation des activités et les mesures de sécurité de l’établissement.

Une hypothèse qui «ne peut être exclue»

Ainsi, un collectif baptisé DRASTIC a lancé sa propre enquête indépendante sur l’origine de la pandémie, ne faisant pas confiance aux conclusions de l’OMS. En France, un groupe s’est formé autour du virologue Étienne Decroly, directeur de recherche au CNRS et à l’université d'Aix-Marseille.

«Quand on connaît les outils de biologie moléculaire et de génétique utilisés sur les coronavirus, à Wuhan et ailleurs dans le monde, on comprend vite que l’hypothèse d’un virus échappé d’un labo ne peut être exclue», a-t-il déclaré à L’Obs.

Le «groupe de Paris» a publié en mars 2021 une tribune, notamment dans Le Monde, pour appeler à une nouvelle enquête sur les origines du Covid-19, rappelant que celle qui avait été réalisée par une équipe conjointe de l’OMS et des autorités chinoises n’avait pas fourni «de preuve démontrant une origine entièrement naturelle de ce virus.»

En effet, l'animal intermédiaire n'a toujours pas été identifié.

«Les chances d'un accident lié à une collecte de virus ou à une sortie accidentelle du laboratoire P4 de Wuhan sont d'environ 70%», a affirmé à L’Express Gilles Demaneuf, data-analyste membre de Drastic.

Retour en arrière

Dans ce contexte, le journal revient en 2012, lorsque six hommes avaient été hospitalisés en Chine avec des symptômes de pneumonie sévère. Tous ont travaillé dans une mine désaffectée peuplée de colonies de chauves-souris. Ils avaient passé jusqu'à deux semaines à extraire le guano des mammifères volants du sol des galeries. Les symptômes qu’ils présentaient ressemblaient à ceux du Covid-19. En outre, le SRAS-CoV-2 proviendrait précisément de cette espèce de chauve-souris, selon la plupart des chercheurs. Toutefois, la mégalopole de Wuhan ne compte pas de colonies de ces mammifères.

Dès le 23 janvier 2020, les chercheurs de l'Institut de virologie de Wuhanpostent sur un site de prépublication un article sur la découverte du virus génétiquement le plus proche du SRAS-CoV-2, RaTG13. Son génome est identique à 96,2% au virus responsable du Covid-19. Deux mois plus tard, une biologiste autrichienne s'aperçoit que RaTG13 possède un jumeau présent dans GenBank, la principale base de données publique de séquences génétiques, RaBtCoV/4991. En juillet 2020, la patronne du laboratoire P4 de virologie de Wuhan, déclare à la revue Science que RaTG13 n'est autre que RaBTCoV/4991. Le virus a bien été prélevé sur une chauve-souris dans la mine désaffectée où sont tombés malades les six hommes.

Une erreur de manipulation humaine?

Étienne Decroly et Gilles Demaneuf demandent dans ce contexte une «expertise plus poussée en la matière». Hervé Fleury, professeur émérite de virologie au CNRS et à l'université de Bordeaux, est du même avis.

«On ne peut pas évacuer cette hypothèse, et certains éléments sont troublants», a-t-il indiqué à L'Express.

Il constate que dès 2013, un an après la maladie des mineurs, la patronne du laboratoire P4 avait constaté le potentiel du virus de «passer directement à l'Homme sans hôte intermédiaire».

Selon lui, le virus agit comme un cambrioleur qui aurait les clés d'une maison. Ce qui pousse les scientifiques à se demander si ces caractéristiques étranges ne seraient pas le résultat d'expériences.

Des accidents sont déjà arrivés dans ce domaine, souligne Hervé Fleury, rappelant que, dans les années qui ont suivi l'épidémie de SRAS de 2003, au moins quatre fuites d'un laboratoire avaient été détectées. D’ailleurs, la grippe A(H1N1) de 1977 avait été causée par une erreur de manipulation humaine d'un virus qui aurait circulé dans les années 1950.

Le rapport

Dans un rapport publié fin mars, l'équipe internationale d'experts chinois et de l'OMS avait jugé la transmission à l'homme du virus par un animal intermédiaire «probable à très probable», qualifiant l'hypothèse d'un incident de laboratoire d’«extrêmement improbable».

La transmission directe du virus via l'animal réservoir avait été estimée «possible à probable» par les experts qui n’écartaient pas non plus l'hypothèse d'une transmission par de la viande surgelée, un scénario «possible».

Les spécialistes avaient également indiqué ne pas avoir étudié le cas d'une fuite volontaire et jugé «extrêmement improbable» un accident.

 

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