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Musique en CI: L'époque d'une musique intemporelle à celle d'une " musique fast food". A qui la faute?

Photo archives/ Feu Ernesto, l'une des fiertés de la musique ivoirienne. Ses chansons continuent de traverser les temps

* Il était une fois

Après la musique traditionnelle, puis la musique moderne dans la période des Indépendances, la décennie 1990-2000 a enregistré l'émergence d'une troisième vague de musiques qui a relégué la génération des Bailly Spinto, Aïcha Koné, Wedji Ped et autres monstres sacrés, aux oubliettes.

Et pourtant, la génération 1960-1990 se caractérise par un sacro-saint respect des fondamentaux de la musique. En effet, la qualité de la voix, essentielle, était doublée de la maîtrise des instruments. Chaque chanteur appartenait à un orchestre structuré, creuset de formation pour tout membre, avec les nombreuses répétitions auxquelles les artistes étaient astreints.

De plus, les orchestres eux-mêmes étaient complets, avec des instruments à vent, à corde pincée, pour percussion...Tout ce qui est nécessaire à la production de sons harmonieux pour la satisfaction du mélomane.

Ainsi, avait-on sur la place de nombreux orchestres talentueux, dirigés par des maîtres de la musique : Le Dopé national, les Mewlessels, les Djinarous, les Ziglibithiens, l'Orti, etc. De véritables laboratoires où se formaient de grands artistes.

En plus, l'absence ou du moins la rareté des studios d'enregistrement au plan local obligeait nos artistes à se rendre en Occident pour l'enregistrement de leurs œuvres. Ne sortait pas un disque qui voulait, et toutes les conditions étaient réunies pour que chaque œuvre mise sur le marché fût toujours de bonne facture.

Photo/ Amédée Pierre, le Dope national

Puis vint la période 1990-2000, qui a vu intervenir au plan technologique, de profondes mutations allant dans le sens de la simplification des processus de production des œuvres musicales. La miniaturisation, puis la digitalisation et l'avènement des ordinateurs va bouleverser l'univers du son, avec notamment la concentration de toute la panoplie des sons et des rythmes inimaginables dans une seule boîte à sons, que peut manipuler un seul technicien, pour satisfaire tous les besoins de n'importe quel musicien ou prétendu tel désireux de se faire produire.

* L'époque de rupture pour "une musique fast food "

Dès lors, va se produire une rupture, voire une cassure dans le domaine de la musique : la qualité va progressivement battre en retraite, le milieu étant envahi par des acteurs plus motivés par le m'as-tu vu, l'appât du gain facile, que par la volonté de servir un art noble.

D'autres facteurs vont précipiter cette descente aux abysses : la détérioration de la situation, politique, économique et sociale qui va perturber les habitudes de vie et de consommation, et générer de nouveaux courants musicaux, plus portés sur la revendication véhémente et sur l'expression du dépit existentielle par la combinaison de la musique et de l'humour cinglant, avec pour terrain d'expression privilégié, les campus universitaires et les bars et maquis mal famés des grandes villes.

Photo/ Kerozen DJ, la nouvelle génération d'artistes

Les acteurs de ces nouvelles tendances sont essentiellement des jeunes, peu désireux de passer sous les fourches caudines de l'apprentissage méthodique et rigoureux.

Jeunes sont aussi les animateurs des nombreux espaces de plein air, des bars et maquis et des nombreuses radios de proximités qui voient le jour.

Conséquence : sous l'impulsion de ces animateurs jeunes et ayant une sensibilité plus ouverte sur la "musique fast food" gagne du terrain. La musique de la génération précédente, celle de la bonne qualité, est progressivement marginalisée.

Du coup, c'est le triomphe d'un certain type de musique populiste, qui phagocyte peu à peu la musique normative, conventionnelle. 

Aujourdhui, la technologie mettant à la disposition du public des solutions de prêt-à-produire sur commande, nous assistons à une mutation mais rapide et peut-être irréversible de notre musique vers des modèles prêts à consommer.

Photo/ Bebi Philippe

Il suffit de confier à un habile manipulateur de boîte à rythmes, un synthétiseur pour produire, quelle que soit votre voix, entre 8 heures et 23 heures, un CD immédiatement prêt à être diffusé sur Internet, dans les espaces de plein air ou sur les radios commerciales ou de proximités.

Le résultat en est la mise à l'écart des anciens, et la méconnaissance par la nouvelle génération, d'une forme de musique que d'aucuns estimaient de bonne, éducative, formatrice et distrayante.

Mais il appartient au public de se faire une opinion personnelle et de déterminer ses choix en la matière. Souhaitons toutefois que la bonne musique ne meure pas.

José TETI

Content created and supplied by: Jose_Teti (via Opera News )

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