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Côte d’Ivoire : la sécurité humaine à l’épreuve

Géopolitique de la Côte d’Ivoire. Début 2012, la sécurité humaine n’est pas suffisamment prise en compte dans le dispositif sécuritaire ivoirien. Une telle situation a pour conséquence le développement de l’insécurité dans tout le pays. A l’heure où la Côte d’Ivoire sort d’une crise grave, le gouvernement doit penser à prendre en compte la sécurité humaine dans la mise en œuvre de la nouvelle politique de défense et de sécurité à travers le processus de Réforme du secteur de sécurité (RSS)

DEPUIS la fin de la crise post-électorale, les questions de sécurité sont devenues prioritaires et se posent avec acuité en Côte d’Ivoire. Elles ne cessent de prendre une place grandissante dans les discours des politiques et militaires du pays. Populisme, démagogie ou réalisme ? Une chose est sûre, tous les différents gouvernements qui se sont succédés jusque là, ont fait des questions sécuritaires leur cheval de bataille. Cependant, aussi paradoxal que cela puisse paraître, pendant que les autorités compétentes en charge de ce dossier aussi crucial que délicat s’activent dans la recherche de moyens en vue d’améliorer le quotidien des ivoiriens, l’on se rend compte que les populations sont de plus en plus exposées à l’insécurité sur toute l’étendue du territoire et quelle que soit leur catégorie socioprofessionnelle.

Le constat qui se dégage, c’est qu’un an après la crise post-électorale sanglante, la stabilité et la sécurité de la Côte d’ Ivoire semblent toujours difficiles à atteindre. Au-delà de ce simple constat qui interroge les véritables capacités de l’Etat ivoirien à assurer l’une de ses fonctions régaliennes, c’est plutôt le type d’appareil sécuritaire qu’il faut aux ivoiriens qui nous interpelle. Ainsi, à l’heure où le pays sort d’une profonde crise, de quel dispositif sécuritaire les ivoiriens ont-ils besoin ? Une telle interrogation invite à un aggiornamento de la politique de sécurité mise en place en ce moment par les autorités du pays. Cette adaptation de l’outil sécuritaire ivoirien au contexte sociopolitique actuel devrait à priori être fondée sur la sécurité humaine, concept qui malheureusement est mis à rude épreuve en cette période post-crise. En effet, l’état de délabrement dans lequel le système de sécurité ivoirien s’est trouvé au lendemain des affrontements post-électoraux et les nombreuses rumeurs « fondées ou infondées » de déstabilisation dont le pouvoir actuel fait l’objet, poussent les différents gouvernements du Président Ouattara à renforcer la sécurité étatique au détriment de la sécurité humaine. Sans doute, une erreur stratégique d’appréciation qui a de lourdes conséquences sur les populations. A travers cet article, nous aborderons dans une première partie, la sécurité humaine d’un point de vue théorique avant de la confronter dans une deuxième partie à la situation en Côte d’Ivoire. Dans une troisième partie, il sera question d’analyser la réforme du secteur de la sécurité comme cadre concret de renforcement de la sécurité humaine dans l’appareil sécuritaire ivoirien.

La sécurité humaine, fondement de la stabilité et du développement

Issu des grands bouleversements géopolitiques observés dans les années 90, la sécurité humaine se veut être un concept qui dépasse l’idée classique et restreinte de la sécurité de l’Etat (sécurité nationale). Selon Stéphane de la Peschadière, « la sécurité humaine propose à la fois d’élargir et d’approfondir la notion de sécurité. L’élargissement consiste à prendre en compte un large éventail des menaces, l’approfondissement à choisir comme objet de la sécurité non plus les Etats mais les individus ». Abordant dans le même sens, Jean-François Rioux estime pour sa part que la sécurité humaine « part plutôt d’une définition de l’insécurité comme l’ensemble des menaces politiques, économiques, sociales, environnementales et culturelles auxquelles se confrontent les individus dans leur vie quotidienne ».  Partant de cette définition, il va sans dire que la sécurité humaine vise à protéger les individus contre des menaces telles que la pauvreté, la famine, la maladie, la criminalité, les catastrophes naturelles, les violations des droits de l’homme, l’arbitraire, la violence, les déplacements internes, la traite des êtres humains ou encore le chômage. En un mot, la sécurité humaine à pour objectif de garantir l’épanouissement, le respect des droits fondamentaux et l’intégrité de la personne. On comprend bien qu’à travers ce concept, l’individu devient le référent du dispositif sécuritaire d’un pays.

Dans son approche holistique , la sécurité humaine va au-delà de la sécurité physique des personnes et des biens. Elle englobe une série plus ou moins importante de droits de l’individu, dont les uns sont les produits attendus du développement économique et social (pouvoir vivre décemment de son travail, accéder à la santé et à l’éducation) et les autres relèvent des modalités d’exercice du pouvoir (Etat de droit, reconnaissance des libertés fondamentales). Autrement dit, les domaines sécuritaire, humanitaire, sanitaire, économique, juridique sont abordés et envisagés comme une priorité pour la sécurité de chaque individu. Selon Charles Philippe David et Béatrice Pascual, « L’idée de la sécurité humaine est à la fois simple et vaste puisqu’elle couvre tous les domaines qui touchent de près ou de loin à la sécurité des individus, et non plus seulement à celle des Etats et de leurs gouvernements ». Cette assertion suppose donc que la sécurité humaine apparaît comme un pilier essentiel de la stabilité, elle-même essentielle au développement et à la croissance économique de tout pays. En tant que notion novatrice dans le paysage des relations internationales, elle devrait plutôt être promue pour le bien être des populations. Car si de nos jours, la sécurité des Etats semble être un acquis, elle l’est moins pour les individus et chaque jour est un peu plus compromise. La sécurité humaine a pour enjeu de consacrer la défense des individus avant celle des Etats d’autant plus qu’elle est attentive aux conditions de vie et de développement de chacun et soucieuse du fait que la plupart des conflits et malaises sociaux proviennent d’inégalités ou d’injustices sociales prononcées. A l’aune de ces approches théoriques passées en revue, nous pensons qu’en Côte d’Ivoire, la sécurité humaine n’est pas suffisamment prise en compte dans la politique de sécurité intérieure mise en place en cette période de reconstruction post-crise.


La Réforme du secteur de sécurité : cadre de renforcement de la sécurité humaine dans le dispositif sécuritaire ivoirien

Considérée comme un processus politique et social complexe, la Réforme du secteur de la sécurité (RSS) apparaît comme une notion large qui se caractérise par la diversité des réalités qu’elle recouvre. Selon l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), « La réforme du secteur de la sécurité sert à designer la transformation du secteur/système de sécurité, lequel comprend tous les acteurs, leurs rôles, responsabilités et actions, qui unissent leurs efforts afin que la gestion et le fonctionnement de ce système soient plus respectueux des normes démocratiques et des sains principes de bonne gestion des affaires publiques et contribuent ainsi à l’efficacité du dispositif en matière de sécurité ». Partant de cette définition, nous pouvons dire que la RSS apparaît comme un impératif pour tout processus de sortie de crise réussie. Sa mise en œuvre en Côte d’Ivoire devrait permettre une restauration et une restructuration en profondeur du système de défense et de sécurité ivoirien. Cette réforme doit absolument être le cadre du développement et du renforcement d’une approche de la sécurité humaine, fondée sur la logique de développement humain et durable. La prise en compte à la fois de la sécurité humaine et de la sécurité étatique à travers la RSS devrait permettre au gouvernement ivoirien d’élaborer une nouvelle politique de sécurité globale. Selon l’Institut national des hautes études de la sécurité (INHES), « La sécurité globale est, au-delà d’un Etat, la capacité d’assurer à une collectivité donnée et à ses membres un niveau suffisant de prévention et de promotion contre les risques et les menaces de toutes les natures et de tout impact, d’où qu’ils viennent dans des conditions qui favorisent le développement sans rupture dommageable de la vie et des activités collectives et individuelles ».

La RSS se veut donc être un cadre propice de la prise en compte de la sécurité humaine dans la politique de sécurité intérieure de la Côte d’Ivoire en ce sens que sa mise en œuvre complète contribuera à résoudre un certain nombre de problèmes qui perturbent les ivoiriens et pénalisent leur épanouissement. A l’issu de ce vaste programme, les forces régulières de défense et de sécurité devraient être équipées à la hauteur des missions qui leur incombent. Elles devraient par ailleurs être en mesure de lutter de façon efficace contre l’insécurité qui gangrènent le quotidien des ivoiriens. C’est en procédant ainsi qu’elles pourront restaurer l’Etat de droit sur tout le territoire national et prévenir la violence. C’est à travers la réforme du secteur de la sécurité que l’Etat ivoirien pourra construire une armée moderne, républicaine, disciplinée, soucieuse d’éthique et respectueuse de sa population. Grâce à la RSS, les troupes en sureffectif communément appelées « les jeunes associés  » et les miliciens pourront être désarmés, démobilisés et réintégrés dans le tissu social ivoirien. La nécessité de débarrasser le pays des ALPC constitue une étape importante sur laquelle le processus de RSS devra insister. En effet, l’expérience a montré qu’outre la crise post-électorale, c’est la défaillance de l’appareil sécuritaire qui a conduit à une prolifération anarchique des ALPC dans toute la Côte d’Ivoire. D’une part, les circuits illégaux de commerce d’armes ont échappé à l’autorité de l’Etat et d’autre part, les individus se sentant de plus en plus en insécurité ont acquis des armes, le plus souvent achetées à travers des réseaux parallèles, pour se défendre. La lutte contre l’insécurité humaine dans le cadre de la RSS apparaît comme un défi stratégique qui doit être relevé conjointement par la Communauté internationale et le gouvernement ivoirien. Cela devrait certainement atténuer la violence cyclique à laquelle les populations sont exposées et contribuer à ramener l’insécurité à un seuil tolérable. Le contrôle des ALPC à travers le processus de RSS permettra sans aucun doute de « démilitariser » la société ivoirienne et de consolider la paix. C’est à travers le développement de ces différents programmes que l’Etat parviendra à renforcer la sécurité humaine en Côte d’ivoire.

Content created and supplied by: Kouassihonore (via Opera News )

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