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Sassandra : un débarcadère flambant neuf, « zéro poisson »

Il y a plus d’un an, le 14 février 2020, en grande pompe, feu le premier ministre, son excellence Amadou Gon Coulibaly, en visite de travail dans la région du Gbôklè, faisait une double inauguration d’infrastructures : le débarcadère et le marché de Sassandra, fruits de la coopération ivoiro-japonaise. 

Cette cité balnéaire qui volerait, peut-être, la vedette à Assinie pour la beauté de son paysage à travers la fresque de ses montagnes, son fleuve, son embouchure et son océan, se trouve presqu’enclavée. En effet la Côtière, cette voie de l’Ouest qui relie Abidjan à San-Pedro en passant par Sassandra, longue d’environ 566 kilomètres, se trouve depuis plusieurs années dans un état de délabrement si avancé que la plupart des compagnies de transport de longs cars ont arrêté de faire la liaison avec Abidjan depuis belle lurette.

C’est dans cette ville que le 14 février 2020, notre regretté premier ministre AGC a procédé à l’inauguration d’un débarcadère construit sur une superficie d’un hectare (01 ha) pour 300 vendeuses et cofinancé avec le nouveau marché de ladite ville, à hauteur de 19 milliards de nos francs dont 3 milliards provenaient de l’Etat ivoirien et le reste, la plus grande participation, de l’Etat japonais à travers son agence de coopération internationale (JICA). Cette importante infrastructure, à en croire le gouvernement ivoirien,

« … s’inscrit dans le cadre de la politique de développement du secteur halieutique. Ce projet va contribuer à la réduction de la pauvreté et à l’amélioration des conditions de vie des pêcheurs, par la baisse du taux de perte post-capture qui est de l’ordre de 40%. »

Aujourd’hui, c’est avec beaucoup d’amertume que les mareyeuses, ces infatigables femmes à qui on promettait du « poisson à  gogo » racontent leur déception. Les dames S. Simone et K. Amoin contactées via appel téléphonique relatent la situation en ces termes :

« On ne gagne plus de poissons. On n’a pas l’argent pour financer les pirogues. Dès que les sossos arrivent, les riches qui ont financé prennent leurs poissons ; le soir ils sont expédiés vers Abidjan, nous on n’a rien !... ».

« C’est dur, il n’y a pas bon marché comme avant ; le débarcadère est ouvert, tout le monde rentre. On ne peut plus spéculer sur les prix et les poissons n’arrivent même pas jusqu’à nous. Les gros bateaux chinois vont avec tout… ».


Quand la pêche illégale « tue » le marché du poisson

Le problème de la pêche illégale souvent destructrice de l’écosystème halieutique est encore une fois pointé du doigt. Une recherche datant de 2010 sur la piraterie halieutique décrit les contours de ce mal qui remonte à très longtemps. Selon la loi, les 3 miles nautiques sont réservés à la pêche artisanale.

Les acteurs de ce type de pêche sont pour la plus part moins bien équipés que ceux de la pêche industrielle. Alors le non-respect de leur petite zone d’activité les contraint à prendre davantage de risque en s’aventurant hors de celle-ci. Moins bien équipés que les bateaux de pêche industrielle, pour ces pêcheurs artisanaux, aller loin dans la zone économique exclusive grande de 200 000 km² le long du littoral, ne signifie pas souvent des prises satisfaisantes.

C’est d’ailleurs sur ces Fanti, pêcheurs ghanéens installés en Côte d’Ivoire ou  Awlan, pêcheurs libériens, que les habitants de cette ville côtière ont toujours compté. Equipés comme ils sont de pirogues dont la longueur peut aller jusqu’à 18m, lesquelles sont assorties d’un moteur YAMAHA hors-bord, ces pêcheurs n’ont pas la force des bateaux pirates qui non loin des côtes, sans autorisation raclent les fonds marins et mettent à mal l’avenir de l’écosystème halieutique de ces côtes qu’ils visitent.

Si, pour emprunter les mots de ces mareyeuses, les grands bateaux vont avec tout le poisson, à quoi bon un débarcadère ? Certainement la construction de cette infrastructure aurait dû être suivie de la formation à l’activité de la pêche et de l’équipement des acteurs artisanaux. Sans oublier la surveillance de nos côtes contre les pratiques peu recommandables des navires battant pavillon ivoirien ou non et qui aux larges, s’adonnent à des pratiques illicites de la pêche sans souci du lendemain.

Au Sénégal, selon un article du 30 novembre 2020 par France 24, les pêcheurs artisanaux désœuvrés par ces pratiques ont fait le choix de la traversée risquée pour un mieux-être vers l’Europe.

Le 22 mars dernier, le journal Le Monde faisait un gros plan sur les frustrations des pêcheurs artisanaux dans la région de Grand-Béréby, dans le Sud-Ouest de la Côte d’Ivoire. Ces derniers se lamentent eux aussi des pratiques illégales des navires étrangers « déguisés » en navires ivoiriens et qui n’hésitent pas à exploiter matelots et marins-pêcheurs à bord.  

Ces femmes derrières leurs étales vides, ont le commerce du poisson comme seule activité génératrice de revenu. Avec l’argent qu’elles se font, elles assistent leur époux, scolarisent leurs enfants ou se prennent elles-mêmes en charge. Par conséquent, l’Etat ivoirien doit renforcer le cadre législatif de réglementation de la pêche afin que les fruits de cette activité, denrée sur laquelle dépendent celles-ci, ne viennent pas à manquer. 

Content created and supplied by: Sasmisterio91 (via Opera News )

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