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Culture /métier de crieur public : quand la technologie emporte un maillon de la tradition africaine

C’en est fini du métier de crieur public dans nos villages. La voix métallique de celui qu’on appelle « le griot » est désormais un écho qui se perd dans les profondeurs des technologies nouvelles. Mais, l’innovation qui le fait disparaitre n’est pas sans conséquences. Notre dossier.

Le dictionnaire en ligne Wikipédia donne une excellente définition du "crieur public" que nous reprenons à notre compte :

« Le crieur public est une personne chargée d’annoncer au public de l’information. Profession généralement itinérante, sa fonction consiste à se promener dans la localité, s’arrêter à certains endroits, annoncer sa présence par un appel sonore (tambour, clochette, trompette…) et commencer à donner son message ».

Cette fonction est désormais remplacée dans les villages par des haut-parleurs perchés sur des poteaux électriques qui diffusent l’information.

Développement où perte des valeurs culturelles ? Pour répondre à cette question, nous dirons : les deux à la fois.

L’avantage de ces installations qui sont des canaux de diffusion des nouvelles de grandes importances à faire connaître dans le village réside dans leur capacité à atteindre plusieurs personnes en un temps très court et au même moment. Ainsi, les promenades nocturnes du crieur public prennent ainsi fin avec ses fatigues dans les ruelles du village.

Mais, ce qu'il faut dire est que l’apparition de ce mode de transmission des messages "tue" ce qui faisait la spécificité du crieur public dans nos villages : l’interaction avec ses " auditeurs " qui sont les membres des familles auxquels il transmet ses salutations matinales.

De fait, le crieur est celui qui s’assure du réveil matinal de tous, qui rapporte les petits événements sociaux dans les familles ( naissance ou vols durant la nuit) et en fait un rapport à la notabilité villageoise, un aspect très important dans la communauté.

Aujourd’hui, les haut-parleurs donnent l’information dans l’indifférenciation, sans feedback. À qui mieux mieux, dans le renforcement de l’individualisme, dans une société africaine qui met au centre la vie communautaire.

L’autre inconvénient est que ces appareils fonctionnant avec l’électricité, on imagine déjà ce qu’il adviendra en cas de coupure de courant, ce qui est d’ailleurs fréquent en cas de délestage : le silence radio.

Que faire en pareils cas ? Retourner au crieur public pour communiquer une information urgente ? Difficile à faire, car l’habitude de la randonnée serait déjà perdue chez le "griot."

Certaines localités cependant ont des voitures surmontées de haut-parleurs qui font la ronde. Mais convenons que le budget des communautés villageoises ne peut permettre cette approche.

Nous sommes donc en face d’un dilemme, comme chez les Dialobés de Cheik Amidou Kane quand la Grande Royale devait décider d'inscrire les enfants dans la nouvelle école.

Le dilemme est présent, même si la ferveur de ce que certaines personnes voient comme facteur de développement avec ces nouvelles installations, ne permet pas de voir.

Il faut ici ajouter que le métier de crieur public n'est pas une originalité africaine. La littérature française signale en effet cette pratique. Longtemps exercé, ce métier a connu des fortunes diverses, allant de son interdiction définitive à la suggestion de son retour notamment dans des représentations théâtrales ou dans les romans comme "Pars vite et reviens tard" de Fred Vargas publié en 2001 à travers le personnage Joss Le Guern. ( Wikipedia)

De tout ce qui précède, se dégage donc une problématique culturelle : les cultures africaines s’accommodent-elles de tous ces instruments occidentaux de développement qui sont fournis aux Africains ? Y a-t-il nécessité de leur examen en « conseil des anciens » avant leur adoption ?

Nous pouvons chacun y réfléchir et apporter notre contribution face à tous les aspects de la modernité qui font des incursions dans les habitudes locales des Africains. Afin d'éviter chaque fois éviter de nous enfoncer dans des « aventures ambigües ».


Ouraga Dali Constant

Content created and supplied by: OuragaDConstant (via Opera News )

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