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Côte d'Ivoire : Pourquoi la légalisation de la dot n'est pas possible ?

De nos jours, la dot en Côte d'Ivoire, à l'image de ce qui se pratique dans les autres pays africains, soulève des inquiétudes. En effet, alors que la dot avait une signification purement symbolique dans les sociétés africaines anciennes, elle est devenue aujourd'hui une source de dépenses excessives. C'est au point où le Professeur Boa Thiémélé, professeur en philosophie, la qualifie <<d'escroquerie collective >>. En plus du montant de la dot qui a considérablement évolué dans le temps et qui varie d'un groupe ethnique à un autre voire d'une famille à l'autre, les festivités qui entourent désormais la cérémonie de dot sont ruineuses. Et pourtant, même si la dot n'est pas prévue par la loi, dans la pratique, elle constitue le préalable indispensable au mariage civil qui nécessite encore des dépenses. Tout se passe comme si l'essentiel du mariage résidait dans ces cérémonies. Alors que le plus dur commence après le mariage.

Des présents lors d'une cérémonie de dot.

Face ces derives de nature à décourager les prétendants au mariage, des voix s'élèvent de plus en plus pour demander au législateur ivoirien la légalisation de la dot. Cette légalisation permettra de fixer un montant fixe ou à tout le moins, un seuil à ne pas dépasser. En plus, elle aura le mérite de rendre homogènes des pratiques coutumières jusque-là hétérogènes.

Cependant, même si cette solution ne manque pas de pertinence, elle a de bien faibles chances de voir le jour. En effet, à en croire un Professeur agrégé de l'Unité de Formation et de Recherche des Sciences Juridique, Administrative et Politique (UFR_SJAP) de l'université Félix Houphouët Boigny de Cocody que nous avons interrogé, la solution serait juridiquement difficile à appliquer. Le problème qui se pose selon cet enseignant bien connu du département, est celui-ci :<< Qui de l'homme et de la femme, devra procéder à la dot de l'autre ? >>. L'homme bien sûr ! Serait-on tenté de répondre, vu que c'est ce qui se fait chez les différents peuples de Côte d'Ivoire.

Mais selon cet expert qui n'a pas dérogé à la discrétion lui connaît , préférant garder l'anonymat, cette solution aurait été peut-être envisageable avant la loi de 2013 sur le mariage. Avant cette loi en effet, l'homme était le chef de la famille. À ce titre, il était possible de faire peser sur lui la charge de la dot. Mais la loi de 2013 relative au mariage confirmée par celle du 26 juin 2019 a introduit expressément le principe d'égalité et de non-discrimination entre l'homme et la femme. L'article 51 de cette dernière loi dispose: << La famille est géré conjointement par les époux dans l'intérêt du ménage et des enfants >>. Cette égalité n'est pas que légale, elle est aussi constitutionnelle, étant prévue par l'article 4 de notre loi fondamentale.

Toute modification ultérieure de la loi sur le mariage doit donc respecter cette égalité. Concernant la dot, l'égalité devrait revenir à faire doter chaque époux par l'autre. Dans cette hypothèse, la dot devient juridiquement inutile. De plus, cela est totalement contraire à l'esprit des traditions que l'on cherche à préserver.

C'est certainement la raison pour laquelle le pouvoir législatif ivoirien tarde à se pencher sur cette question.


Marius KOUASSI, Le Littéraire.

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