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La polygamie : place d'une pratique traditionnelle dans le concept de la modernité

La polygamie est une pratique récurrente qui traverse le temps et l’espace des humains.

On peut le dire, que ce soient ceux qui abordent ce sujet pour condamner cette pratique ou ceux qui veulent la défendre, tous rappellent l’attitude du fumeur qui, la dernière cigarette entre les doigts, le regard triste, parle de ce stimulant dans le secret espoir de mettre fin à cette dépendance.

Sur ce sujet donc, il y a un conflit permanent entre les perceptions traditionnelles du mariage et la modernité soutenue en Côte d’Ivoire par la loi sur le mariage.

Un extrait de la loi nº 64-375 du 7 octobre 1964 modifiée par la loi nº 83-800 du 2 Août 1983 en son article 2 stipule que "nul ne peut contracter un nouveau mariage avant la dissolutions du précédent… "

Malgré cette clarté du législateur, la polygamie demeure une pratique récurrente.

L’extension de cette pratique à quelques clefs scripturaires semble légitimer l’attitude de ceux qui la soutiennent. La Bible dit en effet dans le livre d’Exode 21 au verset 10 : 

" Si un homme prend une autre femme, il ne retranchera rien pour la première à la nourriture, au vêtement, et au droit . "

Une sentence doctorale qui semble indiquer la possibilité d’une autre femme dans le foyer, assortie de certaines dispositions qui incombent à l’homme ainsi désireux de prendre une seconde épouse.

Cette position est défendue par des prédicateurs ou exégètes chrétiens ou musulmans tandis que d’autres en édulcorent le contenu justifiant la monogamie.

Les positions semblent devenir doctrinales et tout apparait comme si les « brebis » devaient elles-mêmes choisir leurs voies. La survivance de la tradition africaine les y ccompagne d’ailleurs. 

Les sociétés traditionnelles ivoiriennes sont en effet des sociétés où la culture de la polygamie est porteuse de valeurs ou d’affirmation sociale.

La vérité de cette société est sujette à des facteurs de rentabilité économique que favorise une main d’œuvre omniprésente issue des maternités de plus d’une femme dans le foyer, ou encore la progéniture dans la parentèle qui doit se perpétuer.

Il y a aussi des obligations à la fois sociales et morales par lesquelles l’homme doit « soutenir » la veuve et les orphelins rendus vulnérables par la mort du mari (du père) en prenant en secondes noces cette femme. La polygamie apparait ici dans ses grands jours !

Ainsi, la survivance de ces traces de la tradition semble avoir créé une habitude dans les gènes et la pratique de la tradition n’est plus une seconde nature, mais une culture empirique. 

De cette observation surgit le conflit entre la modernité et la tradition.

Pour la modernité, il s’agit de conférer des droits tant à la femme qu’à l’homme.

Notons que dans la pratique polygamique, c’est la puissance de l’homme qui est exaltée. C’est pourquoi la prise en charge de la situation de la femme dans la configuration des sociétés modernes demeure une préoccupation majeure. 

Nous l’observons notamment dans « La Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes » de la résolution 34-180 du 18 décembre 1979 des Nations Unies où le point (c) de de l’article 2 indique clairement qu'il faut "instaurer une protection juridictionnelle des droits des femmes sur un pied d’égalité avec les hommes et garantir, par le truchement des tribunaux nationaux compétents et d’autres institutions publiques, la protection effective des femmes contre tout acte discriminatoire. "

Nous y sommes donc à présent: la polygamie est une discrimination et avec cette pratique, la femme n’a donc pas la possibilité d’exprimer ses libertés.

L’interrogation sur l’attitude à adopter face à la pratique de la polygamie doit nécessairement avoir pour réponse la condamnation de cette pratique.

Il faut donc soutenir la législation en vigueur Côte d’Ivoire sur la question de la polygamie. 

Une belle conclusion sur ce sujet serait la reprise de cette citation extraite du rapport sur la "La polygynie et les obligations du Canada en vertu du droit international en matière de droits de la personne" de septembre 2006 :

"Bien que la [polygamie] en série existe de facto dans bon nombre de cultures par le biais de l'adultère, du divorce et du remariage, les lois matrimoniales ne devraient pas la promouvoir de plein droit. "

Ouraga Dali Constant

Content created and supplied by: OuragaDConstant (via Opera News )

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