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Société : pourquoi les veillées funéraires prennent de plus en plus l’allure de bals populaires ?

Les deux ou trois premiers vendredis des mois sont en général des jours de levées de corps dans certaines régions de la Côte d’Ivoire.

Les familles éplorées, les amis, connaissances et collègues prennent le chemin des morgues pour véritablement débuter les cérémonies qui accompagnent le défunt à sa dernière demeure.

L’on peut dire que c’est à cette étape que débute la disqualification des valeurs intrinsèques des rites funéraires africains et débute la naissance d’une forme de célébration hybride que certains parents du défunt appellent « enterrer dignement leur mort. »

Ces pratiques nouvelles découlent de l’abandon du caractère sacré des rituels pour les morts ou de leur mépris (les rituels).

 Dans la région de Gagnoa (Centre-ouest de la Côte d’Ivoire) les rituels ancestraux consistaient (dans leur forme que nous simplifions ici dans un soucis de mise en page), au maintien du corps parmi les siens pendant trois ou quatre jours selon qu’il s’agit d’une femme ou d’un homme.

Le lit mortuaire reposait sous un hangar de fortune construit à cet effet avec des feuilles de palmier. Au-dessus de la tête du défunt est attaché un poussin par les pattes, la tête en bas. Juste à côté du poussin, une lampe tempête, qui restera allumée de jour comme de nuit sur toute la période de l’exposition du corps.

Le battement régulier des ailes du poussin et la pâle lumière de la lampe sont pour rappeler aux vivants, la vie et la lumière qui furent en l’homme ou en la femme qui partait dans l’inanité. 

Dans ce double environnement où se côtoient la mort, la vie et la lumière, les nièces et les parents du partenaire éploré psalmodient des cantiques funéraires de recueillement.

Ainsi, au troisième ou quatrième jour du décès, le mort regagnait les profondeurs de la terre de ses ancêtres.

Les neveux viendront nuitamment détruire le hangar au lendemain de l'enterrement, feront le nettoyage de telle sorte que l'étranger qui arrive ce jour-là dans le village saura à peine qu'il y eût des funérailles la veille.

De nos jours, un ensemble de fioritures jalonnent les célébrations funéraires, toutes aussi viles que même les enfants en sont devenus les grands animateurs.

Pourtant ces derniers, à l’origine, pour s’approcher de l’espace des funérailles, devaient recevoir au visage, depuis l’oreille droite jusqu'à l’oreille gauche, une bande de cendre et de charbon qui leur passait aussi sur les yeux.

Que non. Et avec eux, les gens du village s’enivrent de vin, de liqueur, de boissons locales, au son de puissants décibels que délivre la sonorisation.

Les innovations allant en croissant, on assiste aujourd’hui à l’introduction de Power Point ou de vidéo sur écran géant pour illustrer quelques photos du défunt ou diffuser des vidéos de la veillée réalisées sur place !

Les sonorités nationales ou locales des artistes à la mode sont servies. Et le bal est lancé!

Qui est là pour se recueillir ?

Qui est là pour se souvenir ?

Ces questions ne sont plus apparemment nécessaires aujourd’hui. Les personnes viennent dans ces funérailles pour disent-elles, « chauffer ». 

Le reste est un anthropomorphisme désuet, une théorie inutile d’une Afrique qui aime se relier aux morts, affirmant même que les « morts ne sont pas morts.»

Une Afrique déboussolée ici. Le panafricanisme est peut-être aussi attendu de ce côté-là.


Ouraga Dali Constant

Content created and supplied by: Constant_Minangoy (via Opera News )

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