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Risque de famine mondiale : la Côte d'Ivoire sera-t-elle épargnée ?

La hausse du prix du kilo de maïs a eu une répercussion nette sur le prix de la viande : volaille, bovin, etc. Si l'augmentation des prix des denrées alimentaires était déjà dûe, en partie, à la crise économique liée à la Covid-19 et la sécheresse, le conflit en Ukraine pourrait en rajouter. Et c'est justement l'une des conséquences les plus dangereuses de cette guerre, car elle fait courir le risque d'une famine mondiale selon les Nations unies. Dans un doux euphémisme, les organismes internationaux et les médias parlent d'"insécurité alimentaire". 

En Côte d'Ivoire, il y a un dicton qui dit : «lorsque le tonnerre gronde, chacun protège sa tête». Il est peut-être grand temps que nous, Africains en général et Ivoiriens en particulier, cherchions à sauver notre tête dans cette histoire, surtout dans le contexte actuel d'urgence. Car jamais, le monde n'a été aussi chaud (au sens propre du terme comme au figuré). 

Aujourd'hui encore, nous continuons à cultiver nos champs à la force des bras comme dans les années 1960, alors que le nombre d'habitants a quasiment triplé voire quadruplé en l'espace de 60 ans. Pouvons-nous être sûrs d'atteindre l'autosuffisance alimentaire, avec de tels moyens rudimentaires ?

En outre, l'on a mis l'accent d'avantage sur les cultures de rente, oubliant pratiquement les cultures vivrières qui nous permettent de nous nourrir. Il est bien que le Président de la République, Alassane Ouattara ait pensé à "réorienter" les investissements de l'État, notamment au niveau du secteur agricole et de l'élevage. Cela passe entre autres par la mécanisation des moyens de production, le financement des projets agricoles, la mise en place de techniques agriculturales écologiques permettant un meilleur taux de rendement, etc. 

Mais le problème qui se pose aujourd'hui est justement de pouvoir conjuguer tout cela avec le facteur climat. Puisque personne ne maîtrise, depuis un moment, le cycle pluviométrique désormais perturbé. Conséquence du réchauffement de la planète. Tous les agriculteurs du monde sont confrontés à ces variations. 

Par exemple, le mardi 17 juin dernier, sur le plateau de C'Midi de la RTI1, la présidente d'une association de femmes agricultrices (du département de Dimbokro) est venue lancer un cri du cœur, au nom de ses consœurs. Elle explique, en substance, que leurs productions ces dernières années ont été décevantes du fait de la sécheresse. Ces dames voudraient donc le concours de personnes de bonne volonté afin de les aider dans leurs activités... Ce cas est représentatif de plusieurs autres agriculteurs des différentes régions du pays. Nous le ressentons à des moments donnés, avec la flambée des prix de certains produits agricoles : piment, tomate, aubergine, carotte, maïs, oléagineux, manioc, banane plantain, etc. 

Au nord de la Côte d'Ivoire, en 2019 des paysans de la localité de Natiemboro (près de Napié), ont dû reprendre les semailles (maïs et riz) trois fois pour certains, voire quatre fois pour d'autres ! Simplement parce que, les pluies étant devenues irrégulières, les jeunes pousses se dessèchent avec l'arrêt brutal des pluies. 

Autrefois, les paysans avaient une maîtrise du cycle des labours et de la période des semailles, en fonction des saisons des pluies. Aujourd'hui, tout cela s'est déréglé et plus personne ne peut dire exactement quelle période de l'année est la plus propice pour semer. Rien ne dit si les pluies viendront régulièrement une fois que les plantes seront au stade de la floraison. Pour espérer voir produire leurs champs, nos paysans jouent désormais à une sorte de lotterie. 

En clair, on a beau avoir les terres arables, les machines pour ensemencer ces terres et tout, si l'on n'a pas une solution efficace pour l'irrigation, cela n'aboutirait pas à grand-chose. Le changement climatique a un fort impact sur l'agriculture. A cela s'ajoute l'érosion ou la dégradation des sols. Aurons-nous de quoi manger suffisamment, si les prix des sacs de riz et autres produits importés coûtent les yeux de la tête ? 

Le développement des puissances occidentales s'est fait à un prix que chacun de nous paie aujourd'hui. On se rend compte à présent que la lutte contre la déforestation et autres ne sont pas qu'une affaire de Blancs, mais cela nous concerne tous. 

Cette année, la 15è Conférence des parties (COP) de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification s'est déroulée pour la première fois dans un pays africain, en Côte d'Ivoire (du 9 au 20 mai 2022). Pendant ces deux semaines, Abidjan s'est fait la capitale mondiale de la lutte contre la désertification. Il s'agit notamment de trouver des moyens efficaces pour freiner l'avancée du désert, la déforestation, l'appauvrissement des terres arables ou les pollutions des sols.

Ce grand rassemblement écologique (196 États) se fait plus que jamais dans un contexte d'urgence climatique. Selon les estimations, ce phénomène affecte 52% des terres agricoles et 2,6 milliards de personnes pourraient être menacées de famine. L'ONU affirme également que 12 millions d'hectares de terres sont perdus chaque année. 

L'une des solutions proposée est le projet de la Grande Muraille verte pour le Sahara et le Sahel, dont le but est de restaurer 100 millions d'hectares de terres en Afrique d'ici 2030. Pourtant, il faut tenir compte aussi de la croissance démographique. 

Aussi, le conflit russo-ukrainien n'arrange rien. Puisque les pays d'Afrique du Nord par exemple, qui dépendent fortement des importations du blé russe, risquent d'être confrontés à une pénurie. 

En principe, l'Afrique devrait être une réserve mondiale, le grenier du monde en terme de productions agricoles. Contrairement aux autres continents, il y a encore des terres cultivables ici. A défaut d'être des pays développés, industrialisés nous aurions dû réussir, au moins, à produire de quoi nous nous nourrir, voire fournir les autres pays comme c'est le cas avec nos matières premières : uranium, pétrole, or, diamant, bauxite, cobalt, etc. 

Si la COP15 a permis la mise en place de l'"Initiative d'Abidjan", cette conférence est aussi un point d'étape sur l'initiative protéines végétales lancée lors du Sommet Union européenne-Union africaine de février 2022. Il s'agit donc de trouver la bonne formule entre sécurité alimentaire, nutrition et restauration des terres.

L'Union européenne et la France promettent de contribuer à l'initiative d'Abidjan, sur la production durable de commodités agricoles, à hauteur de 502 millions d'euros (environ 330 milliards FCFA). Normal.

Après tout, le réchauffement climatique est l'affaire de tous. Et les plus grands pollueurs, notamment les pays développés devraient s'y mettre sérieusement, en fournissant plus d'efforts dans cette lutte. La vraie, à l'heure actuelle. Il faut empêcher la catastrophe à tout prix. 

Au moment où s'achève la COP15 ce vendredi 20 mai, chaque participant devrait se poser la question de savoir quelle planète allons-nous léguer aux générations futures, après l'avoir partiellement détruite.

Content created and supplied by: Fatogoma (via Opera News )

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