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Interview/ Salimata Ouattara (Chef d’entreprise): "la polygamie n’est pas quelque chose à envisager"

Salimata Ouattara est une femme leader aux multiples casquettes. Ambassadrice de la Paix (OIRP) UN, Présidente-Ambassadrice SPMUDA INTERNATIONAL de Paix et de Développement des 54 nations africaines, Présidente de l’OREA International Africa, Présidente-Fondatrice de l’Association Femmes Leaders, Présidente de la Fondation Watas (aide aux orphelins, aux veuves, à la réinsertion des jeunes non scolarisés, les femmes battues), elle est également Présidente Directrice Générale de WATAS HOLDING SA (BTP, Génie civil, Import-Export, Intermédiation, Manutention logistique, Production Audiovisuelle, Fondation Watas).

Doublement distinguée à travers deux Prix au Padel à Rabat (Maroc) le 24 juin 2022 dont le Prix de la Meilleure Entreprise africaine et le Grand Prix du Jury de la même organisation, Salimata Ouattara portera encore haut le drapeau de la Côte d’Ivoire en tant que paneliste au Forum Business International de Las Vegas aux Etats-Unis d’Amérique du 29 septembre au 02 octobre 2022, Forum organisé par le Consulat de Côte d’Ivoire à Las Vegas. Mais bien avant, elle s’envolera le 13 Août 2022 pour Kigali au Rwanda où elle est nominée pour un Prix de Leadership.

Dans cette interview qu’elle nous a accordée récemment, Salimata Ouattara évoque son actualité, son expérience de l'entrepreneuriat et se prononce sur certains sujets brulants de la société.  

Comment êtes-vous arrivée à avoir tout ce succès en tant chef qu’entrepreneur et femme leader ?

Tout est parti d’un travail acharné. Etant encore élève, je côtoyais mon père qui était l’un des premiers exportateurs du café-cacao pendant les vacances et j’ai pris goût. Après donc mes études, j’ai décidé de me lancer dans les affaires. J’ai d’abord commencé par l’Import-Export avec des produits alimentaires tels le riz, les concentrés de tomates et autres. Mais déjà j’avais un cela a été le déclic pour moi. Je me suis intéressée à d’autres domaines. C’est alors que j’ai créé les volets Btp, Génie civil et la Manutention logistique. Et un an après, j’ai fait la production audiovisuelle. Voyant que j’étais un peu dispersée, j’ai décidé en 2017 de regrouper toutes ces entités en une société. C’est ainsi qu’est née Watas Holding.

Avec ce parcours édifiant, que conseillez-vous aux femmes qui veulent se lancer dans l'entrepreneuriat comme vous?

C’est bien le but du combat que nous menons tous les jours. Nous voulons être le bon exemple et encourager nos frères et sœurs. Il est vrai que ce n’est pas chose facile, mais il faut s’armer de courage et d’abnégation. Je dis souvent que quand on veut quelque chose, il faut se donner les moyens d’y arriver, il faut accepter de faire des sacrifices. J’en fais d’énormes parce que j’ai un objectif à atteindre. J’encourage la jeune génération à faire comme nous. Mais ils ne doivent pas se résigner au premier échec. Parce qu’ils subiront forcément des coups durs. Le milieu des affaires n’est pas du tout facile. C’est un choix qu’on a fait comme tout autre choix. J’espère qu’ils tiendront eux aussi le coup.

En dépit de toutes ces casquettes, vous êtes très effacée de la scène publique. Pourquoi ce choix ?

J’aime bien vivre effacée parce qu’il y a un adage de chez nous qui dit que c’est le serpent qui se cache qui grossit. Je préfère donc rester effacée, vivre ma petite vie et atteindre les objectifs que je me suis fixés. C’est ça le plus important pour moi.

Quelles sont les actions que vous menez au niveau de la Fondation Watas ?

A la Fondation Watas, nous aidons les veuves, les orphelins, les déscolarisés, et les femmes battues. Parce que je me dis qu’à tout niveau, on peut toujours essayer d’apporter sa pierre à l’édifice. S’il y a des personnes à qui on peut redonner un peu de sourire, pourquoi ne pas le faire quand on dispose d’un peu de moyens ? Etant Cheffe d’entreprise, j’avais beaucoup de sollicitations. C’est alors que m’est venue l’idée de mettre en place la Fondation Watas pour pouvoir aider toutes ces personnes et mon choix s’est porté particulièrement sur les veuves, les orphelins et les femmes battues que je trouves plus vulnérables.

Comment appréhendez-vous le leadership féminin en Afrique en général et particulièrement en Côte d’Ivoire ?

Je suis aujourd’hui très contente et fière de voir des femmes à un certain niveau de la vie. Parce qu’avant, c’était vraiment chose rare. C’est pour moi une grande joie et une fierté de voir les femmes évoluer partout en Afrique et particulièrement en Côte d’Ivoire. C’est mon combat de tous les jours ! J’encourage les femmes à se lever pour contribuer au développement de notre nation, mais aussi de notre continent. Je sais que nous avons du potentiel. Ne dit-on pas que derrière un grand homme il y a une grande femme ? Pourquoi ne pas nous mettre aux côtés de ces hommes-là pour nous battre afin de contribuer au développement de nos pays et de notre continent ? Nous en avons les moyens et j’appelle toutes les femmes à se lever pour entreprendre, quels que soient le niveau et le domaine.

Quelle est votre opinion sur la proposition de loi d’un député de la nation sur la légalisation de la polygamie en Côte d’Ivoire ?

Je crois que c’est bon mais ce n’est pas bon ! C’est bon pour ne pas paraître égoïste. Mais ce n’est pas bon parce que la vie a aujourd’hui atteint un niveau à tel point que c’est très difficile de s’occuper d’une petite famille. Avoir donc deux femmes dans un foyer, ce n’est pas évident. Nous qui gérons le quotidien des femmes en tant que Cheffe d’entreprise, on sait combien de fois ce n’est pas facile de mettre ensemble deux personnes qui ont reçu des éducations différentes. Dans le travail déjà, ce n’est pas du tout facile. A plus forte raison dans un foyer. Je pense que si ma voix peut porter, c’est quelque chose à revoir. Ce n’est donc pas le moment. La polygamie n’est pas quelque chose à envisager. Si nos mamans ont pu supporter cela, c’est parce que la vie était autre que celle d’aujourd’hui. Il fallait la main-d’œuvre ; et donc celle qui venait après devenait l’assistante de la première. Et tout se passait bien. Aujourd’hui avec l’émancipation, ce n’est pas du tout pareil ! Tout le monde a évolué, tout le monde est prêt à réclamer ses droits. Ça ne va pas arranger nos hommes. Certains sont contents pour que ça soit légalisé ! Mais ce sont les mêmes qui seront les premiers à regretter, pour ne pas dire les grands perdants.

Quel événement vous a-t-il marqué positivement ou négativement dans votre parcours professionnel ?

Il y en a tellement ! Négativement, c’est que j’ai aidé des personnes dont je préfère taire les noms à réaliser quelque chose de très important dans mon pays la Côte d’ivoire, et à la fin, j’ai été écartée. Bien que cela soit négatif, c’est une fierté pour moi d’avoir posé une action constructive pour ma nation. C’est vrai que cela me laisse un arrière-goût amer, mais je n’ai rien dans mon cœur contre ces personnes. Je sais que si le grand décideur de cette nation avait su que j’étais à la base, cela ne se serait pas passé comme ça. Comme je dis que j’aime vivre cachée, je préfère faire les choses de façon discrète. Et quand ça prend forme qu’on me le reconnaît, c’est ça ! Au cas contraire, je sais qu’il y a un Dieu là-haut qui sait tout et qui voit tout. Positivement, c’est quand j’ai reçu le Prix Africain du Leadership féminin en 2019 lors du Forum des Bâtisseurs. J’étais hors du pays quand j’ai été nominée. Il y avait toutes les femmes d’affaires africaines qui étaient présentent. Et je me suis fait représenter. C’est à cette occasion que j’ai reçu le grand Prix Africain du Leadership féminin. Et cela m’a vraiment marquée positivement. J’ai reçu pas mal de Prix, mais celui-là me tient tant à cœur.

Que faites-vous pendant vos temps libres ?

Je suis une mère de famille, je suis grand-mère, je suis une épouse. Et comme toutes les autres femmes au foyer, j’aime bien entrer dans la cuisine quand je suis disponible. Je fais la cuisine pour ma famille. On sort aussi souvent. Je mène donc une vie normale de mère de famille même si je voyage beaucoup.

Justement, puisque vous faites souvent la cuisine, quel est votre plat préféré ?

Mon plat préféré, c’est le foutou. Mais aussi le kabato.

Votre message de fin.

Pour ceux qui veulent embrasser l’entrepreneuriat, je les encourage. Mais je leur dis aussi qu’ils doivent s’armer de beaucoup de courage et de patience. Parce que tous ceux que nous voyons aujourd’hui et que nous envions parfois sont partis de quelque part. Et avec beaucoup de difficultés, par leur courage, leur abnégation, ils ont aujourd’hui atteint un certain niveau. J’encourage donc tout le monde à entreprendre quel que soit le niveau ou le domaine. Nos jeunes sœurs doivent absolument faire quelque chose pour soutenir le foyer. Ce qui est très important (…). A quelques mois des élections municipales et régionales, je voudrais qu’elles se passent dans un climat de paix, dans la transparence, afin que nous ne tombions pas dans ce par quoi nous sommes passés il y a quelques années. A nos élus je demande de ne pas trop écouter ceux qui nous suivent. Et je sais de quoi je parle. Parfois vous allez de bonne guerre ; mais certains viennent faire des spéculations qui font qu’entre frères nous finissons par devenir des ennemis. Alors que le but n’est pas ça. Si on décide de se présenter aux municipales ou aux régionales, c’est pour pouvoir apporter un plus au développement de notre commune ou de notre région.

 Réalisée par MO

Coll : Sébastien Levry

Content created and supplied by: Sebastien_Levry (via Opera News )

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