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Exclusif / Chute de Gbagbo, alliance avec le RHDP, élections à venir... : Affi déballe tout !

De la rupture avec ses camarades de parti d’hier, à la reconstruction du Front populaire ivoirien (FPI) aujourd’hui, l'ancien Premier ministre Pascal Affi Nguessan a passé en revue les questions que se pose l’opinion. Il n’a pas non plus eu de langue de bois, dans cette interview accordée à Opera News, se prononçant sur ses piques à l’endroit du Président Laurent Gbagbo, son ancien patron.   

Vous revenez de la fête de la liberté à Abengourou. Après la mobilisation et les différents discours qu’il y a eu, quels sont les enseignements que vous tirez de ce grand rassemblement ?  

Le premier enseignement, c’est que le parti est effectivement vivant à travers la mobilisation que nous avons notée sur le terrain. Ceux qui sont partis à Abengourou représentent le tiers de tous ceux qui ont exprimé le désir d’être présents mais qui n’ont pas pu y être pour des raisons logistiques ou financières. Notre premier enseignement c’est la vitalité du parti, la mobilisation des militants. 

Pensez-vous que cette mobilisation qu’il y a autour de votre parti, le FPI, représente le vrai poids de ce parti ? N’y a-t-il pas d’achat de conscience ? 

Cette mobilisation représente le vrai poids du parti parce que des participants ont payé eux-mêmes leur déplacement à travers leur organisation. C’est un signe d’engagement des militants. Nous n’avons pas les moyens et ce serait difficile que nous payions des mercenaires pour venir à nos manifestations. Ceux qui ont les mercenaires, peuvent se livrer à cela. Il suffit de distribuer 5 000 Fcfa, 10 000 Fcfa pour que les gens acceptent de remplir un stade. Donc ceux qui viennent à nos manifestations, ce sont véritablement nos militants et nos sympathisants qui ont envie de participer aux manifestations. Ils prennent eux-mêmes des mesures, des décisions nécessaires pour être présents. 

Dans une dizaine de mois se tiendront les élections locales, notamment les Municipales et les Régionales. En 2025, ce sera la présidentielle. Qu’espérez-vous de ces échéances ?  

C’est nous repositionner à travers les élections municipales et régionales, consolider notre place en gagnant le maximum possible de sièges et nous en servir comme tremplin à la présidentielle de 2025 que nous ambitionnons de gagner. Pour nous, c’est un défi important. Après la crise que le parti a connue, les Municipales apparaissent comme un test fondamental de la santé du parti. Il faut que notre parti sorte la tête de l’eau en gagnant les Municipales, en prouvant qu’il est effectivement de retour, qu’il a retrouvé toute sa vitalité, sa santé. Ces élections locales seront donc un test important que nous devions réussir. Après le Congrès du 13 novembre 2021, après cette belle fête de la liberté à Abengourou, Il faut transformer l’essai, il faut prouver à travers les élections que cette mobilisation-là a une résultante électorale à travers la victoire lors des Municipales et les Régionales.

 Vous sortez d’un dialogue politique dans lequel la question de la CEI et bien d’autres ont été posées, pensez-vous que les conditions sont réunies pour éviter les heurts qu’il y a eu lors des processus électoraux passés ?  

C’est pour réunir les conditions qu’il y a eu le dialogue et ce dialogue a fait un certain nombre de recommandations. A l’heure actuelle, ce que tous les leaders des partis politiques attendent, c’est la mise en œuvre de ces recommandations, la prise des décisions, qu’elles soient d’ordre législative, d’ordre réglementaire, pour refonder le système juridique des élections. On espère que ces mesures seront prises avant la fin de cette année, de manière à ce que les élections locales de 2023 s’appréhendent dans un environnement de confiance. Nous attendons donc ces décisions parce que le dialogue a énuméré ce qu’il faut faire, il appartient au gouvernement de décider. Qu’il s’agisse de la recomposition de la Commission électorale indépendante, la mise en place des Commissions locales de façon équilibrée et du redécoupage des circonscriptions dans un sens de plus d’équité, d’égalité, etc. Il y a beaucoup de décisions qui ont été prises lors du dialogue politique. Pour le moment, nous sommes dans la phase d’attente de la mise en œuvre de ces recommandations.  

Concernant les élections locales, il est clair que vous allez croiser vos camarades du FPI d’hier. Avec la séparation et l’organisation mise en place par ces camarades-là, est-ce que vous ne craignez pas un fiasco de votre parti à l’issue de ces échéances de repositionnement du FPI ? 

C’est le défi que nous avons à relever. Les autres aussi ont ce même défi à relever. Est-ce qu’ils ne vont pas connaître un fiasco dans les zones que nous partagions ensemble ? Tout comme le RHDP a le défi à ne pas connaître un fiasco dans les zones qu’ils partageaient avec le PDCI. Vous savez bien qu’à l’heure actuelle nous sommes à l’éclatement du paysage politique ivoirien. Donc tous les partis politiques ont un défi à relever. Il appartient à chaque direction de se donner les moyens pour être à la hauteur du défi. La fête de la liberté est un test, une occasion de mobilisation pour évaluer notre présence sur le terrain. Avant la tenue de cette fête, j’ai moi-même fait le tour de trois régions, la région de l’Agnéby Tiassa, de la Mé et de l’Indénié Djuablin. C’est pour préparer cette échéance de 2023. Nous sommes allés expliquer la vision du Front populaire ivoirien, constater notre implantation sur le terrain et nous préparer à avoir des candidats pour gagner les élections. C’est vrai que l’élection de 2023 est très importante pour dessiner la nouvelle carte politique du pays, pour voir qui pèse quoi exactement, qu’il s’agisse du parti au pouvoir, des partis de l’opposition, comment se dessine la carte politique de la Côte d’Ivoire à l’orée de 2025 ? C’est pourquoi c’est un défi important pour tous et je suis persuadé que de la même façon que nous nous préparons, les autres aussi se préparent. C’est la compétition, et il faut que les règles soient claires, transparentes, pour qu’effectivement le poids des uns et des autres soit reflété à travers les élections.  

Une certaine opinion dit que vous faites des attaques publiques contre votre ancien patron, le président Laurent Gbagbo, votre positionnement sur l’échiquier politique ivoirien. Par exemple à Abengourou, vous lui avez envoyé des piques. Est-ce que cette opinion-là a tort de le penser ? 

Elle a tort. C’est comme si cette opinion veut nous dénier le droit à la critique, or le jeu politique aujourd’hui, dans un contexte démocratique, est organisé autour de la critique et de la proposition. Il ne faut pas confondre les critiques avec les insultes. Mais il faut les considérer comme faisant partie du jeu politique, et à Abengourou je ne crois pas avoir proféré des insultes contre qui que ce soit. Lorsque je dis qu’avec la dissidence nous pouvons prendre notre envol, je ne vois pas qui j’insulte. J’exprime une réalité. Le FPI a été handicapé par la situation de crise qu’il a connue pendant presque 10 ans. Le 9 août 2021, nous avons rompu avec cette situation. Ce boulet qui nous empêchait de nous déployer n’existe plus. Si je le dis, je ne fais que commenter une réalité. Je ne vois pas en quoi cela constitue une insulte à l’endroit de qui que ce soit. C’est peut-être ces personnes qui ne veulent pas que cette réalité soit dite. Nous sommes dans un état où chacun a droit à l’expression, le droit d’émettre son opinion. C’est ce que nous faisons. On ne peut donc pas nous complexer en essayant de travestir nos pensées, en faisant croire que nous insultons qui que ce soit de manière à nous obliger à nous taire. Je crois que ceux qui le disent exagèrent. Il ne faut pas qu’ils pensent que nous allons nous taire sur ce qui va à l’encontre de la renaissance de notre pays, de nos intérêts politiques en tant que parti politique.

 Vous étiez très proche du président Laurent Gbagbo pour avoir été son Directeur de cabinet dans l’opposition, son Premier ministre, son Directeur de campagne à la présidentielle de 2000, etc. Des postes auxquels on ne peut être nommé s’il n’existe pas de lien très étroit avec celui qu’on nomme. Aujourd’hui, vous vous permettez des critiques. Du coup, on se dit jusqu’où ira Pascal Affi Nguessan dans ses critiques ?  

Là où il y aura une critique à formuler. Il ne faut pas s’attendre à ce qu’on soit complaisant vis-à-vis de qui que ce soit. C’est cela le jeu politique, c’est cela la construction nationale. Si nous avons peur de critiquer un certain nombre de leaders politiques pour telle ou telle raison, nous ne participons pas à la construction de la Côte d’Ivoire et nous nous rendons complices de dérapages par omission. Il faut regarder l’état du pays aujourd’hui. Il y a beaucoup de gens qui n’ont pas osé dire la vérité à certains leaders à un moment donné, qui sont aussi comptables de ce qui est arrivé. On a attendu que certains aînés se prononcent sur un certain nombre de situations, ils n’ont pas osé le faire pour des raisons qui leur sont personnelles. La conséquence c’est la crise que le pays a connue. Nous-mêmes au Front populaire ivoirien (FPI), si nous avons chuté en 2011, c’est parce que pendant presque 10 ans, nous n’avons pas osé dire un certain nombre de vérités. Si nous voulons être utiles à nos partis politiques respectifs, à la Côte d’Ivoire, il faut que nous soyons rigoureux et fermes sur la démarche, sur les prises de position, que nous ne tolérions pas les dérapages, ne fassions pas preuve de complaisance vis-à-vis d’un certain nombre de situations pouvant nous conduire à l’échec qu’on n’ose pas dire pour diverses raisons parce que c’est un aîné, c’est avec lui qu’on a fait ceci ou cela. Non ! Quand on fait une critique, ce n’est pas pour nuire à la personne. On dit bien que « l’amitié se nourrit de vérité ». Travailler ensemble se nourrit aussi de vérité. Faisons en sorte que les Ivoiriens aient le courage de dire des vérités quelle que soit la personne qui est impliquée parce que si nous ne disons pas la vérité, nous sommes comptables aussi bien des résultats des dérapages que celui même qui a posé les actes qui ont conduit à ce dérapage. C’est pour cela que, personnellement, je ne suis pas prêt à avoir la langue de bois, à faire preuve de complaisance vis-à-vis de qui que ce soit. Même si nous avons cheminé pendant longtemps, si à un moment donné vous posez un acte qui exige que je me prononce contre, soyez sûr que je me prononcerai. Je ne ferai pas preuve de complaisance. 

Est-ce qu’il y a déjà eu un contact entre vous et le président Laurent Gbagbo depuis qu’il est rentré définitivement de La Haye, ou y a-t-il une rencontre en vue ?  

Je pense que vous suivez l’actualité politique nationale, vous savez que nous avons exprimé le souhait d’avoir une audience que nous attendons jusqu’à présent. Entre temps, il y a eu toutes les initiatives qu’il a prises. Ce n’est pas parce que nous n’avons pas voulu, mais nous avons trouvé porte close. Le jour où il apparaîtra nécessaire de le faire, c’est certain qu’on le fera. A partir du moment où nous sommes tous engagés dans l’action politique pour la Côte d’Ivoire, on ne peut pas du tout imaginer qu’on ne se verra plus jamais. Forcément, un jour ou l'autre, à travers des circonstances, on se verra. La réalité d’aujourd’hui c’est que chacun est occupé à construire son parti et à préparer les échéances électorales futures. Je crois que c’est ça l’urgence, c’est ça la priorité. Il ne faut donc pas spéculer sur une éventuelle rencontre. Pour le moment, le PDCI et le PPA-CI se sont mis ensemble, ils constituent une plateforme. En mars 2021, ils ont indiqué clairement qu’ils n’entendaient pas associer qui que ce soit à cette plateforme à travers les élections législatives. Tous les autres partis politiques sont maintenant face à cette réalité et doivent prendre leurs responsabilités pour voir comment eux aussi construisent leur avenir étant donné qu’ils ne peuvent rien attendre ni du PDCI ni du PPA-CI.  

Sur cette dernière question, est-ce que le FPI de Pascal Affi Nguessan envisagerait aussi des alliances, notamment avec le RHDP, parti au pouvoir ? 

Tout est possible. Nous sommes en ce moment en Côte d’Ivoire dans une phase de déconstruction et de reconstruction. Aucune alliance n’est à exclure. Mais comme vous le savez bien, l’alliance se fait à deux et autour d’un certain nombre de valeurs, de projets politiques. Nous n’excluons donc aucune alliance étant donné que l’alliance PDCI - PPA-CI a bien démontré qu’il n’y a plus d’alliance contre-nature. Le PDCI était dans le RHDP hier, il a participé à notre échec en 2011, mais compte-tenu des exigences de l’actualité politique, chacun a fait l’effort du côté du président Bédié que du côté du président Gbagbo pour se mettre ensemble, pour dire que lorsque certains intérêts sont en jeu, on peut s’associer à un adversaire d’hier. Nous aussi, nous sommes ouverts à tous ceux avec qui nous pouvons nous entendre pour mener le combat, pour mutualiser nos moyens en vue d’un projet nouveau.  

Une alliance FPI - RHDP dans l’optique d’intégrer le gouvernement d’Alassane Ouattara pourrait être envisagée ? 

Mais pourquoi pas, si le Président Alassane Ouattara pense que les idées du FPI, de ses cadres peuvent apporter quelque chose à la construction nationale. 

Quelles sont vos attentes pour que soient garanties la sécurité et la paix lors des prochaines échéances électorales ? 

Que le cadre juridique et institutionnel soit rassurant, inspire confiance à tous les acteurs. Qu’ils sentent qu’il y a un cadre qui est transparent, qui garantit leurs intérêts et qu’ils n’ont pas à s’inquiéter de ce que les résultats des élections seront truqués. C’est cela qui est fondamental et c’est d’ailleurs cet objectif que poursuivent tous les partis de l’opposition en particulier. C’est à travers les décisions qui seront prises très prochainement qu’on verra si ce cadre-là est effectivement mis en place et s’il garantit la transparence dans le processus électoral. Pour cela, il faut que la CEI elle-même soit équilibrée et qu’aucune formation politique ne dispose d’un pouvoir exorbitant qui puisse permettre de créer un préjudice pour les autres partis politiques. Que les Commissions électorales aussi soient équilibrées et qu’elles garantissent la sincérité du scrutin sur le terrain. L’autre élément important c’est la lutte contre la fraude, contre le racket, l’achat des consciences, parce qu’on a vu au cours des élections passées que l’argent a occupé une dimension exorbitante dans le vote des uns et des autres à travers la transhumance, l’achat des consciences, des bulletins de vote, un certain nombre de pratiques qui discréditent le processus démocratique, qui disqualifient parfois les résultats des élections.  

C'est un constat alarmant que vous faites de la démocratie en Côte d’Ivoire…    

Des gens qui ont gagné, pas parce qu’ils sont les meilleurs, qu’ils ont les meilleures idées pour représenter les populations, mais parce qu’ils ont exploité la misère ambiante pour pouvoir acheter des voix et se faire élire. C’est un cancer pour la démocratie. Il faut donc voir comment régler cette question. C’est pourquoi au FPI, nous avons proposé par le passé que le financement des campagnes soit encadré de manière à ce que l’argent ne soit pas le facteur déterminant mais que les idées, les projets politiques aient leur place. Quand on regarde le jeu politique aujourd’hui, on n’a pas besoin de développer une vision politique. Il suffit de se promener avec des mallettes d’argent et on peut se faire élire sans même que les électeurs sachent ce que celui qui a été élu propose pour sa circonscription, pour le pays. C’est une dérive grave. Il faut donc travailler aussi à réduire l’influence du facteur financier dans le jeu politique. Le système de votation doit être aussi transparent. C’est-à-dire comment faire pour que les voix qui sont comptabilisées dans l’urne soient effectivement celles qui sont reflétées par les Commissions électorales locales. Toutes ces questions ont été soulevées au cours du dialogue politique et on attend aussi bien au niveau législatif et règlementaire qu’au niveau technique, en ce qui concerne le système technique qui va gérer le processus électoral. Que ces mesures soient prises pour qu’on sache si les élections à venir répondront aux attentes des uns et des autres.

 

Réalisée par Saint-Claver Oula

Ph : N’Cho Osée Jean Yves

Content created and supplied by: Saint_Claver_Oula (via Opera News )

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