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Fraternité Matin : quel est le problème ?

La premier groupe de presse de Côte d’Ivoire est depuis un certain nombre d’années régulièrement sujet à des remue-ménages en son sein notamment au niveau de sa direction générale. Venance Konan, actuel directeur général de Fraternité Matin et ses directeurs généraux adjoints, en effet, n’ont pas toujours été en odeur de sainteté. En 2018, il avait maille à partir avec M. Saganoko Mohamed Lamine. Aujourd’hui, c’est avec M. Abdel Serge Olivier Nouho. Mais cette fois-ci, les travailleurs de l’organe public se mêlent au conflit et demandent des comptes au directeur général adjoint. Pourquoi ?

Depuis le jeudi 11 février 2016, sous la présidence de Mme Viviane Zunon Kipré PCA de la Société nationale de presse et d’édition de Côte d’Ivoire ( SNPECI), le Conseil d’administration de ladite structure avait autorisé plusieurs changements d’organigramme. Deux ans après, malgré le changement de PCA avec monsieur Sangaré Ibrahim Sega, le CA a ôté des prérogatives importantes au directeur général (PV n°4-2018). « Nous estimons que l’organisation de la Direction Générale permettrait difficilement de relever la SNPECI de sa situation alarmante. En effet, la nomination d’un Directeur Général Adjoint pour combler les limites du Directeur Général a engendré des tensions. Il ne paraît pas adapté de nommer un Directeur Général Adjoint, si le Directeur Général montre des insuffisances dans le pilotage de l’ensemble des activités en période de crise. La logique aurait voulu que son remplacement soit effectué, plutôt que de lui ôter un pan de ses prérogatives. Le mode de gouvernance qui consiste à nommer un Directeur Général issu de la « Presse » a montré ces limites au fil du temps », indique le document. Toujours selon la note, en plus de la suppression du poste de Directeur Général Adjoint, le recrutement d’un Directeur Général par appel à candidature avec le profil suivant (non exhaustif) parait nécessaire : une capacité à piloter et gérer l’un des domaines d’activités de la SNPECI ; avoir des compétences managériales et une capacité d’adaptation à son environnement ; des notions appréciables de la finance, comptabilité et gestion administrative ; des compétences en stratégie, organisation et être capable d’assurer la gestion cohérente et rationnelle de l’ensemble des activités de l’entreprise.


Un DGA au plein pouvoir ?

Ainsi à en croire les travailleurs, une organisation extraordinaire est mise en place : le directeur général adjoint est désormais chargé de l’administration, des directions des ressources humaines, de la technique et de la production, des éditions, du commerciale et marketing, des finances et de la comptabilité, des moyens généraux, du système informatique. Sans oublier des organes de conseil et contrôle sous son autorité (audit, contrôle de gestion et service juridique). Pourtant, Venance Konan « avait soulevé des objections à sa nomination relativement à la reconduction telle quelle de sa feuille de route, source de beaucoup de crispations entre lui-même et les directeurs généraux adjoints précédents», a mentionné le procès-verbal de la réunion extraordinaire du Conseil d’administration du 4 mai 2018.

Les syndicats des travailleurs affirment que tout document qui doit être soumis au DG est validé par le DGA au préalable. Les auditeurs ni le contrôle de gestion n’envoient plus aucun rapport au DG, selon eux. Ceux-ci sont remis au DGA. Pas de rapport mensuel de gestion de l’entreprise remis au DG non plus. Les uniques rapports sont les rapports trimestriels d’exécution budgétaire transmis à la DGPE (Direction Générale du Portefeuille de l’État), font-ils remarquer.

10 millions FCFA d’indemnité mensuelle

Cette situation a été dénoncée dans le rapport provisoire de l’audit stratégique, opérationnel, financier et de gestion de la SNPECI, commandité par la DGPE en mai 2020, sur instructions de la Primature, nous confient-ils. Ce système de gestion mis en place par le Conseil d'administration permet une main mise complète du DGA sur l’entreprise, sans que lui-même ne puisse être contrôlé par le DG, dénoncent-ils. « Pour preuve, le PCA a été nommé comme gérant d’Edipresse en 2019 et perçoit de fait un salaire. Cette nomination a été pilotée par le DGA, sans l’avis, ni l’aval du DG», justifie une source.

Au prétexte de redresser la société de distribution de la presse, poursuivent nos informateurs, M. Abdel Serge Oliver Nouho (actuel DGA de Fraternité Matin) a mis au chômage technique le directeur général d’Edipresse M. Bertrand Holl, la DGA et certains directeurs. « Il a procédé au changement de locaux sans en informer le DG. Il a également mis en place une équipe pour gérer Edipresse, composée de directeurs de Fraternité Matin qui perçoivent également un salaire. Chaque mois, le DGA et son équipe touche 10 millions de FCFA pour assister administrativement et financièrement l’entreprise filiale de la SNPECI », accusent-ils.

Le fait est que cette gestion sous contrôle du DGA de Fraternité Matin nuit gravement à la situation financière de la société, constatent-ils. Il n’est pas étonnant de trouver des insuffisances dans cette gestion (telles que rapportées dans le rapport provisoire de l’audit de la DGPE). Conséquences, révèlent-ils : insuffisances graves et soupçons de fraude à la DAF, à la gestion des achats, à la direction commerciale et marketing et au service juridique. Plus de 600 millions de FCFA de recettes volatisées … Des nombreux achats injustifiés, des décaissements à la comptabilité non règlementaires.

De leur point de vue, prétextant qu’il n’est qu’un adjoint et qu’il se réfère au directeur général, dans les faits, le DGA est en charge de toutes les activités de Fraternité Matin et d'Edipresse. Le rapport d’audit indique à la page 38 que : « Malgré la présence des directeurs dans chaque domaine, le conseil d’administration a donné la charge au DGA de conduire les activités sous l’autorité du Directeur Général. Le DGA aurait dû avoir un rôle de supervision que celui de prise en charge des activités ».

Un nouveau plan social redouté

Les travailleurs de Fraternité Matin connaissent la situation désastreuse de l'entreprise qu'ils dénoncent. Et pour cause, affirment-ils, toute requête d’ordre administrative et financière est gérée par le DGA, seule habilité à prendre une décision. Lassés par cette situation qui persiste depuis plus de 3 ans et soucieux de leur avenir, ils réclament le départ du DGA et du PCA et une réorganisation de l’entreprise. En réalité, les travailleurs redoutent un nouveau plan social à cause de cette gestion qu’ils jugent calamiteuse. Au vu de toutes ces récriminations, nous avons joint au téléphone le le DGA pour avoir sa version des faits. M. Abdel Serge Olivier Nouho a dit se référer d’abord à sa hiérarchie notamment le directeur général avant de se prononcer sur la question. Nous attendons toujours sa réaction.


Franck K

Content created and supplied by: Franck_K (via Opera News )

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