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Le professeur Samba Diakité fait l'état des lieux de l'Enseignement Supérieur en Côte d'Ivoire


L'arrestation des docteurs chômeurs a piétiné toutes les consciences ivoiriennes. Personne n'avait pensé au préalable, que les docteurs, qui ont soutenu avec brio leur doctorat pouvait chômer dans ce pays à telle enseigne que certaines universités ivoiriennes ont urgemment besoin des docteurs.Encore plus percutant dans cette histoire, est qu'ils sont arrêtés lors d'une marche légale . C'est au vu de ce constat étonnant que le professeur Samba Diakité prend sa plume sur sa page Facebook pour faire l'état des lieux de l'enseignement supérieur en Côte d'Ivoire et montrer éloquemment la genèse de ce que nous constatons aujourd'hui. 

Sur son profil Facebook on pouvait lire : "Le problème de nos universités commence par l’orientation des nouveaux bacheliers. Dans les universités étrangères qu’on qualifie de meilleures, les admissions se font en ligne sur le site des universités et l’acceptation est la seule affaire du registrariat des universités concernées qu’on appelle ici, la scolarité et non le ministère de l’enseignement supérieur. Chaque université étant responsable de ses choix et de ses formations. Les universités et elles seules, peuvent admettre les candidats qui postulent pour étudier dans l’université choisie. Les critères en ligne sont clairs et précis; d’autres étudiants des autres universités peuvent, également, changer d’université par le même canal. Ce qui donne une visibilité internationale aux universités. On peut être accepté ou refusé selon les places disponibles dans les départements. Mais en Côte d’Ivoire, les sites des universités sont inexistants, tout est concentré dans les seules mains du ministère de l’Enseignement Supérieur qui oriente quand il veut et comment il le veut. Quel est donc le rôle des inspecteurs d’orientation des universités? A quoi servent-ils? A défaut d’orienter adéquatement les étudiants selon les places disponibles dans les départements, on les affecte dans des grandes écoles pour s’en débarrasser sans tenir compte de leurs moyennes depuis la classe de seconde, de leurs mentions au BAC , de leurs lieux de résidence, de leurs vœux et de leurs âges. On les oriente, le plus souvent, dans des grandes écoles qu’ils n’ont jamais choisies et dans des filières où le taux de chômage est à 99%, sachant très bien qu’il n’y aura pas d’emplois pour eux après la formation. Ces étudiants –là, sont formés dans des grandes écoles où les étudiants en Licence et en Master sont enseignés par les enseignants titulaires de BTS ou de Licence.


Par ailleurs, dans nos universités, pour faire un cours, il faut se déplacer d’amphi en amphi pour voir si un seul amphi est libre. Pas de bureaux des enseignants pour recevoir les étudiants; pas de connexion ni sur le campus ni dans les salles pour les cours techno-pédagogiques, pas d’ordinateurs dans aucune salle de cours, pas de projecteurs; des bibliothèques vides, des sites internet de nos universités ne sont pas attrayants, non visibles, non viables et non fiables, non mis à jour, totalement vides. Effectifs pléthoriques, profil de carrière inexistant; aucun suivi de l’intégration des jeunes diplômés; aucune université ivoirienne ne saurait dire, aujourd’hui, le nombre approximatif de ses diplômés à l’emploi, ni les structures dans lesquelles ils sont employés. Encore faut-il connaître, le nombre exact de ses diplômés. Sur quoi donc, s’appuie-t-on pour se proclamer meilleure université nationale et espérer être classée dans le top des 200 bonnes universités d’Afrique? Seule une évaluation institutionnelle permet d’éclairer ces faits. Mais, il n’y a jamais eu d’évaluation institutionnelle dans nos universités. Les états généraux de l’éducation nationale ou de l’enseignement supérieur, les séminaires interminables dont les conclusions restent toujours dans les placards de nos ministères ne peuvent, en aucun cas, remplacer l’ÉVALUATION INSTITUTIONNELLE, à moins qu’on ait de l’argent à gaspiller pour des milliers de séminaires inutiles, au lieu de passer aux actes. Voilà le visage réel, hideux de nos universités. Dans une telle situation morose, l’on comprend aisément pourquoi aucune université ivoirienne ne saurait être classée dans le top des 200 meilleures universités africaines car les éléments précités font, allègrement, partie intégrante des critères du classement. Nos universités n’obéissent, absolument, pas aux indicateurs de performance. L’absence d’infrastructures oblige les enseignants à faire des cours de 45 h en 4h de temps. Quels résultats faut-il attendre dans ce meurtre intellectuel? Il n’est donc pas étonnant de constater que les examens soient basés sur des questions à choix multiples ou des matières au choix là où toutes les matières devraient être évaluées. Les objectifs pédagogiques se trouvent ainsi bâclés parce qu’il y a une année à achever. Ainsi donc, un étudiant en Philosophie peut obtenir son Master sans avoir écrit une seule dissertation ou un commentaire philosophique. Quelle prouesse! Une formation au rabais pour des emplois insuffisants, voire inexistants. Dans une telle situation morose, quel est donc l’apport du système LMD? .


Prof . Samba DIAKITÉ, Ph.D, TITULAIRE, Université Alassane Ouattara de Bouaké,

Chercheur associé au Laboratoire d'Études et de Recherches Appliquées sur l'Afrique(LÉRAA), Université du Québec à Chicoutimi

Diplômé en gestion de l’assurance qualité des projets,

Diplômé en processus de gestion de la qualité totale

Diplômé en Spécialisation professionnelle en entrepreneuriat

 Expert à l’Évaluation des comités consultatifs interafricains du CAMES,

Expert en évaluation institutionnelle et l’évaluation des programmes

 Membre de la Société Canadienne d'Évaluation (SCÉ) 

Membre du Fonds de la Société Canadienne d'Évaluation pour l'Éducation(CESEF) Membre de la Société Québécoise d'Évaluation de Programme(SQEP) .》

Qu'en pensez-vous de cette déclaration du professeur Samba Diakité?

Content created and supplied by: Nepourréussir (via Opera News )

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