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Violence en milieu scolaire en Côte d'Ivoire: Le Rasalao-Ci présente les résultats d'une étude

Photo: Table de présentation du rapport avec au centre Monsieur N'tayé Aka Victorien, le Président du RASALAO-CI.


Le Vendredi 21 juillet 2022, le RASALAO-CI a animé à son siège, à Abidjan sis à Adjamé 80 logements, une conférence de prsse de présentation des résultats d'une étude sur la violence en milieu scolaire secondaire.

Le RASALAO-CI vous présente l'intégralité du résumé de l'étude présenté à la presse.

Le Réseau d’action sur les armes légères en Afrique de l’Ouest, section Côte d’Ivoire (RASALAO-CI), créé le 21 juillet 2007, à Abidjan, est une faitière de 23 organisations de la société civile ivoirienne. Le RASALAO-CI œuvre dans le domaine de la promotion de la paix, de la cohésion sociale, des droits humains et de la sécurité humaine, en occurrence la lutte contre la prolifération et la circulation illicite des armes légères et de petit calibre (ALPC). Au plan sous régional, le RASALAO (WAANSA) est implanté dans les 14 autres pays de la CEDEAO.

Il a pour buts de (i) contribuer à l’avènement d’un environnement sécurisé, paisible et propice au développement de la Côte d’Ivoire, (ii) de servir de forum pour l’échange d’informations, d’expériences et de stratégies en vue de lutter contre la prolifération et la circulation illicite des ALPC en Côte d’Ivoire, (iii) d’œuvrer pour la réduction des causes de la demande et l’impact négatif des ALPC en Côte d’Ivoire, (iv) de servir de source de solidarité pour tous ceux qui œuvrent sur les questions et les problématiques liées aux ALPC et qui risquent d’être affectés en raison de leur travail ou d’être des victimes d’ALPC, et (v) de promouvoir la sécurité humaine en Côte d’Ivoire.

De 2007 à ce jour, les actions de plaidoyer, de lobbying, d’information, de formation, de sensibilisation, de mobilisation communautaire, d’études, de recherche et de coopération, ont permis au RASALAO-CI de contribuer, de réaliser et d’obtenir les résultats majeurs suivants : la collecte de plus de 6500 armements ; la prise du décret portant création, fonctionnement et attributions de la ComNat-ALPC en Avril 2009 par l’Etat Ivoirien, la signature suivie de la ratification de la Convention de la CEDEAO sur les armes légères et de petit calibre (ALPC), leurs munitions et autres matériels connexes, ainsi que du Traité international sur le commerce des armes (TCA) par l’Etat ivoirien; respectivement entrés en vigueur en Septembre 2009 et en Décembre 2014 ; la prise de conscience des communautés sur les dangers liés à la détention et l’utilisation illégale des ALPC et des munitions, et au renforcement de la collaboration entre les communautés, les forces de défense et de sécurité et les autorités locales ; la réalisation d’un diagnostic socio-sécuritaire réalisé dans les localités Man, Bouaké, M’Bengué, Tengréla et Ouangolodougou ; l’élaboration d’un manuel de formation des organisation de la civile en matière de contrôle démocratique du secteur de la sécurité ; la production d’un rapport d’observation sur l’environnement sécuritaire en milieu scolaire secondaire en décembre 2021; la production d’une étude sur la promotion des mécanismes de la gouvernance sécuritaire dans les localités de Bouaké, Daloa, Duékoué et Grand-Béréby; et le titre de membre au sein du Réseau de recherche Afrique de l’Ouest sur la criminalité organisée. Le RASALAO-CI a également à son actif plusieurs actions et projets financés par des partenaires nationaux et internationaux. Enfin, le RASALAO-CI a plus de cent (100) points focaux sur l’étendue du territoire national.

1.      Contexte de l’étude

Depuis plus d’une décennie, l’école ivoirienne est confrontée à des dysfonctionnements structurels qui s’expliquent par diverses raisons : pénurie d’enseignants et d’encadreurs, inadaptation du contenu pédagogique aux évolutions sociétales, démotivation des acteurs du fait du traitement salarial, etc. A ces dysfonctionnements structurels, se cumulent des crises et grèves qui fragilisent l’institution scolaire. L’école est donc traversée par des convulsions violentes qui préfigurent sa lente agonie (MPD-Côte d’Ivoire, 2000 ; Dechi, 2006).

Le problème de la violence apparaît comme l’aboutissement « normal » de ces dérèglements. Vanga, Kouakou, Sika (2006) et Goin Bi (2010) analysent la violence à l’école en Côte d’ivoire sous l’angle de l’implication des syndicats des étudiants et élèves dans le développement de ce phénomène. Les meurtres d’étudiants et d’élèves, les brutalités sur enseignants, les coups et blessures, les insultes, les viols, les tortures, les rackets, pour ne citer que ces incidents, constituent les principales formes et manifestations des violences dans les écoles et universités de Côte d’Ivoire constatés depuis 1990. Par ailleurs selon, une étude conduite par le Ministère de l’Education Nationale, intitulée « Etude sur le bien-être et la sécurité des élèves dans les écoles de Côte d’Ivoire » menée en juin 2016 avec l’appui de l’UNICEF, les violences verbales et les violences psychologiques apparaissent comme des formes de violences enregistrées en milieu scolaire.

Plus récemment, grâce à la contribution de ses points focaux régionaux, le Réseau d’action sur les armes légères en Afrique de l’Ouest, section Côte d’Ivoire le RASALAO-CI a pu constater au cours des mois de novembre et décembre 2021, des manifestations de violence armée en milieu scolaire dont les cas les plus graves sont les suivantes :

-         L’interpellation par la Police, d’un élève en possession d’une arme de petit calibre à Dabou, le 09 décembre 2021.

-         La mort d’un élève poignardé par un autre élève, avec une arme blanche, en pleine cours de l’école à Issia, le vendredi 03 décembre 2021.

-         Un élève poignardé à l’épaule avec une arme blanche par les élèves manifestant à Gagnoa, le jeudi 08 décembre 2021.

-         L’attaque contre les forces de sécurité intérieure par les élèves manifestant à Jacqueville, Taabo, Soubré, Arrah et Prikro, le lundi 06 au jeudi 17 décembre 2021, au moyen d’armes par destination.

-         La destruction des biens et bâtiments des administrations scolaires secondaires par les élèves manifestant à Samatiguila et à Soubré, le mardi 7 décembre 2021 et le mercredi 8 décembre 2021, au moyen d’armes par destination…

Préoccupé par cette escalade de la violence, et conscient de son rôle en tant qu’instrument de lutte contre l’expansion de la violence sous toutes ses formes, le RASALAO-CI a initié le projet intitulé « L’Ecole, un cadre d’apprentissage dans la non-violence (ECANV). Ce projet, financé par l’Ambassade de Suisse en Côte d’Ivoire et s’est déroulé dans les localités de Bouaké, Dabou et Issia sur une période de quatre (04) mois allant du 21 mars au 21 juillet 2022. Il (ECANV) a pour but de contribuer à la réduction de la violence en milieu scolaire secondaire, notamment la violence armée.

Le présent rapport d’étude est une composante de l’action du RASALAO-CI destinée à apporter plus d’éclairages sur la question des violences en milieu scolaire, sur les logiques psycho-socio-cognitives qui conditionnent la légitimation ou la dé-légitimation de la violence en milieu scolaire. Cette étude est une activité programmatique du projet : « L’école, un cadre d’apprentissage dans la non-violence (ECANV) », avec l’appui financier de l’Ambassade de Suisse en Côte d’Ivoire.

2.      Objectifs de l’étude

L’étude a pour objectifs de :

1.     Identifier les représentations sociales de la violence chez les élèves enquêtés,

2.     Décrire les manifestations des violences en milieu scolaire

3.     Caractériser les auteurs et victimes de la violence en milieu scolaire,

4.     Repérer les facteurs psychosociaux et cognitifs qui justifient le recours à la violence en milieu scolaire

5.     Proposer des pistes d’intervention pour atténuer et réduire significativement les violences en milieu scolaire.

3. Méthodologie

L’atteinte de ces objectifs a nécessité l’adoption d’une méthodologie adaptée à l’objet d’étude. Cette étude s’est déroulée dans les trois (03) localités cibles du projet ECANV. Ce sont Dabou, Bouaké et Issia. De manière précise, trois (03) établissements ont été sélectionnés par localité. A Bouaké, ce sont le Collège Henri Point Carré, le Collège moderne Saint Jacques et le lycée jeunes filles de Bouaké qui ont été investigués. Dans la localité d’Issia, les lycées moderne et municipal d’Issia ainsi que le collège moderne Trinité d’Issia ont été choisis. Enfin, les lycée moderne Leboutou et Akpa Gnagne Martin ainsi que le collège Moderne Charles de Foucault ont été sélectionnés.

Quant aux participant.e.s à l’étude, il convient de préciser qu’ils ont été au nombre de mille cent quatorze (1114) élèves. Ils ont été sélectionnés selon une méthode d’échantillonnage arbitraire, notamment la technique de l’échantillonnage de disponibilité et de convenance. Cette technique a été associée à celle du quota, qui a permis d’interroger par questionnaire les élèves en tenant compte du genre et de leur âge, dans un but de représentativité. 

Outre la population principale des élèves, il faut souligner pour les besoins de l’enquête, la sélection arbitraire de certains membres du corps administratif et enseignant des établissements visités pour des entretiens. Cette démarche arbitraire a été également employée pour la rencontre des parents d’élèves au sein des COGES, ainsi que des autorités administratives et sécuritaires desdites localités. Au total, ce sont 50 participants qui ont pris part aux entretiens individuels et collectifs, en raison de 19 à Dabou, 18 à Issia et 13 à Bouaké.

L’étude s’est déroulée durant le mois d’Avril 2022. Elle a débuté dans les localités de Bouaké et Dabou du 04 au 08 avril 2022 et s’est terminée dans la localité d’Issia, du 25 au 29 avril 2022.

Les résultats de cette étude sont les caractéristiques des élèves, leurs représentations sociales de la violence en milieu scolaire, les manifestations des violences en milieu scolaire, le profil des auteurs et victimes des violences en milieu scolaire, ainsi que les facteurs explicatifs de ces violences en milieu scolaire.

4. Principaux résultats de l’étude

Concrètement, les données collectées montrent que les élèves associent généralement et collectivement les violences en milieu scolaires aux bagarres et aux grèves.

Toutefois, une variation langagière est observée selon les localités. Ainsi les élèves de Dabou considèrent les violences en milieu scolaire comme des agressions et des menaces. Cette conception se renforce au travers des témoignages recueillis qui font état d’une insécurité à Dabou caractérisée par des agressions aux alentours des établissements scolaires. Quant aux élèves de Bouaké, ceux-ci considèrent les délogements et les harcèlements comme les formes prégnantes des violences en milieu scolaire. Enfin, les élèves d’Issia estiment les violences en milieu scolaire comme l’expression de la délinquance et des disputes.

Les formes de violences fréquemment observées concernent les injures (83,0%), les perturbations de cours (73,8%), et les bagarres (70,7%). Il convient de souligner que les violences sexuelles (32,8%) apparaissent en filigrane. Près de 50% des élèves se sentent peu ou pas du tout en sécurité. Cette insécurité est ressentie davantage par les élèves de Bouaké (55%), contre 50% à Issia et 30% à Dabou. Dans cette même lignée, près de six élèves sur dix estiment inquiétantes les violences en milieu scolaire.

Les données collectées sur la victimisation des élèves indiquent que plus d’un tiers des élèves a déjà été victime d’actes de violence en milieu scolaire. Au sujet des élèves « auteurs de violences », ils représentent 16% de l’échantillon d’étude.

Exposés dans leur majorité aux actes de violences, les élèves ont été invités à préciser s’ils en ont parlé à quelqu’un (enseignant, administration, famille, amis, connaissances, etc.). Les données montrent que plus de la moitié des élèves victimes ou témoins de violences, n’en parlent pas, ce qui traduit une sorte de loi d’omerta.

Relativement au profil des auteurs de violences, les principaux acteurs indexés par ordre décroissant sont les élèves, les enseignants, l’administration, les forces de sécurité et des individus non formellement identifiés (mécaniciens, badauds, etc.). Soulignons que les violences physiques et les menaces sont associées principalement aux élèves et aux autres acteurs non identifiés, ainsi qu’aux forces de sécurité, tandis que les violences sexuelles sont associées aux enseignants et aux élèves, et les violences psychologiques, institutionnelles relèvent du fait de l’administration.

Au niveau des élèves auteurs de violences, ceux-ci sont en majorité des individus de sexe masculin, âgés en moyenne de 14,90 ans et fréquentant les classes de 4ème, 3ème ou celles de 1ère, Terminale.

En s’intéressant aux raisons évoquées par les élèves pour expliquer les violences en milieu scolaire, nous avons repéré quatre (04) évocations majeures. Ce sont les items « blessé », « drogue », « mauvaise compagnie », « mésentente ». Les évocations liées à la zone périphérique et contraste soutiennent la construction cognitive des violences en milieu scolaire chez les élèves. Dans ce sens, l’on observe la présence de termes afférents à des causes liées aux drogues : « cigarettes * alcool * tabac ». Les items « manque-éducation * mauvaise-éducation * mauvaise-fréquentation * mauvais comportement * impolitesse » soulignent la prégnance des facteurs psycho-socio-éducatifs parmi les facteurs explicatifs des violences en milieu scolaire. Les violences en milieu scolaire s’expliquent également selon les élèves par des facteurs économiques à travers des items tels que « argent * manque-argent * pauvreté * manque-moyen * galère * famine * », etc. Enfin, d’autres raisons sont évoquées à travers les items « incivisme * indiscipline * provocation * discrimination * congés-anticipés * etc. »

Les témoignages recueillis auprès des enquêtés semblent confirmer ces facteurs explicatifs avancés. Ceux-ci concernent les facteurs infrastructurels et structurels, les facteurs situationnels et les facteurs environnementaux.

Eu égard aux résultats obtenus, les participants ont formulé les propositions suivantes. Il s’agit de :

·        Assainir l’environnement scolaire (destruction de fumoir, maquis, bar, commerces divers aux alentours des établissements scolaires),

·        Renforcer et appliquer strictement les statuts et le règlement intérieur des établissements scolaires,

·        Sensibiliser les élèves au civisme, à la non-violence et à la cohésion sociale, avec une implication accrue de ceux-ci,

·        Renforcer, avec le personnel administratif, le dispositif de contrôle à l’entrée des établissements scolaires,

·        Restaurer le service civique auprès des élèves,

·        Renforcer davantage les capacités et les compétences du corps enseignant,

·        Promouvoir la professionnalisation du corps enseignant avec plus de sanctions pour les « hors la loi »,

·        Promouvoir continuellement et davantage les droits de l’homme en milieu scolaire,

·        Encourager les parents d’élèves à s’impliquer plus dans la vie scolaire de leurs enfants,

·        Plaider pour la réforme en profondeur du système éducatif ivoirien dans son ensemble,

·        Impliquer davantage les élèves à la recherche de solutions contre la violence en milieu scolaire,

·        Instaurer continuellement et davantage les bourses d’accompagnement des élèves et les prix d’excellence dans les établissements scolaires,

·        Créer davantage de cantines dans les écoles,

·        Clôturer les établissements secondaires afin d’éviter les infiltrations et l’accès aux personnes non autorisées,

·        Installer le matériel sanitaire dans les établissements scolaires secondaires au profil des élèves en tenant compte du genre.

De manière spécifique, le RASALAO-CI propose :

·        Le renforcement dans les programmes scolaires de modules de formation sur la promotion de la non-violence ;

·        L’initiation d’une formation d’éducation à la paix et aux comportements pacifiques pour les élèves ;

·        La poursuite du dialogue entre autorités et acteurs du système éducatif afin d’éviter les situations de grèves répétées et de conflits ;

·        La sensibilisation des élèves sur les conséquences des congés anticipés et la consommation de la drogue et des stupéfiants ;

·        L’instauration des fouilles systématiques à l’entrée des établissements scolaires ;

·        L’installation des caméras à l’entrée et au sein des établissements scolaires ;

·        La création d’une brigade antidrogue au sein des établissements scolaires ;

·        La pérennisation de ce projet « L’école, un cadre d’apprentissage dans la non-violence » et la reconduction des activités dudit projet à l’échelle nationale.

Ces propositions s’inscrivent dans la continuité de sa théorie du changement qui postule que « si les élèves et personnels de l’éducation sont sensibilisés régulièrement par les pairs éducateurs, animateurs de plateformes de veille, avec une implication accrue du genre, ils prendront conscience afin d’apporter leur contribution à l’éradication de la violence armée dans leur cadre d’étude. Ainsi, ils développeront un cadre d’apprentissage sans violence et sans arme ».  

En conclusion, le RASALAO-CI voudrait en appeler une fois de plus à une prise de conscience nationale et à la mise en œuvre de solutions adaptées et adéquates au problème de la violence en général et particulièrement de la violence en milieu scolaire. Car NOUS serons redevables à la postérité si nous n’opérons pas un choix judicieux qui procure la paix et conditionne le développement durable.

Disons ensemble « la violence ne passera pas par moi en milieu scolaire ».

C’est sur cette base que nous vous proposons donc de débuter les échanges, que nous souhaitons ouverts, instructifs et chaleureux.

Nous vous savons gré pour votre bien aimable attention. 


SerCom du RASALAO-CI

 

Content created and supplied by: RASALAO-CI (via Opera News )

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