Sign in
Download Opera News App

 

 

Affaire '' Des enseignants ne savaient ni lire ni écrire " : les racines d'un mal profond

Il y quelques jours, le journaliste et député-maire de Tiassalé, Assalé Tiémoko Antoine, dressait un sombre tableau du niveau de certains enseignants ivoiriens. Sur son espace Facebook, il déclarait que des enseignants sortis des Cafop ne maîtrisaient ni la lecture ni l'écriture.

'' Il faut auditer le niveau des enseignants qui ont été recrutés pour l'enseignement primaire, de 2000 à 2020. Plusieurs milliers n'ont pas le niveau ou ont de faux diplômes. Ils représentent l'un des plus grands dangers, pour notre école. En 2014, des ensignants sortis des CAFOP et affectés dans des écoles ne savaient ni lire ni écrire correctement '', écrivait le journaliste. Même si ces mots ont provoqué l'ire de nombreux enseignants, il faut reconnaître que l'homme n'a pas tout à fait tort. Le niveau et les compétences de certains maîtres d'école laissent effectivement souvent à désirer.

Cependant, il faut aussi voir ce mal à la racine. Pourquoi toutes ces lacunes sont-elles relevées chez ceux qui doivent former les enfants ? Comment ont-ils obtenu le sésame qui leur donne le titre d'enseignants ? Dans quelles conditions ont-ils eux-mêmes été formés ? Les réponses à ces questions nous aideraient sûrement à comprendre pourquoi '' des instituteurs ne savent ni lire ni écrire.''

L'école ivoirienne est malade. C'est connu de tous. Les conditions d'enseignement sont catastrophiques. Des effectifs pléthoriques, des cours régulièrement perturbés, des programmes scolaires difficilement terminés minent notre école. À cela, il faut ajouter la tricherie et la fraude qui gagnent du terrain. Élèves et administrateurs s'en donnent à coeur joie. La nouvelle ministre de l'éducation nationale et de l'alphabétisation, Mariatou Koné, avait dès sa prise de fonction vertement demandé aux inspecteurs d'enseignement primaire et préscolaire de mettre fin à la concurrence en '' gonflant '' les performances des enfants. Les gros pourcentages de réussite ne reflètent donc en rien les niveaux des élèves.

Dans une telle atmosphère, des élèves obtiennent le BEPC sans avoir le niveau de ce parchemin. Ils peuvent dans ces mêmes conditions décrocher le bac tout en ayant des lacunes criardes. Ces élèves mal formés peuvent néanmoins avec leur BEPC passer le concours de Cafop et devenir instituteurs. Il s'agit plus pour lui de gagner son pain plutôt que d'exercer le métier qu'il aime ou pour lequel il a les capacités. À cela, il faut ajouter les conditions d'entrée au Cafop ? Est-ce le mérite qui prévaut ? Si c'est le cas, comment des élèves-maîtres qui traînent des carences dont parle Antoine Assalé Tiémoko ont-ils pu devenir instituteurs adjoints ? De fortes rumeurs font état de corruption ou de places vendues pour être admis. Madame Mariatou Koné elle-même déclarait avoir été contactée pour des '' parrainages '' à la veille du concours de Cafop. Comment dans de telles conditions, peut-on avoir en classe des formateurs de qualité ? C'est peu probable.

Monsieur Assalé Tiémoko Antoine a le mérite d'avoir dit les choses comme elles sont. Son franc-parler et la crudité de ses observations gênent parfois mais il n'est pas du tout hors de la plaque ici. Il faut cependant analyser le problème dans tous ses contours. Pour le bonheur de notre école !

Dan Singault de Blagouin

Photo d'illustration

Content created and supplied by: DanSingault (via Opera News )

COMMENTAIRES

Chargez pour lire plus de commentaires