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Santé publique - Avortements illégaux en Côte d’Ivoire : ces chiffres qui nous interpellent

La question des avortements en général et des avortements illégaux de façon spécifique bien que difficile à aborder d’un point de vue moral, religieux ou éthique dans nos sociétés africaines encore fortement imprégnées de tabou et de pudeur a été remise au goût du jour par un reportage du journaliste Sidy Yanssané ce 24 mai 2021 faisant l’état des lieux en Côte d’Ivoire. Et pourtant, les chiffres ahurissants sur cette question en rapport avec la santé de la reproduction en Côte d’Ivoire devraient interpeller toutes les consciences.

        Ce sont environ 300.000 de nos concitoyennes qui ont recours clandestinement et dans des conditions d’hygiène obscures et douteuses aux avortements illégaux. 76% de nos compatriotes qui se livrent à cette pratique selon Médecins du monde sont pour la plupart des élèves. On pourrait conclure qu’elles ont donc recours aux avortements illégaux afin de pouvoir poursuivre sereinement leur cursus scolaire.

        Toutefois, au vu de ces chiffres qui sont en passe de faire des avortements illégaux un véritable problème de santé publique avec les cas de décès qui surviennent au cours de cette pratique ou encore des conséquences désastreuses sur la vie de celles qui s’y adonnent, nous nous demandons s’il n’est pas temps de légaliser cette pratique et préserver ainsi des vies.

        Pour rappel, l’avortement reste encore une pratique illégale selon la législation ivoirienne. Quiconque s’y livre encours une peine d’emprisonnement allant de six mois à trois ans. Seul bémol, l’avortement n’est autorisé par le législateur ivoirien qu’en cas de viol ou d’inceste.  

        Cette situation pousse donc de nombreuses jeunes filles surtout des élèves et étudiantes à recourir à des praticiens aux techniques archaïques et douteuses qui débouchent malheureusement dans bien de cas sur des décès des suites d’hémorragie. Et pourtant la Côte d’Ivoire a signé et fait ratifier le protocole de Maputo sur la santé sexuelle et reproductive qui met en avant le droit des femmes à disposer librement de leur corps. Et pourtant un avant-projet de loi datant de 2016 sur cette question dort dans les casiers des législateurs ivoiriens et peine à être adopté.  

Pourquoi les autorités publiques tardent-elles à appliquer l’intégralité des termes de ce protocole ouvrant la voie à la pratique des avortements en milieu hospitalier par des praticiens aguerris ? Est-ce la pression de leaders religieux ou communautaires qui fait obstacle à l’adoption de ce avant-projet de loi ? Jusqu’à quand les décideurs observeront ils ce qui ressemble à un silence coupable et qui malheureusement coûte en vies humaines chaque année ?

L’avant-projet de loi sur le protocole de Maputo que la Côte d’Ivoire a signé devrait être courageusement remis sur la table afin de débattre de tous ses termes sans tabou et surtout de la question d’un avortement sécurisé pour la jeune fille.   

Content created and supplied by: SGB78 (via Opera News )

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