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Kokounseu Madé Benson , inspecteur pédagogique : "voici Les faiblesses du système éducatif en Côte d'Ivoire"

Monsieur kokounseu Madé Benson est le président du collectif des inspecteurs pédagogiques diplômés de l’école normale supérieur(ENS), coordonnateur régional disciplinaire à l’APFC (antenne pédagogique de la formation continue) de Man et formateur relais DECO.

Suite aux résultats moins fabuleux des examens à grand tirage de l’année scolaire 2021, ce technocrate avéré de l’enseignement secondaire, revient sur les difficultés qui fragilisent le milieu éducatif ivoirien.


Lorsqu’on jette un regard rétrospectif sur l’ensemble des résultats des examens de fin d’année 2021 ,qui sont quasi-totalement insatisfaisants, alors, on se demande bien ; qu’est-ce qui n'a pas pu marcher ?

Quand on analyse la situation sur cet angle, bien évidemment l'on croirait que c'est maintenant que l’école ivoirienne ne va pas bien. Alors que ces derniers résultats sont le reflet du niveau de nos apprenants .

Donc vous insinuez que la gestion antérieure de l’école ivoirienne était défaillante?

Je m’abstiens de fustiger le système éducatif dans son ensemble, encore moins la gestion de la ministre Kandia Camara.

Cependant, il faut reconnaitre que les réformes et la rigueur de la Ministre Mariétou Koné vont d'avantage renforcer la culture de l’excellence en milieu scolaire.

Selon vous , d’où provient manifestement l’origine de cette décadence de l’école ivoirienne ?

Merci de nous permettre de faire le diagnostic de l’école ivoirienne. Ce que d'autres ont traité d’ailleurs d'états généraux. Ainsi, à contrario, au regard du nombre des infrastructures d’enseignement , de la méthode de formation et le contenu des curriculas, toute de suite l'on déduirait que l’école ivoirienne se porte merveilleusement bien.

Pourtant nous constatons en réalité une terrible régression du système éducatif ivoirien qui trouverait certainement ses origines à plusieurs niveaux :

Tant au niveau de L’État et des acteurs de la formation , qu'au niveau des parents d’élèves et des apprenants eux-mêmes.

Soyez plus explicite sur la responsabilité de chaque entité impliquée dans la sphère éducative en Côte d'Ivoire ?

Prenons le cas atypique des enseignants du privé, qui sont représentés majoritairement aux examens à grand tirage. Cette circonstance devient malencontreusement une période « vache à lait » pour ces derniers, qui jugent l’occasion propice de pouvoir soutirer de l’argent aux candidats , moyennant des réponses en salle. Car pour nombreux d'entre eux, c'est le moment tout craché, d'assurer les vacances hypothéquées par l’interruption brusque des salaires qui ne respectent même pas la convention entre L’État et les fondateurs d’établissements privés.

Voilà pourquoi, le gouvernement ivoirien doit être regardant sur le traitement salarial des enseignants qui donnent des cours dans les écoles privées qui recoivent la scolarité des élèves affectés, car il existe bien un laisser-aller total à ce niveau.

En outre, nous pouvons faire cas de la responsabilité parentale qui implique l’encouragement de la tricherie et de la fraude. En effet pendant les épreuves, les fouilles perpétrées par les surveillants sur les apprenants, font état de ce que ces derniers ont en leur possession quelques billets de banque. Généralement cela est favorisé et cautionné par les parents qui leur octroient des moyens expressément afin de soudoyer les examinateurs en salle.

Enfin, il y a l’implication des enseignants eux-memes.

Voyez vous l’enseignant a perdu de la valeur aujourd’hui de par sa propre faute.

Il n’adopte plus les mêmes attitudes de celui d'avant qui se faisait respecter et était soucieux de garantir une formation de qualité à l’apprenant.

N’est-ce pas aussi le passage inopiné à la PPO(pédagogie par l’objectif), ensuite à la FPC(formation par compétence) et enfin à l'APC(approche par compétence), qui a dénaturé le système éducatif en Côte d'Ivoire ?

Non, je ne le pense pas vraiment. Il faut apprendre à connaître les méthodes pédagogiques et la terminologie incluses dans les méthodes pédagogiques. Avec la PPO, on avait besoin des cadres tout juste après l’indépendance, pour animer l’administration mais aussi pour apporter le développement au pays, c’est-à-dire le développement industriel et tout ce qui suivait. Désormais, la formation ne se substitue plus qu'a créer les agent de bureau, mais à apporter le savoir aux apprenants afin de leur permettre au sortir de leur cursus scolaire, une insertion sociale plus aisée d’où la nécessité du passage du système de la PPO à l'APC.

Cependant, le réel problème se situe dans la question de l’encadrement des enseignants et de leurs suivis. Le changement de méthode doit être accompagné systématiquement d'un recyclage en fonction de l’évolution du système pédagogique.

Et ce recyclage doit être assuré par des structures promues pour cette mission que sont les antennes pédagogiques.

Malheureusement , les inspecteurs pédagogiques ont la capacité intellectuelle requise, mais ne possèdent pas de moyens nécessaires, pour accomplir de façon efficace, leur mission de suivi et d’évaluation des enseignants. C'est ce qui est à l’origine des difficultés concernant l’application effective sur le terrain, de la méthode pédagogique. Souvent, nous constatons amèrement que certains enseignants donnent des cours en PPO et font des évaluations en APC et vice-versa.

Cela sous-entend simplement que, si les indemnités prévues pour l’exercice de cette fonction d’inspecteur pédagogique étaient reversées conformément aux textes qui régissent le cadre de la mission à leur assigner par L’État ivoirien , beaucoup de situations malencontreuses seraient évitées dans le système éducatif en Côte d’Ivoire, mais hélas !

Quelle est votre opinion sur le recrutement des enseignants contractuels qui ne passent pas par les écoles de formation reconnues et agréées?

L’enseignement est un métier, et d’ailleurs, il y a un adage qui dit que « c’est en forgeant qu'on devient forgeron » , donc à mon humble avis, l’avènement de cette méthode de recrutement des enseignants vient à point nommé pour combler un manque à Gagner.

Trouvez-vous que cela est normal qu'ils apprennent à forger sur des apprenants ?

Le hic se situe au niveau de l’encadrement et le suivi qui devraient être assurés par les inspecteurs pédagogiques. Malheureusement, la question des mesures d’accompagnement(les indemnités de mission) refait surface.

Il y a aussi la question du recrutement des instituteurs par ce même canal avec le niveau BEPC. Généralement ce sont des personnes qui n’ont pas le niveau 3éme, donc on ne sait vraiment pas par quelle alchimie ils sont parvenues à s’approprier du diplôme. C'est clair que tous ces état de fait constituent la racine des failles du système éducatif ivoirien.

Mais comme aujourd’hui le « mouton pédagogique » leur facilite la titularisation, ils parviennent toujours a se dérober du circuit de contrôle et deviennent de mauvais enseignants quelque part.

D’où la nécessité de notre constante présence sur le terrain pour corriger toute cette gangrène qui envenime le système éducatif.

Quand on se réfère à mon cas, en temps qu'inspecteur pédagogique avec pour option les lettres modernes, j'ai à mon actif plus d'une trentaine de collèges de proximité et près de 300 enseignants répartis dans toutes les contrées de la région du Tonkpi.

Comprenez aisément que le manque d’indemnités constitue un véritablement handicap dans l’accomplissement de cette fonction.

L’État refuse de mettre en application le FOSAP (le fond de soutien à l’animation pédagogique), comme le recommande les textes.

Ce sont ces indemnités qui nous permettent d’être mobiles et actifs afin d’assurer la continuité de la formation des enseignants , de les encadrer et de les contrôler dans leur localité de fonction.

Malheureusement, à l’époque, quand j’étais encore à Touba nous ne percevions que 10 000f CFA, c’est-à-dire 3500f CFA par trimestre seulement pour toute une région, avec ce nombre pléthorique d’enseignants, dispersés tout azimut dans la région.

Vous venez à l’instant d’évoquer une expression, « le mouton pédagogique », pouvez-vous nous en dire plus ?

À l’origine, c'est une expression qui désignait la faveur qu’un enseignant ou un groupe d’enseignants accordaient à l’inspecteur et ses conseillers après le sacre de la titularisation.

Aujourd’hui, il est sorti carrément de ce cadre originel, pour être institutionnalisé comme la garantie de la titularisation.

Et ce, par la volonté des impétrants qui se savent déméritants et la hiérarchie qui en a fait son chou gras.

Quelle est votre proposition pour éradiquer le désordre dans le système éducatif ?

Je tiens à priori, dire merci à la ministre Mariétou Koné pour ses efforts engagés afin de donner une image reluisante à l’école ivoirienne.

c'est pourquoi lors des états généraux de l’école ivoirienne, le 19 juillet 2021, elle a clarifié sa vision aux yeux de toute l’assistance : « Notre boussole doit être la recherche permanente de la performance, de la qualité et du mérite », a-t-elle signifié sans détour.

Quand on essaie de plancher sur les résultats scolaire de cette année scolaire 2020-2021, on se rend compte qu'il est immensément en deçà de ceux qui sont antérieurs, mais pourquoi l’applaudit-on ?

C'est simplement parce qu'il y a un travail de fond qui est entrain d’être initié afin de freiner la fraude et la tricherie, et pour se faire, le professeur Mariétou Koné mérite des encouragements.

Il faut aussi des moyens de coercition autant à l'endroit des élèves qu'au niveau des enseignants fautifs ou incompétents.

Voyez-vous, des élèves qui se définissent des dates de congés, qui agressent les enseignants, qui font l'apologie de la violence en milieu scolaire(…),sans en être inquiétés.

Dans les établissements publics, des enseignants qui bâclent le travail sous le regard impuissant de leur administration sans que celle-ci ne puissent les réprimander rigoureusement.

Tout ceci constitue un couac pour la bonne marche de l’école dans son ensemble.

Nous sommes au soir de notre entretien, quel est votre mot de fin ?

J’aimerais préciser que les inspecteurs pédagogiques de l’enseignement secondaire ne revendiquent pas une augmentation de salaire, mais ils demandent plutôt l’application des dispositions qui leur donnent droit aux indemnités afin de leur permettre de mener à bien leur mission d’encadrement, de contrôle et de suivi des enseignants.

Je vous remercie.


Interview assurée par Dilane janvier.

Content created and supplied by: Dilanejanvier (via Opera News )

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