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Education/ quand des milliers d'élèves ivoiriens partaient se chercher au Burkina Faso

Ouagadougou, la capitale burkinabè (image d'illustration, source: internet)

Dans les relations entre la Côte d'Ivoire et le Burkina Faso, de nombreux ivoiriens, surtout ceux nés au début des années 90, n'appréhendent le départ à l'aventure que dans le sens Ouaga-Abidjan. Quoi de plus normal quand on sait que sur les 27 millions d'habitants que compte notre pays, 5 millions sont originaires du pays des hommes intègres. Toutes les zones productrices de cacao en Côte d'Ivoire accueillent des milliers de ressortissants de ce pays frère qui contribuent à leur niveau à l'essor de notre économie.

Et pourtant il fut une période, disons au tout début des années 80 où la Côte d'Ivoire a connu en direction du Burkina Faso un grand flux d'aventuriers, principalement des élèves et étudiants. A cette période, la seule université du pays est en passe d'être surpeuplée, et la crise économique qui pointe le nez oblige l'État ivoirien a instauré le bac probatoire, un examen à grand tirage destiné aux élèves des classes de 1ere, afin de filtrer l'accès en classe de terminale et donc réduire le nombre d'admis au bac qui frapperont aux portes de l'enseignement supérieur. Mais cet examen s'avèrent infranchissable pour des milliers d'élèves qui sont contraints d'abandonner leurs études. Les écoles privées n'étant pas aussi répandues qu'aujourd'hui, les candidats recalés après deux tentatives savaient qu'ils devaient dire adieu à l'école.

Pour contourner le bac probatoire, les jeunes ivoiriens dont les parents en ont les moyens se déportent par centaines chaque année en Haute Volta qui deviendra Burkina Faso, à la quête du bac ou même de diplômes universitaires pour certains bacheliers ivoiriens qui estimaient avoir été mal orientés ici. C'était par exemple le cas de feu Hamed Bakayoko, qui avait été orienté en droit à Abidjan et qui grâce à ses parents s'est retrouvé à Ouagadougou pour suivre des études de médecine. Jusqu'en 1988, ils sont un peu plus de 6000 élèves et une cinquantaine d'étudiants répartis entre Bobo Dioulasso, Ouagadougou, Koudougou et Banfora.

Université de Ouagadougou (image d'illustration, source: internet)

Selon de nombreux témoignages recueillis auprès de ceux qui revenaient avec ou sans le bac burkinabè surnommé aussi "bac commando" parce que difficile, l'aventure au pays de Thomas Sankara puis de Blaise Compaoré s'apparentait à une véritable galère. En effet, beaucoup de ceux qui y étaient allés, avaient été abandonnés par leur parents qui s'étaient contentés de leur donner un peu d'argent de poche après avoir payé la scolarité qui oscillait entre 35000 et 45000 f et quelques fournitures scolaires. Dans ces conditions, se nourrir, se soigner et se vêtir convenablement relevaient du miracle, qui ne survenait que grâce à la générosité de certaines personnalités ivoiriennes de passage à Ouaga, de hauts fonctionnaires ivoiriens en poste sur place et de la vente de cartes d'adhésion de l'association des élèves et étudiants dont feu Hamed Bakayoko était le président. Il y avait aussi le soutien important de Chantal Compaoré, l'épouse de Blaise Compaoré devenu l'homme fort du pays qui faisait aussi preuve d'une grande générosité. En 1985, le président Houphouët Boigny de passage dans la capitale burkinabè à offert 80 millions à ses "enfants" pour les aider à faire face à leurs nombreuses difficultés. Mais cette somme colossale a bien vite été partagée et dilapidée. Dans l'aventure burkinabè, plusieurs élèves sont décédés de maladie dans des accidents.. Et ce n'était pas toujours évident de rapatrier leur dépouille à Abidjan par faute de moyens. Certains tenaillés par la faim sont tombés dans la délinquance que l'on voyait comme typiquement ivoirienne en commettant de petits vols ici et là. En Côte d'Ivoire, le bac probatoire a commencé à faire l'objet de murmures parvenus aux oreilles de l'État qui a décidé de sa suppression à la fin de la décennie 80. Le mal avait déjà était fait, il était profond. Plusieurs générations d'élèves ont vu leur avenir et leur rêves brisés. Ceux qui sont allés à l'aventure n'en sont pas forcément revenus le sourire aux lèvres. L'aventure burkinabè n'as pas été heureuse pour tous.

Source: hebdomadaire Ivoire Dimanche n0 894 du 27 Mars 1988

SRANKPAWA BOUAKE Mar2806221800

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