Sign in
Download Opera News App

 

 

Interview / Alla Saint-Clair (SG CESA et FESCI) : "le système LMD est un échec en Afrique"

Le Secrétaire général de la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire (FESCI), Alla Saint-Clair, est depuis le 28 août 2021 Secrétaire de la Confédération estudiantine et scolaire d’Afrique (CESA). Il a été porté à la tête de cette organisation syndicale estudiantine continentale, à l’issue de son deuxième Congrès, par ses pairs venus de plusieurs pays d’Afrique. Dans cette interview exclusive, National Makélélé parle de son nouveau challenge.

Quel est le sentiment qui vous anime après votre élection à la tête de la Confédération estudiantine et scolaire d’Afrique (CESA) ?

Je dirai que c’est un sentiment de satisfaction. Je dirai que c’est une mise en mission car les camarades leaders des mouvements estudiantins des autres pays d’Afrique m’ont mis en mission. Mais c’est une mission pour laquelle on va se donner ensemble les moyens d’atteindre les objectifs.

Nous pouvons en savoir davantage sur cette mission à laquelle vous ont appelé vos confrères responsables d’organisations syndicales estudiantines d’Afrique ?

Nous sommes dans un système de globalisation et de mondialisation, pour ne pas que cela soit des vains mots, il faudrait qu’il y ait un instrument après les différents efforts que nos Chefs d’Etats essaient de faire à l’image de l’Union africaine. Cela, afin de briser les barrières et les frontières. Pour ce faire, il faut un moteur d’intégration africaine. Et pour nous, il n’y a pas plus responsable que la jeunesse estudiantine pour véhiculer le message que veulent insuffler nos Chefs d’Etats. Pour nous, avec le système universel LMD, toutes les universités d’Afrique ont les mêmes difficultés. La question de mobilité par exemple n’est pas une réalité dans nos universités en Afrique. Pareil pour la question de la connexion à Internet alors que sans Internet, la recherche est difficile désormais. Il faudrait donc que nous qui vivons directement ces réalités puissions nous parler pour faire des propositions à nos Chefs d’Etats qui se retrouvent souvent dans des sommets de l’Union africaine. Il est important qu’on puisse leur présenter les réalités des universités africaines, leur faire des propositions pour que demain on ne parle plus de formation au rabais en Afrique. Egalément, pour que demain l’étudiant africain puisse être au même niveau en termes de compétition que les étudiants des universités aux Etats-Unis et des grandes universités d’Europe. Pour nous, c’est un combat. Et si l’avenir de l’Afrique doit être dans l’intelligentsia, alors nous devons commencer à mener le combat de la formation de qualité.

Le système LMD a été âprement débattu lors du premier Congrès de la CESA en 2015. Quel est l’état des lieux 6 ans après ?

Nous sommes malheureusement sur un continent où les politiques connaissent tout. Ils n’acceptent pas les contradictions, ils n’acceptent même pas les propositions de ceux qui sont en face. Il faut être dans un système d’aliénation. Le système LMD est en quête de repère en Afrique. On ne sait même pas sur quelle base on classe nos universités. Pour nous, le système LMD n’a pas encore commencé. Aujourd’hui, on n’est pas à la phase d’enquête on a toutes les données sur lesquelles nous allons travailler pour que des propositions assez concrètes soient faites à nos Chefs d’Etats à travers leurs différents sommets de l’Union africaine et même à l’UNESCO et à l’ONU. Il faut qu’un regard véritable soit posé sur l’école et la formation en Afrique qui est encore au rabais. Pour nous, le système LMD est un échec en Afrique.

Quelle proposition faites-vous ?

Il faut à des difficultés scientifiques des solutions intelligentes. Il faut de grandes assises, de grands laboratoires de réflexion sur le mécanisme d’applicabilité du système LMD en Afrique. Cela va prendre en compte nos réalités et savoir comment le système LMD est appliqué en France et qu’est-ce qui fait qu’il ne peut pas être appliqué en Côte d’Ivoire. Quand on sait cela, on se donne les moyens de combler les insuffisances. On ne reste pas dans le people à la télé et à la radio pour dire que le système LMD va alors qu’on a des diplômes au rabais. C’est ce qui fait que l’Afrique se retrouve souvent dans les mers. L’école, ça ne va pas ! On feint de privatiser l’institution publique. Aujourd’hui, pour avoir un Master à l’Université de Côte d’Ivoire, il faut avoir un million. Je pense que c’est la même chose dans les autres universités en Afrique. Alors que le système LMD devait permettre à l’étudiant du Burkina Faso de pouvoir poursuivre dans une université en Côte d’Ivoire là où il a stoppé dans son université au Burkina. Mais, figurez-vous qu’en Côte d’ivoire l’inscription pour les Masters est à 60.000 F. Et pour l’étudiant burkinabè par exemple, l’inscription varie entre 200, 300 voire 600.000 F. Il y a un problème ! On ne peut pas dire que nos Chefs d’Etats sont en train de créer l’Union africaine pendant qu’il y a encore des barrières. Pour nous, ce sont des barrières qu’ils peuvent lever rapidement. Puisque l’université est un système universel, on doit harmoniser les frais d’inscription dans les universités africaines.

Qu’est-ce qui a milité pour le choix d’Allah Saint-Clair à la tête de la CESA ?

Ali Palo (Fédération estudiantine et scolaire pour l’intégration au burkina Faso-FESCIBF) : c’est quelqu’un que nous connaissons très bien depuis la renaissance de la FESCI. Il fait partie des personnes qui ont travaillé pour imposer de nouveau la FESCI sur le territoire ivoirien et qui ont travaillé à ce que la CESA puisse naître. Il faut le signaler, il était parmi les acteurs qui ont porté haut et fort les drapeaux de la CESA sur les territoires de l’Afrique. Il était d’ailleurs au Burkina Faso pour la création de la CESA en 2015. Et il a toujours œuvré pour que l’unité et la solidarité entre les élèves et étudiants d’Afrique puissent régner.

Comment comptez-vous vous y prendre pour réussir la mission qui vous est désormais assignée ?

Il faut tout simplement appliquer ce que nos maîtres nous apprennent. Lorsqu’on parle de recherche, c’est pour solutionner des problématiques. Nous allons desceller tous les problèmes dans le système. Nous allons briser les barrières, les frontières pour que ce qui se passe au Liberia qui n’est pas forcément ce qui se passe en Sierra Léone soit tous mis dans un même moule. Cela pour qu’on puisse ensemble travailler à y trouver des solutions adéquates. D’ailleurs, on a en projet un sommet d’ici le mois de décembre 2021. Avec une fiche technique qui sera renseignée par chaque leader des structures estudiantines et scolaires d’Afrique, on verra là où il y a des similitudes et là où il y a des problèmes plus graves afin d’être pointilleux pour que le niveau de l’école en Afrique soit respectable.

Un message pour terminer ?

Je voudrais d’abord remercier tous ces leaders qui sont à Abidjan depuis plusieurs jours. Pour les camarades du Burkina, il y a eu une triste nouvelle hier (NDRL : mardi 31 août) où trois étudiants ont perdu la vie dans un éboulement d’immeuble. Ils sont morts sur le champ. C’est un coup dur pour la communauté estudiantine africaine. C’est le lieu de dire "yakô" à toutes les familles de ces étudiants, mais aussi appeler à la vigilance des gouvernants. En même temps, il faut que les jeunes africains prennent conscience que sans le travail, on ne peut pas atteindre cette Afrique dont on rêve.

Lire la vidéo

Réalisée par JM TONGA

Content created and supplied by: JMTONGA (via Opera News )

cesa fesci

COMMENTAIRES

Chargez pour lire plus de commentaires