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Interview / Alla Saint-Clair (SG FESCI) : "l’école en Côte d’Ivoire souffre depuis des années"

Fraîchement élu Secrétaire général de la Confédération estudiantine et scolaire d’Afrique (CESA), Alla Saint-Clair est également à son poste de Secrétaire général de la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire (FESCI). C’est à ce titre que celui que l’on appelle National Makélélé se prononce sur la rentrée scolaire 2021-2022 qui débute dans une semaine. Interview !

C’est bientôt la rentrée scolaire 2021-2022. Quel bilan faites-vous des revendications de la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire (FESCI) au cours de l’année 2020-2021 ?

L’école en Côte d’Ivoire souffre depuis des années. On avait demandé la démission de madame la ministre, le Chef de l’Etat nous a écoutés, il a mis le Professeur Mariatou Koné. Et depuis lors, tout ce que nous avons fait comme suggestion est pris en compte. A savoir les états généraux de l’école, la suppression des frais additionnels qui empêchaient des milliers d’élèves d’avoir droit à l’éducation. Pour ce qui est de la promotion de l’excellence et de l’alphabétisation, je crois qu’il faut de grandes reformes. Et nous avons travaillé en interne, nous avons fait un séminaire au bout duquel nous avons fait des recommandations aux dirigeants de l’école. Vous avez remarqué que dans le cadre de cette rentrée, la ministre a pris des décisions qui cadrent avec nos suggestions. Jusqu’à présent, nous la suivons de près, mieux nous l’encourageons à écouter les partenaires de l’école.

Justement, pour la bonne tenue de l’année scolaire 2021-2022, la ministre Mariatou Koné a pris de nouvelles mesures. La FESCI a-t-elle été associée ?

Vous savez que c’est à la faveur d’une grève que le Chef de l’Etat a pris la décision de supprimer les frais COGES. Il y a des temps, il était dit que le secrétaire général de la FESCI était manipulé, pourquoi il change, etc. Mais il y avait un comité mis en place qui échangeait avec nous puisque madame Kandia ne reconnaissait pas la FESCI, nous aussi nous ne la reconnaissions pas. Donc il y avait un comité qui faisait la navette entre le ministère de l’Education nationale et le Bureau exécutif de la FESCI. Vu ces faits et après enquête, ils ont reconnu que la FESCI avait raison. Mais ce n’est pas ce que nous recherchons. Nous demandons plutôt que les conditions soient créées pour que le maximum d’enfants en Côte d’Ivoire puisse avoir droit à l’éducation et une formation de qualité. Vous avez vu les phénomènes de tontine sexuelle, de la drogue, de la fraude qui montent en puissance. A partir de cette rentrée, nous allons procéder à des sensibilisations accrues. Vous verrez des responsables de la FESCI dans tous les lycées en train de passer des messages pour pouvoir focaliser nos jeunes frères sur ce qui est essentiel. Et l’essentiel pour nous, c’est la qualité de la formation. On ne peut pas exceller dans la fraude. Quand on parle de "Bac WhatsApp", ce sont des mécanismes que les élèves développent quand ils ne sont pas assidus en classe, pas concentrés sur les cours parce qu’ils ont un raccourci qui leur permet d’avoir 240 points au Bac. Mais si on leur dit que ce système ne peut plus prospérer, sur 100 élèves on peut avoir 60 qui vont se concentrer sur la qualité de la formation. Ça, c’est le rôle d’une structure avant-gardiste. Donc cette année sera une année test pour sensibiliser les enfants à l’abandon de l’alcool, des drogues, etc. Dans le même temps, il faut aussi sensibiliser les enseignants pour qu’ils fassent ce métier avec le cœur. Cela, parce que dans ce système nous voyons tout. On voit des enseignants se battre à cause des filles de 4ème, on voit même des élèves qui sont enceintées par des proviseurs et puis il n’y a rien. Il faut être autour des écoles pour dénoncer toutes ces pratiques comme nous l’avons fait pour les COGES et toute la mafia autour de l’école. Le Président de la République a pris une décision historique, il faut donc progresser. Cette rentrée est un challenge. En tout cas, c’est une rentrée de sensibilisation accrue.

Face à la formule des collantes marqués "fraude", que décide la FESCI ?

J’avais déjà demandé la démission de ceux qui avaient en charge le système organisationnel des examens à grand tirage. Vous savez, on encaisse 5000 F par élève en classe d’examen, cette somme qui devait servir de prime pour ceux qui conduisent les examens jusqu’au résultat final. Mais malheureusement, au lieu de trois correcteurs, il y en a un seul. Et tout cela est lié au refus de payer les enseignants. On ne peut pas mentionner "fraude" sur le relevé d’un élève ! Je me pose toujours la question de savoir si pendant les épreuves physiques ces élèves-là fraudent. Donc on a laissé l’avenir des élèves dans les mains d’un seul individu qui vient et s’il est de mauvaise humeur, il mentionne "fraude". Ce qui devrait être normal, c’est qu’il y ait deux correcteurs et un harmonisateur qui pourra faire la synthèse des deux corrections. Il y a plus de 10.000 élèves dans ce cas. La défaillance vient du ministère et non des élèves. Et nous sommes intransigeants sur ce fait. Par contre, on ne peut pas défendre ceux qui sont pris en flagrant délit de fraude. Les deux points de nos revendications étaient la suppression des frais additionnels et la réintégration de ces 10.250 élèves. Nous y sommes encore. Pour cette rentrée scolaire, nous avons demandé qu’ils soient réintégrés.

La FESCI est accusée de boycotter les états généraux de l’école. Qu’en dites-vous ?

Là, il se pose le problème de concepteur et celui qui met en pratique le projet. Après plusieurs séminaires, nous avons demandé les états généraux de l’école. Mais à notre grande surprise, lorsqu’on lance le projet le gouvernement s’en accapare, le Premier ministre était là. Beaucoup d’organisations ont été invitées sauf la FESCI. Nous avons donc adressé un courrier à la ministre de l’Education nationale pour lui dire que nous avons pensé ce projet pour lequel nous avons fait des séminaires, nous avons élaboré des mécanismes pour atteindre les résultats escomptés pour le bonheur de l’école ivoirienne, et qu’elle ne peut pas faire ce projet sans nous. On nous a demandé de nous inscrire sur une plateforme pour qu’après on apporte notre contribution. On a demandé à la ministre de prendre ses responsabilités. Nous estimons que pour un tel projet, on fait appel à tous les partenaires du système. On n’a pas laissé la ministre se battre toute seule. Elle n’était pas encore ministre de l’Education nationale quand la FESCI proposait qu’il y ait obligatoirement les états généraux de l’école ivoirienne. Mais on ne peut faire pas un tel projet sans le demandeur. Comme elle est en vacances, on attend qu’elle revienne pour se pencher sur le dernier courrier qu’on lui a adressé.

Dans quelques jours, ce sera la rentrée scolaire 2021-2022, avez-vous un mot à l’endroit des parents et des élèves ?

Je pense que les parents doivent s’impliquer dans la question de l’éducation de leurs enfants. C’est dommage, mais souvent l’école apparaît comme une garderie. Le père inscrit son enfant, après il ne connaît même pas le nom du professeur principal, encore moins celui de l’éducateur. C’est l’enfant qui vient lui donner l’information de ce que le professeur demande qu’il paye ceci ou cela et lui, il paye. Il y a des parents qui n’ont jamais jeté un coup d’œil dans les cahiers de leurs enfants. Alors que le suivi doit être fait à la maison pour qu’il y ait une interconnexion entre l’administration et la famille. Mais les enfants sont laissés à leur sort. Par exemple, vous voyez des élèves qui sont en tenues scolaires assis dans des maquis et il y a des parents qui passent. Si l’intérêt pour une école de qualité touchait tout le monde, tout citoyen qui voit un élève dans un maquis en kaki devrait pouvoir l’interpeller. Les parents d’élèves ont démissionné. Ce que je demande aux parents d’élèves, c’est de prendre la question de la formation de leurs enfants à bras le corps. Aux élèves, je voudrais dire que la responsabilité est aussi individuelle. Aujourd’hui, certains estiment qu’ils vont à l’école pour leurs parents parce que c’est l’impression que leurs parents leur donnent souvent. Mais, on va à l’école pour soi-même !

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Réalisée par JM TONGA / César Kouamé

Content created and supplied by: JMTONGA (via Opera News )

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