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Les états généraux de l'éducation: voici ce qu'il faut savoir et 9 grands defis à relever

Lors de la cérémonie de passation des charges, ce lundi 12 Avril 2021, Madame la ministre de l'éducation nationale, Marietou Kone affirmait:"J’envisage d’organiser immédiatement des rencontres avec les entités qui peuvent contribuer par leurs idées et expériences et compétences à relever les défis de la mission qui m’est confiée, action axée sur les résultats"

À cette cérémonie, la remplaçante de Madame Kandia Camara, avait évoqué la question des "États Généraux de l'Éducation nationale et de l’alphabétisation", en vue d’un dialogue direct avec tous les acteurs et partenaires du système éducatif national. Cette annonce est jugée salutaire, car elle était attendue; surtout avec le rang qu'occupe la Côte d'Ivoire, en matière d'éducation-formation et le niveau des apprenants, de plus en plus médiocre.

Que devons nous entendre par "état généraux de l'éducation nationale ?

En réalité, les États Généraux de l’Éducation constituent une grande mobilisation de tous les acteurs de l'éducation-formation, afin d'analyser les problèmes qui minent l'éducation. Ils permettront de toucher les problèmes et failles dans ce système éducatif et ensemble, proposer des solutions concrètes en matière d’éducation. Cette démarche, permettra d'améliorer la situation, de plus en plus dégradante, dans ce milieu.

Du ministère, aux représentants des parents d'élèves, en passant par les enseignants, formateurs du corps enseignants, les chefs d'établissements, Dren, Iep, personnels administratifs, élèves etc.. tous seront associés afin de trouver des solutions idoines, face aux différentes crises que connaît le système éducatif Ivoirien.

À ce sujet, certaines questions assez poignantes, devraient attirer l'attention des uns et des autres:

1. La méthode d'enseignement

Dans le système éducatif Ivoirien, l'APC est la nouvelle méthode d'enseignement en vigueur, dans les établissements primaires, collèges et lycées. Cette méthode est sujette à plusieurs interprétations. Surtout au primaires, avec des résultats moins concluants. En pratique, nous avons un nouveau format des cours et de nouveaux contenus. Désormais, l'accent est mis sur le son, au détriment de la lecture fondée sur l'orthographe des mots. La suppression de la dictée classique, pour une dictée qui demande moins defforts, de la part des apprenants. Les erreurs d'orthographe sont tolérées et la justesse des mots (écriture) n'est plus l'objectif premier. Les effets de ce nouveau format de la dictée se font sentir sur les rédactions des apprenants, dans les lycées et collèges. Au secondaire, l'implémentation de cette méthode requiert assez de moyens, car elle impose parfois l'utilisation d'appareils de projection, images, supports de cours, et autres moyens, aux frais de l'enseignant. Les manuels de cours, parfois truffés de fautes, sont difficilement accessibles. Car, changés presqu'à chaque rentrée scolaire....

L'APC n'est pas en soi, une méthode négative, mais elle doit être repensée afin d'atteindre les objectifs visés et rehausser le niveau des apprenants

2. Le recrutement et la formation des formateurs

C'est une question aussi intéressante, car un enseignant ne peut donner que ce qu'il sait. Cela dit, un enseignant mal formé, ne pourra donner de bon résultats. Il faudra alors se pencher sur les différentes formes de recrutement des enseignants. Mettre l'accent sur le mérite, éradiquer la corruption, dans ce secteur. Aussi, une formation adéquate des formateurs s'impose. Des enseignants sortis de l'ENS, aux enseignants contractuels, et enseignants du privé (ceux sortis fraîchement des universités), il faudra songer à harmoniser les modules de formation afin que tous, soient au même niveau de formation, pour une implémentation efficace des méthodes d'enseignement.

3. Le rôle des parents d'élèves

L'un des véritables problèmes de l'éducation en Côte d'Ivoire, est lié au comportement de certains parents d'élèves. Les parents ont pour la plupart démissionné et abandonné le sort de leur enfants, aux mains des enseignants. L'éducation familiale n'existe quasiment plus. Une erreur à corriger; car, l'école occidentale est plus axée sur la formation (l'insertion professionnelle), que l'éducation (le savoir-vivre et l'insertion sociale). L'éducation de base ou familiale n'est donc pas à négliger, car un apprenants qui est "roi" à la maison, tiendra forcément tête à son maître, à l'école. Surtout lorsque les parents n'hésitent pas à intervenir pour le soutenir. Il faudra donc situer les responsabilités et délimiter le champ d'action des parents, afin que parents et formateurs travaillent de concert, pour l'évolution des apprenants

4. Les salles de classes et effectifs

Ils sont comptés au premier rang des causes de l'échec en milieu scolaire. Il est rare, dans nos établissements, de voir des salles de classes ayant pour effectif, moins d'une soixantaine d'élèves. les effectifs avoisinent parfois 100 d'élèves et plus. Dans ces conditions la classe est intenable et difficile à gérer. La norme pour une classe, étant d'environ 30 élèves maxi, la question de l'effectif des classes doit être en ligne de mire, afin de créer les conditions réelles d'apprentissage. Ainsi, la construction de nouvelles salles de classes et la réhabilitation des établissements scolaires existants, s'avèrent nécessaire.

5. L'implémentation véritable de la gratuité de l'école

Selon certains parents, la politique de l'école pour tous, est une illusion. Cette politique, sensée rendre l'école gratuite, afin que tous les enfants de 6 à 12 ans soient scolarisés, n'est toujours pas une réalité. Au contraire, nombre de parents, se plaignent des nombreuses charges à supporter. Des manuels, jugés coûteux, les frais annexes aux inscriptions, assez exorbitants etc..

6. La démotivation de certains enseignants

Plusieurs facteurs sont liés à cette démotivation. Nous pouvons citer: les tractations entre enseignants et le ministère. Depuis quelques années, l'on assiste à un bras de fer entre enseignants et leur ministère de tutelle. Des rencontres ont été tenues sur les préoccupations, généralement liées aux indemnités de logements, les manuels didactiques, la méthode d'enseignement, la prime du "13ème mois", les conditions de travail, les primes de correction, le mode de recrutement et formation du personnel enseignant etc... Malheureusement, ces rencontres n'ont pu donner une lueur d'espoir, quant à la réalisation de ces préoccupations. À cela s'ajoute le renforcement des droits des apprenants et la réduction du pouvoir de l'enseignant. L'élève est désormais considéré comme "l'intouchable". On n'oubliera pas la frustration que subissent certains enseignants, de la part des parents d'élèves, qui n'hésitent pas à débarquer dans les établissements scolaires, dans le but de régler les comptes à tout enseignant qui punirait leurs enfants.

Se considérant oublié et lésés par certaines mesures et règles, certains enseignants ont perdu le goût du travail.

7. La question de l'insertion, après le cursus scolaire

Après la formation, il faut penser à l'insertion; et cela doit être un enjeu de ces états généraux. À la fin de leur formation au secondaire, la majeure partie des élèves est en incapacité de trouver un premier emploi. Ce qui pousse plusieurs parmi eux à opter pour des études universitaires. Plus loin, cette réalité les rattrapera. On doit alors se demander : "qu'attendons nous de ces apprenants, après la formation ?"

8. La violence en milieu scolaire

C'est aussi un point essentiel, l'un des véritables problèmes que vie l'éducation nationale. Aujourd'hui, il n'est pas rare de constater les cas de violences dans les établissements scolaires. Les confrontations violentes entre élèves, élèves-enseignants ou personnels administratifs, sont monnaies courantes. À cela, il faut rajouter le phénomène des congés anticipés, devenu une tradition dans les établissements scolaires.

9. Le rôle du ministère

le ministère de l'éducation nationale et de alphabétisation a désormais une nouvelle directrice. Une aube nouvelle doit alors être visible. C'est dire qu'en plus de veiller à la réalisation des politiques en terme d'éducation, ce ministère doit être le centre véritable d'écoute de tous les acteurs du secteur éducatif. Aux côtés de ces acteurs, les responsables du ministère doivent désormais, chercher à comprendre leurs différentes réalités et travailler conjointement avec eux, pour redorer l'image de l'éducation en Côte d'Ivoire.

En clair, L'éducation est l'essence de toute société. D'aucuns diront qu'elle est le plus grand héritage que l'on pourrait laisser à la prochaine génération. Pour réussir cette mission, on doit se demander: Quelle éducation voulons pour nos enfants? Ainsi, l'annonce de ces états généraux est déjà salutaire. La mise en oeuvre des solutions est tout aussi attendu.

Letemoin

Content created and supplied by: Letemoin (via Opera News )

marietou kone

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