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Gohourou Nina Françoise (Pdte Fondation Nina Bley) : "en aidant, on s’aide soi-même" - [Interview]

Présidente de la Fondation Nina Bley et Directrice Générale d’une société d’import-export spécialisée dans l’importation de véhicules, Bley Gohourou Nina Françoise reste aujourd’hui le parapluie atomique des veuves, des orphelins et des populations démunies en Côte d’Ivoire. Un trésor vivant ! Oui, Bley Gohourou Nina Françoise est ce trésor que les vagabonds de la charité en Côte d’ivoire devraient se vanter d’avoir dans leurs rangs. Nous l’avons rencontrée, et elle nous a ouvert les portes de son cœur. Interview !

Qui est Nina Bley ?

Je suis Bley Gohourou Nina Françoise à l’état civil, présidente de la Fondation Nina Bley et Directrice générale de Mine import-export, société spécialisée dans l’importation de véhicules neufs et d’occasion en Côte d’ivoire.

D’où vous est venue l’idée de créer la Fondation Nina Bley ?

L’idée m’est venue de mon vécu. J’ai eu un parcours très difficile. A l’âge de quatre ans, mon père et ma mère se sont séparés. Du coup, nous avons passé toute l’enfance avec des marâtres. Finalement, notre père est tombé sur une Malgache qui n’avait jamais eu d’enfant. Elle ne supportait pas le fait de voir réunis dans une même maison 12 enfants. Elle a tout de suite commencé à expulser les plus grands. Et un matin, on décide de m’expulser alors que j’avais 14 ans. Comment faire pour devenir quelqu’un ? Comment faire pour survivre ? C’est cette colère qui a fait que je n’ai pas baissé les bras. J’ai dû travailler comme domestique chez des gens pour arriver à payer ma scolarité. Parce que je n’avais personne pour m’aider. Pendant que je partais à l’école, il m’arrivait de vendre aussi des bijoux, des sandales à mes camarades élèves pour pouvoir payer mon transport, ma scolarité. Des fois, je n’arrivais pas à manger, et je passais des nuits le ventre creux. Une fois, je n’avais que 100 francs. J’ai alors acheté de l’attiéké ; et avec un peu de sel j’ai mangé et bu de l’eau. Ça m’a tellement marqué que je me suis dit qu’un jour, quand je vais devenir quelqu’un, je vais aider des personnes en détresse. C’est de là qu’est née l’idée de créer la Fondation Nina Bley qui porte mon nom.

Quand l’avez-vous créée et quels sont ses objectifs ?

J’ai commencé à travailler normalement depuis 2015. Mais c’est en 2021 que j’ai créé la Fondation. Nous avons pour objectifs d’aider les orphelins, les veuves et les familles démunies. Nous assurons la scolarité des orphelins et essayons de satisfaire tous leurs besoins. Moi j’ai été expulsée à l’âge de 14 ans. Mais il y en a qui ont perdu leurs parents à l’âge de 6 ans, 8 ans, etc. Il y en a qui n’ont même pas connu leurs parents décédés trop tôt. Du coup, ils sont bloqués, ils ne peuvent plus aller à l’école. Quand donc nous sommes interpelés sur ces cas, nous les prenons spontanément en charge. Nous les aidons à payer leur scolarité, les fournitures, les tenues scolaires, et même le transport. Nous les prenons en charge à 100% de sorte qu’ils puissent aller de l’avant, jusqu’en classe de terminale et au-delà. Lorsque la femme perd son mari, elle est déboussolée. Parfois même abandonnée ou expulsée par les parents de son mari. Nous les prenons également en charge en leur donnant un fonds de commerce pour leur permettre de mener une vie normale et s’occuper des enfants. Parce que la femme se sépare difficilement de ses enfants. Il y a des femmes qui ont juste les moyens de vendre de la banane braisée aux abords des voies. Nous les aidons à pouvoir s’installer dans un marché en leur donnant les moyens nécessaires.

Quelles sont les actions déjà menées depuis la création de la Fondation Nina Bley ?

Depuis 2015 on a mené pas mal d’actions. Nous avons aidé des orphelins, des veuves, des personnes défavorisées. Nous avons sillonné presque tous les orphelinats d’Abidjan. Et nous avons fait un constat. Dans les familles, les enfants ont la possibilité de fêter leurs anniversaires et recevoir des cadeaux. Ce qui n’est pas le cas pour les enfants dans les différents orphelinats. Nous avons donc pris l’engagement de fêter les anniversaires des enfants dans les orphelinats. Par deux fois, nous l’avons fait à l’orphelinat de Bingerville, deux fois à l’orphelinat de Bassam, trois fois nous avons passé la fête de Noël avec les enfants de la pouponnière d’Adiaké et nous leur avons fait des dons, et une fois nous avons invité les pensionnaires de l’orphelinat de Bingerville au cinéma en 2021.

Ensuite nous sommes allés à la prison civile de Man. Nous nous sommes rendus également dans le village de Kasséapleu où plus de la moitié des femmes sont veuves. Du coup, presque tous les enfants de ce village sont des orphelins. On leur a donné des vivres et des non-vivres. On a fêté Noël avec eux et nous y avons organisé la fête des mères pour donner pleins de cadeaux aux veuves qui étaient très heureuses. Après ça, nous avons fait le village de Bonon où nous avons distribué beaucoup de cadeaux. Nous avons aussi aidé les enfants attardés mentaux à Yopougon. Pour la fête des mères de cette année 2022, nous sommes allés au marché Cocovico où nous avons offert pleins de cadeaux aux femmes. Nous avons récompensé des femmes à la fête organisée par l’Afa à l’Epp Château d’eau. Au-delà des fêtes, nous payons régulièrement les loyers de certaines personnes ou familles démunies que nous avons à notre charge. La liste des actions déjà menées par la Fondation Nina Bley est très longue. Tout comme celle des actions à venir.

Justement, quelles actions concrètes comptez-vous mener les jours à venir ?

La prochaine action qui va se tenir du 16 juillet au 14 Août 2022 porte sur la jeunesse. Les enfants vont à l’école et une fois qu’ils sont en vacances, ils ne font plus rien. Ils ne sont occupés par aucune activité. Et du coup, à la rentrée scolaire, plusieurs jeunes filles se présentent avec des grossesses. Elles ne peuvent pas aller à l’école. Que faut-il donc faire pour éviter ce genre de situation ? Nous allons organiser pendant ces vacances des tournois de basket-ball, de handball, de maracana, des concours de dictée, et des mini-variétoscopes éclatés dans les différentes communes de sorte à occuper cette jeunesse-là. Et juste après, nous commençons à préparer la fête de Noël. Puisque chaque année la Fondation Nina Bley distribue 3000 cadeaux à des enfants sur toute l’étendue du territoire ivoirien. Ce sont les deux principales prochaines actions que nous comptons mener. Sans compter les coups de fil que nous recevons chaque jour.

Dans vos activités sur le terrain, quelles sont les difficultés auxquelles vous êtes parfois confrontée ?

Nous sommes confrontés à plusieurs difficultés. Et ce sont des situations qui font parfois pleurer. Je souhaiterais que vous soyez avec nous à nos prochaines sorties. Quand vous allez par exemple avec 20 sacs de riz, et qu’une fois sur place vous avez en face de vous cent familles plus démunies que vous êtes incapables de satisfaire, vous rentrez de là très tristes. Et vous avez l’impression d’avoir échoué, le cœur vraiment meurtri. On veut vraiment aider le maximum de personnes, mais on est parfois limité. Ça fait pitié. Et vous pleurez parce que vous n’avez pas de moyens pour aider toutes ces personnes ! Des fois vous ne dormez pas. (…). C’est cela notre plus grande difficulté. C’est la seule chose qui me peine. C’est un plaisir pour moi d’aider, de sauver des vies. Je n’attends même pas que quelqu’un vienne me donner quoi que ce soit pour aider. Je le fais par amour et pour ce que j’ai vécu par le passé. Je ne peux donc pas accuser quelqu’un de ne pas venir soutenir ma Fondation. Personne ne m’a envoyée. C’est moi-même qui ai pris l’engagement de le faire. (…).

Votre mot de fin

Mon mot de fin, c’est d’interpeller les autorités, la population ivoirienne ; même si vous n’avez pas l’occasion de créer une Ong ou une Fondation, vous pouvez venir en aide à celles qui existent déjà. Même en donnant 5000f, 10000f, vous contribuez à redonner le sourire, à redonner vie et espoir à une famille. Je demande aux gens de plus se tourner vers les populations démunies. Ce sont les deux mains qui se lavent. Et Dieu a fait exprès de créer les pauvres et les riches. Pour que les riches puissent aider les pauvres. Mais aujourd’hui ce n’est pas le cas ! En aidant, on s’aide soi-même.

Interview réalisée par MORRYS OUAYOU

Coll : Sébastien Levry

Content created and supplied by: Sebastien_Levry (via Opera News )

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