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Buzz ou pas buzz : on risque de voir quelqu'un se suicider en direct sous nos yeux un jour

Jeudi 14 octobre 2021, la chanteuse gabonaise Jessy Kay, en larmes, a partagé le récit de ses déboires, avec ses abonnés dans un live Facebook. Une grosse déception amoureuse. Elle déclare qu'elle maudit cette relation, dont elle semble avoir du mal à faire le deuil. La chanteuse reproche à son homme, qui vit au Burkina, de s'être marié à son insu, pendant qu'elle se trouve au Gabon. Selon elle, ils étaient en couple et planifiaient leur mariage. Mais quelle ne fut sa suprise, de voir son homme publier des photos de son mariage avec une autre, sur sa page Facebook le 11 octobre... Jessy Kay a ressenti cela comme un coup de poignard en plein cœur. Malgré les larmes de désespoir de la jeune femme, certains pensent qu'il s'agit d'un buzz. Tandis que d'autres croient en sa sincérité. Qu'importe. 

Si les uns et les autres se perdent en conjectures, n'est-ce pas parce que de nos jours ce genre de mises en scène pour susciter de l'audience sont devenues fréquentes ? À force, beaucoup de personnes voient le buzz partout, comme la chanteuse l'a déploré dans son direct du jeudi, lorsqu'elle racontait son affaire. Mais comment démêler le vrai du faux dans ce capharnaüm ? 

(La chanteuse Jessy Kay veut oublier cette histoire et aller de l'avant)

Le cas de cette femme n'est que symptomatique. Un jour, si on n'y prend garde, quelqu'un pourrait se suicider en direct, sous nos yeux. Pendant qu'on s'égosillera, en pensant qu'il s'agit d'un buzz. C'est déjà arrivé en Europe avec des jeunes gens, en proie à un état dépressif. On ne dit pas que c'est le cas de Jessy Kay.

Le pire, c'est que la dépression bien que négligée en Afrique n'en demeure pas moins réelle. C'est un trouble mental et tous les "fous" que nous voyons dans la ville ne sont pas si fous... La plupart ne sont pas des toxicomanes ou des victimes de mauvais sort (comme on pourrait le penser sous nos tropiques). Certains souffrent réellement de troubles psychiques qu'on peut bien traiter. Bref. 

Nous sommes dans une société où certaines contraintes nous mettent constamment sous pression. Au niveau du travail, au plan personnel, etc. La pression est d'autant plus forte chez les personnes qui sont exposées médiatiquement, notamment dans le milieu du showbiz. C'est fréquent aux États-Unis, en Europe... Là où on trouve de tout. 

La survenance des réseaux sociaux accentue cette recherche constante de visibilité. Et nous sommes entraînés, comme magnétisés par le système. 

Comme les Ivoiriens le disent : "tu dors, tu te reveillent il y a nouveauté". Pour dire qu'il ne se passe pas de jour qu'une nouvelle affaire éclate sur les réseaux sociaux. On ne sait pas qui a mis dans la tête des gens, que le seul moyen de se faire de la visibilité est de créer le buzz. Aujourd'hui, il n'y a pas que les peoples qui s'y mettent. Des vendeurs (vendeuses) en ligne s'en servent pour faire la promotion de leurs produits. La recette toute faite et qui semble marcher, c'est de s'en prendre verbalement à des supposés adversaires. Plus c'est trash, mieux c'est. Il n'y a qu'en Côte d'Ivoire qu'on peut s'amuser de telles médiocrités. 

À supposer qu'on veuille bien donner dans le buzz. Un bon sujet du genre doit-il nécessairement tourner autour d'attaques verbales ou des amourettes gauchement mises en scène entre les concernés ? Des "influenceurs" (ou "influenceuses") s'étonnent par la suite que leurs propres abonnés les insultent. Qui leur a appris les injures publiques (délits d'ailleurs punis par la loi) ? Ah, c'est donc mal poli d'insulter autrui ! Dans ce cas, ne faites pas aux autres ce que vous ne voudriez pas que l'on vous fasse. C'est biblique. Et c'est une loi immuable de la vie.

En Côte d'Ivoire, nous sommes obligés de supporter des visages ou d'entendre des propos franchement dégoûtants de la part de certains influenceurs. Et puis, influenceurs de quoi au juste ? On a beau réfléchir, on ne voit pas trop. 

Lorsque dans une communauté, des contre-valeurs sont érigées en symbole de réussite sociale, avec des idéologies auxquelles s'identifient la marmaille, les plus jeunes qui manquent de discernement, il faut s'inquiéter. Personne ne parle par exemple des Miss Mathématiques, Miss Littérature, de nos champions de concours de dictée (au moment où très peu d'élèves de nos jours parviennent à écrire correctement une simple phrase), des jeunes entrepreneurs ou encore des pépites qui représentent fièrement la Côte d'Ivoire à l'extérieur, etc. Il faut arrêter d'abrutir la jeunesse. Ce sont ces personnes qui représenteront nos pays, demain face aux petits Blancs qui, eux, sont en ce moment en train d'étudier, de réfléchir sérieusement. Quelle est donc cette nouvelle mentalité, cette culture du buzz ? D'ailleurs, combien parmi nos fameux influenceurs figuraient parmi les invités au dernier Sommet Afrique-France ? Aucun. La preuve qu'ils n'influencent rien du tout. Sauf chez nous où ces amuseurs publics sont placés sur un piédestal par la population elle-même. Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois.

Content created and supplied by: Fatogoma (via Opera News )

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