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Récit (Roman): "Tout ce qui brille n'est pas de l'or" (2e partie)

Sans souffler un traître mot à qui que ce soit, je disparus de la circulation. Je partis à la recherche des plus grands marabouts et féticheurs de la contrée. Je devais absolument réaliser mon rêve en devenant riche. Après avoir parcouru la forêt durant de longues heures de marche, je rencontrai Gbagbadê, un redoutable maître de l’occultisme dans une lugubre grotte. J’étais exténué, tout aussi apeuré par les agitations des chauves-souris et les hululements de hiboux aux regards diaboliques. Malgré tout, je finis par prendre mon courage à deux mains pour faire face à cet environnement hostile.

Avant même d’ouvrir la bouche pour lui expliquer les raisons de ma venue, Gbagbadê me dit que si je le voulais réellement, je serais très riche. A cet instant précis, je me mis à tressaillir de joie. Car, Gbagbadê était vraiment l’homme de la situation. Il me posa dix fois la question de savoir si j’étais prêt à assumer toute cette richesse dans laquelle j’allais baigner. Evidemment, ma réponse ne s’était pas faite attendre. Je lui balançai un « Oui » retentissant, digne de celui qu’on adresse à sa dulcinée devant le maire. Puis, il m’indiqua que puisque j’avais quarante ans, je devais lui offrir comme sacrifice les quarante francs que j’avais dans la poche gauche. Décidément, ce grand sorcier ne cessait de me surprendre. C’est à croire qu’il savait tout de moi. J’exécutai son ordre en lui remettant ce que j’avais en ma possession. Après quelques incantations, il me rassura en affirmant que j’étais désormais riche. Néanmoins, il me prévint qu’il m’apparaîtrait en songe en vue de me faire quelques recommandations au sujet de l’utilisation de la fortune qui serait à ma disposition sous peu. En prenant congé de mon bon samaritain, j’étais tout heureux à l’idée de voir mon rêve s’accomplir d’autant plus que Gbagbadê ne m’avait pas exigé grand-chose ; rien à voir avec ces pseudo-marabouts de nos villes. En ce jour historique du 10 avril, l’incroyable Gbagbadê était entré dans ma vie.

*

 J’avais effectué mon retour à la maison. Le roi du salon avait rejoint son ‘’palais’’ dans l’indifférence la plus totale de mon oncle, de sa femme et de ses enfants. Apparemment, mon absence momentanée n’avait ému personne. Qui pouvait s’inquiéter pour un « vagabond » comme moi ? Les railleries avaient repris de plus belle. Mais, contre toute attente, au lieu de me morfondre sur mon sort comme d’habitude, je passais le plus clair de mon temps à sourire. Mon attitude déconcertante intriguait mon oncle et sa petite tribu qui n’hésitèrent pas à soupçonner un début de dépression nerveuse de ma part. Leur diagnostic m’amusait encore plus ; les pauvres, s’ils savaient…

J’étais maintenant occupé à faire de nombreux calculs. Comment gérer cette colossale fortune qui allait me tomber dessus ? A l’aide d’une calculatrice, j’envisageais différentes probabilités liées à la façon de dépenser mon argent. Sans conteste, ma priorité demeurait l’achat d’un château luxueux que j’allais habiter en compagnie de ma mère, de mon frère cadet et de ma sœur benjamine. Assurément, ils seraient fiers de moi. A ma maman chérie, j’allais offrir plusieurs cantines de pagnes. Non, ce n’était pas suffisant ! J’allais plutôt mettre à sa disposition des containers de pagnes et de bijoux de grande valeur. Quant à ma petite-sœur Rolande, je lui assurerais des études de qualité dans les meilleures écoles européennes après sa réussite évidente à l’examen d’entrée en sixième. Surdouée, elle était âgée seulement de neuf ans au CM2. La satisfaction que ses brillants résultats scolaires me procuraient, était à la mesure des exploits que j’avais moi-même réalisés durant mon cursus primaire. En ce qui concerne mon petit-frère Lucas, j’allais faire de lui mon homme de main. C’est lui qui serait chargé de gérer mon argent. Moi, je n’aurais pas le temps pour toutes ces vétilles. Dépenser sans compter, voilà ce à quoi j’allais m’atteler avec extase. C’était clair, pour moi, le tocsin de la revanche sur la vie avait sonné.

 

                                                                      *

Lucas, mon futur homme de main avait pour habitude de lever le coude. A cet effet, ses endroits de prédilection étaient les bars où il se retrouvait régulièrement avec sa joyeuse bande d’amis pour célébrer Bacchus. Un jour, pendant que les fêtards faisaient couler l’alcool à flots, des gangsters firent irruption dans le bar. Sous la menace d’armes à feu, ils intimèrent l’ordre à tout le monde de lever les mains et de ne point bouger. Pendant ce temps, les malfrats opéraient tranquillement en dépouillant leurs victimes. Par malheur, une fourmi se glissa dans le pantalon de Lucas. Dans son nouvel environnement, la bestiole se montrait très entreprenante, en s’autorisant quelques libertés, au grand dam de mon petit-frère. N’en pouvant plus de se faire littéralement ‘’dévorer’’ par cet insecte qui n’était de toute évidence pas de bonne humeur, il dut se résoudre à l’expulser de son pantalon avec empressement. C’était l’erreur à ne pas commettre. Aussitôt, il reçut une décharge de chevrotine en pleine poitrine de la part d’un des gangsters qui croyait avoir affaire à un policier en tenue civile, prêt à dégainer. C’est ainsi que mon frère cadet mourut de façon brutale.

C’était la consternation. Comment pouvait-il mourir maintenant, au moment où nous allions rattraper le temps perdu ? Ma mère souffrait terriblement de la disparition tragique de son fils. Heureusement, l’amour qu’elle manifestait pour sa fille Rolande lui donnait la force de continuer à vivre, malgré son chagrin.

C’était le jour des résultats de l’examen d’entrée en sixième. Comme il fallait s’y attendre, ma petite-sœur fut brillamment admise. Heureuse, la future collégienne se précipita pour annoncer la bonne nouvelle à maman. Elle traversa la route en courant et fut violemment percutée par un gros camion, à vive allure. Le chauffard, ce lâche, préféra continuer son chemin tranquillement, sans se soucier du dégât humain causé. Tout ce qui restait du frêle corps de ma petite-sœur, c’était une grosse tâche de sang sur l’asphalte. Quel drame ! Ma mère était inconsolable. Non, ce n’était pas normal de perdre deux enfants, à dix jours d’intervalle. Son bébé chéri, sa fille qu’elle aimait tant, venait de mourir atrocement, écrasée comme un chien galeux. Dévastée, ma mère pleurait toutes les larmes de son corps, se demandant ce qu’elle avait fait pour mériter ce sort...

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Gbagbadê

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