Sign in
Download Opera News App

 

 

Koffi Olomidé, Fally Ipupa... Pourquoi des artistes congolais s'habillent de la sorte ?

Au royaume de la "sapologie", les plus fringués sont rois. Et de la sape au monde du showbiz, il n'y a qu'un pas. Franchi allègrement par des chanteurs comme Koffi Olomidé, Fally Ipupa ou encore Papa Wemba qui était d'ailleurs l'un des ambassadeurs les plus illustres. Si vous vous êtes déjà demandé pourquoi ces artistes (la plupart congolais) s'habillent de façon "bizarre", la réponse se trouve dans l'histoire même de ce mouvement culturel et de société originaire des deux Congo : la SAPE (Société des ambianceurs et des personnes élégantes). 

Popularisée par des artistes tels que Papa Wemba, Solange Knowles (sœur de Beyoncé) dans son clip "Losing you" ou encore Gims avec son titre "Sapé comme jamais", la sapologie est comparée au dandysme. Et ses adeptes, appelés les "sapeurs" ou "sapologues" pratiquent la "sapologie", art de bien se "saper". 

La sapologie se prend au sérieux, avec un code esthétique strict, sa morale, son code de conduite. Elle a ses dix commandements. La règle fondamentale est de ne jamais dépasser 3 couleurs à la fois et par tenue. 

Si aujourd'hui, les "sapeurs" sont des joyeuses bandes de jeunes qui paradent dans les rues du Congo-Brazzaville et de la République du Congo, vêtus de pièces luxueuses, ce phénomène culturel revêt pourtant des enjeux socio-économiques et culturels particuliers. Ce phénomène s'est développé au cours des années 1960 à Brazzaville et Kinshasa. Avant de s'étendre jusqu'aux diasporas congolaises en France et en Belgique. Il a surtout une dimension politique. 

Après l'indépendance du Congo belge, Mobutu Sese Seko veut s'affranchir des pratiques occidentales. La politique dite "abacost" (à bas le costume) fait la promotion du tissu congolais, sans col et sans cravate, qui serait un signe d'aliénation à la culture occidentale. L'interdiction de porter les costumes ne sera levée qu'en 1990. Mais dans la diaspora congolaise de France, dans les années 70, des immigrés congolais portent des vêtements au style des dandys européens du XIXe siècle. Et ils aiment bien se faire voir. Une façon pour eux d'imiter le colonisateur en accaparant son style vestimentaire et ses manières, pour le parodier. L'inventeur du mot "SAPE" serait Christian Loubaki, un homme à tout faire qui travaillait dans le quartier huppé du seizième arrondissement de Paris. Il aurait observé ses employeurs s'habiller et profiter des vieux vêtements qu'ils lui offraient. 

Le romancier et essayiste franco-congolais, Alain Mabanckou évoque le phénomène dans une interview dans un média français : «Si d'aucun perçoivent la SAPE comme un simple mouvement de jeunes congolais qui s'habillent avec un luxe ostentatoire, il n'en reste pas moins qu'elle va au-délà d'une extravagance gratuite. Elle est d'après les sapeurs une esthétique corporelle, une autre manière de concevoir le monde, et dans une certaine mesure, la revendication sociale d'une jeunesse en quête de repère». Ces accoutrements traduisent donc une forme de rébellion, à l'origine. 

Costume coloré, cravate, nœud papillon et chaussures en peau de croco, les sapeurs s'affirment à travers un dressing particulier, à mi-chemin entre l'extravagance et le dandy chic. 

Pendant les fêtes et les cérémonies funéraires au Congo, les sapeurs viennent se "mesurer" en paradant. Un vrai spectacle. Celui qui porte les vêtements et accessoires les plus luxueux remporte le duel. Ils se disent très méticuleux en matière d'habillement et n'ont rien à envier des stars de la musique congolaise. Il n'en demeure pas moins que ces artistes et musiciens contribuent à vulgariser cette mode vestimentaire qui suscite toujours autant la curiosité. C'est devenu une forme d'identité, une fierté, une appartenance à un peuple et son histoire. 

Content created and supplied by: Fatogoma (via Opera News )

fally ipupa koffi olomidé

COMMENTAIRES

Chargez pour lire plus de commentaires