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Théâtre / Izabella Maya (Actrice) : « faire rire ses parents dans un salon, ne fait pas de quelqu’un un humoriste

D’origine ivoirienne, Izabella Maya, devenue comédienne après avoir exercé comme juriste dans un cabinet d’Avocats, ou responsable relations-publiques pour un journal est aujourd’hui une virtuose du cinéma en France. Au théâtre, "le Tailleur pour dames" de Feydeau, "la Comédie des erreurs" de Shakespeare, "Vu d’en bas, d’l’autre côté" de Karen Steinbach sont quelques-unes des pièces où elle a fait montre de son talent. Au cinéma, elle a tourné dans plusieurs téléfilms et séries tels que « le Magicien et les Siamois" de Jean-Pierre Mocky, où elle donne la réplique à Gérard Depardieu. On peut également la voir dans "Tourment", un court-métrage de sensibilisation faisant plus d’un million de vues sur Internet. Cette enseignante de l’art dramatique et de l’improvisation à Paris et en Tanzanie était récemment de passage à Abidjan. Nous l’avons rencontrée. Entretien !

Qui est Izabella Maya ?

Je suis actrice de cinéma, humoriste. Je donne des cours de théâtre et de cinéma en Europe mais aussi en Afrique. Je suis d’origine ivoirienne, et du Grand-Ouest précisément. 

Vous êtes à Abidjan depuis quelques jours. Pouvons-nous savoir les raisons de votre présence en Côte d’Ivoire ?

Je suis venue pour jouer mon spectacle "Origine non contrôlée" en One woman show à Abidjan à l’Institut français comme je le rêvais depuis longtemps. J’y ai été programmée pour le 24 juin 2022. C’était génial ! Pas assez de communication mais j’ai fait salle comble. Je ne m’y attendais pas. Les gens ont fait le déplacement malgré le temps. Les gens sont venus très nombreux et je suis comblée.

Vous disiez, il y a quelques années dans l’une de vos déclarations, "revenir jouer au pays, un grand rêve pour moi…". On peut donc dire que votre rêve est devenu une réalité après le succès de votre toute représentation en Côte d’Ivoire ?

Mon rêve est devenu non seulement une réalité, mais les Ivoiriens m’ont donné envie de réitérer. Et je reviendrai très prochainement.

Jean Cocteau disait dans "Académie française" en 1955 que "le virtuose ne sert pas la musique, il s’en sert". Peut-on dire d’Izabella Maya qu’elle ne sert pas l’Art, mais s’en sert ?

Je me sers de l’Art, évidemment. Il n’y a rien de tel que lorsqu’on fait ce qu’on aime. On peut avoir des moments difficiles, mais comme c’est ce qu’on a choisi, on fait avec. C’est vrai que j’ai laissé tomber un emploi stable dans un cabinet d’Avocat pour devenir comédienne, mais c’est un choix que je ne regrette pas et j’aime ce métier.

Comment trouvez-vous aujourd’hui le niveau du théâtre et du cinéma en Côte d’Ivoire ?

Je pense que le niveau est meilleur. Sincèrement. Seulement, j’ai un conseil à donner aux décideurs, au Ministère de tutelle. Il faut favoriser la formation. Beaucoup aujourd’hui pensent que lorsqu’on fait rire ses parents dans un salon, on est humoriste. Parce qu’on amuse les gens en racontant des histoires drôles, alors on est comédien. Non ! Être humoriste, comédien, c’est un métier ! Et on a besoin d’une formation pour comprendre les codes, les rouages. Ce n’est pas évident de s’arrêter pendant plus d’une heure devant les gens et les captiver jusqu’au bout. Ce n’est pas évident ! Et ça, c’est un métier. Faire rire pendant 5 minutes et faire rire pendant plus d’une heure, ce sont deux choses complètement  différentes.

C’est ce que je demande aux uns et aux autres. Sinon, je trouve que les gens font beaucoup d’efforts, beaucoup de progrès. Parce qu’avec le peu de moyens qu’on donne, les films n’étant pas financés à la hauteur des films en occident, les résultats sont quand même bien. Alors avec la formation et un peu plus de volonté, ça sera encore plus meilleur.

Izabella Maya, aujourd’hui virtuose du cinéma et de la comédie en Europe et en Afrique, comment vous en êtes arrivée à ce sommet ?

Ma devise c’est "rien n’est impossible à qui veut vraiment". Quand j’ai choisi de faire du cinéma et de la comédie mon métier, on m’a dit que c’est difficile en Europe pour les Noirs. Déjà le métier est compliqué. Tu es noire, tu es femme, c’est encore plus compliqué. Mais moi, j’aime les choses compliquées. J’aime les défis. Quand on me dit, c’est compliqué, c’est comme si on me disait : vas-y, tout t’est favorable !

Dès le départ, je n’ai pas baissé les bras. Pendant ma première année de formation, je continuais de travailler dans un cabinet d’Avocat. Pour la deuxième année, j’ai arrêté de travailler au cabinet pour me consacrer entièrement à ma formation. J’avais vraiment une réelle fibre artistique et une passion pour l’Art. Et déjà, je faisais de petits castings et de petits films. Ce qui m’a vite lancé, j’ai eu la chance de tourner avec Gérard Depardieu. Mais comment j’y suis parvenu ?

J’ai vu une annonce, mais je ne correspondais vraiment pas aux critères. J’y suis allée quand même. Je me suis dit, pourquoi est-ce que l’on doit m’empêcher de postuler ? A la limite, si c’est un film historique où une noire ne peut pas jouer, je peux comprendre éventuellement ! Même là encore je dis éventuellement. Parce qu’au théâtre, j’ai déjà joué "Juliette". Et pourtant, Juliette a la tête blanche ! Il n’y a pas de raison qu’on ne fasse pas pareil au cinéma. On admet que le cinéma est encore en retard sur ces choses-là.

Sur l’annonce, au bas des critères, ils ont mentionné "Caucasienne". Moi je ne suis pas Caucasienne ! Mais j’ai décidé d’y aller pour qu’on m’explique pourquoi il faut une couleur pour jouer les rôles d’assistante et de maîtresse. Quand je suis arrivé, le Directeur du casting me demande : Pourquoi vous êtes là ? Et je lui répondis : Je suis là pour le casting. Quand il me demande si j’ai lu l’annonce, je lui dis oui. Et il me demande pourquoi donc je suis venue. Je lui ai répondu que je suis venue parce que j’ai fait la même formation que tout le monde. Je n’ai pas payé moins cher que les autres. J’ai payé le même montant. Et donc je veux avoir les mêmes chances que les autres. On a eu les mêmes profs, on a fait la même formation. On doit donc nous donner les mêmes chances. Je dois faire le casting. Ayant apprécié mon culot, ma franchise et ma détermination, il m’a dit : "vous êtes retenue pour jouer ce rôle". Je me dis que ça a marché parce que je dis ce que je pense.

En Europe, vous avez déjà joué aux côtés de grands noms du cinéma. Pouvons-nous savoir lesquels ?

J’ai eu la chance de jouer avec Gérard Depardieu, Catherine Deneuve qui est actuellement à l’affiche en France, Michaël Noun, Gérard Darmon, la liste est vraiment longue. J’ai eu la chance de travailler avec de grosses têtes du cinéma.

 Quels sont vos projets à court terme ?

En France, j’ai commencé un nouveau projet pour le mois d’août qui va s’étendre jusqu’en novembre, et qui s’intitule "24h de la vie d’une femme". Alors j’aime bien avoir la possibilité de jouer dans des pièces engagées. "24h de la vie d’une femme" parle de différents profils de femmes qui ont marqué leurs histoires, et qui, à un moment donné ont parlé comme je l’ai fait, ont tapé du poing sur la table, et ont été jusqu’au bout de leurs rêves.

Ce sont les différents témoignages des femmes des quatre points du monde (Nigéria, Inde, France, USA…). On raconte leurs histoires dans cette pièce-là. Et cela se fera du mois d’août au mois de novembre 2022 à Bordeaux en France. Ça c’est le projet immédiat. Il y a des projets cinématographiques qui sont en cours de négociation et dont je ne peux parler maintenant. J’écris également des pièces de théâtre. Et je suis en train d’écrire en ce moment le ‘’One woman show’’ de quelqu’un.

Après le succès du 24 juin 2022 à l’Institut français d’Abidjan, comptez-vous revenir très bientôt en Côte d’Ivoire pour un autre spectacle ?

Dès qu’on m’appelle je viens ! C’est avec tant de plaisir que je répondrai à toute invitation. Je suis pressée de revenir jouer dans mon pays et devant un public plus nombreux que celui du 24 juin. Seulement, en Côte d’ivoire, je n’ai pas d’équipe, je n’ai pas de contact professionnel pour l’instant. Ce serait vraiment plus facile ainsi, au lieu de le faire moi-même toute seule.

Un mot à l’endroit du public ivoirien pour finir.

Préparez-vous parce qu’on va essayer de voir si on peut jouer au Palais de la Culture le spectacle "Origine non contrôlée" qui retrace le parcours d’une jeune fille qui est contrainte de quitter son pays d’origine pour aller à l’aventure. C’est un sujet très sensible, parce que le problème de l’immigration reste un problème sensible qui perdure. Et l’immigration a toujours existé. Ça existe et ça existera.

Après, il est important d’essayer de s’asseoir et de décortiquer les choses pour comprendre mieux pourquoi est-ce qu’on le fait. Qu’on n’empêche pas les gens de le faire. Il faut plutôt donner les conseils qu’il faut à ces personnes pour qu’elles le fassent légalement et par les moyens sécurisés. Il est plus simple et plus sécurisé de voyager par avion que par les bateaux de fortunes. Donc expliquer ça aux jeunes et aux moins jeunes puisqu’aujourd’hui tout le monde aspire à aller là-bas.

C’est donc le parcours de cette jeune fille qui est bien dans son pays et qu’après une crise on lui dit qu’il faut qu’elle parte pour pouvoir aider la famille. Mais arrivée là-bas, elle est confrontée à des difficultés dans le pays qui l’accueille. Parce que tout est nouveau pour elle. Et la suite est connue. Ce spectacle peut intéresser la population, le Gouvernement ivoirien à travers les Ministères des Affaires Etrangères, de la Culture, de l’Education, de la Femme et de la protection de l’enfant, et même du Tourisme, pourquoi pas ? Dans tous mes spectacles en Europe, je fais l’apologie de mon pays la Côte d’Ivoire.

 Interview réalisée par M.O.

Coll : Sébastien Levry 

Content created and supplied by: Sebastien_Levry (via Opera News )

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