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Récit (Roman): "Tout ce qui brille n'est pas de l'or" (1ere partie)

Mes forces commencent à me lâcher. Je ressens comme un vide en moi. Ça y est, je suis en train de plonger dans le gouffre, à une vitesse inimaginable. Seigneur, en quelques secondes, je revois tout le film de ma vie…

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Mine de rien, aujourd’hui j’ai quarante ans. Bon sang, les années n’attendent pas. A mon âge, je suis sans situation véritable, sans emploi. Un chômeur invétéré, voilà mon statut social ! Et pourtant, ce n’est pas faute d’avoir essayé d’obtenir du travail. Mais, partout où je suis passé, c’est la même réponse que j’ai eue : « Il n’y a plus de place ». C’était comme si toutes les entreprises avaient formé une coalition contre moi. Quelle galère ! Malgré toutes les démarches menées, malgré ma bonne volonté, j’alignais échec sur échec. Comment expliquer cet état de fait ? Pourquoi ma vie était difficile à ce point, moi qui étais si brillant à l’école ?

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J’étais en classe de CM1, et je me faisais remarquer positivement par mes résultats scolaires. Toujours premier de classe, j’impressionnais non seulement mes condisciples mais aussi mes enseignants. Jamais, ils n’avaient vu un garçon aussi doué que moi. Mon intelligence dépassait tout entendement. Bientôt, je devins très célèbre dans toute la région. Ce qui m’a valu plusieurs récompenses, avec comme cerise sur le gâteau, une réception offerte en mon honneur par Monsieur le Préfet. Mes parents étaient fiers de moi. Tout le monde m’enviait puisque chacun devinait que j’étais promis à un bel avenir. Puis, arriva brusquement ce jour qui allait bouleverser toute mon existence. Au moment où je m’y attendais le moins, mon père mourut dans des circonstances mystérieuses. Comme s’ils n’attendaient que cela, mes oncles et tantes se ruèrent sur l’héritage comme des hyènes affamées. Ma mère, pourtant enceinte de mon défunt père, fut dépossédée de tous les biens, et chassée comme une malpropre. Vu la situation précaire de ma famille, j’ai dû arrêter mes études. Quel gâchis ! Pour survivre, et surtout aider ma mère, j’étais obligé de devenir cireur de chaussures. Ce n’était pas facile puisqu’il fallait surmonter la honte due aux railleries des uns et des autres. Mais, pour la pitance quotidienne, j’étais prêt à tout.

Plusieurs années se sont écoulées sans que ma situation ne s’améliore. Me voilà en train de squatter le salon de mon oncle, à quarante ans. Apparemment, ma présence semble ne pas faire plaisir à mes jeunes cousins qui ne ratent aucune occasion pour m’humilier.

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Je croyais tenir le bon bout, cette fois-ci. Enfin, une véritable occasion d’être embauché s’offrait à moi. Une usine dans la zone portuaire avait lancé un recrutement de travailleurs afin de démarrer ses activités. Très tôt le matin, j’étais déjà sur place. Au bout d’une heure de temps, les responsables de l’usine exhortèrent les candidats à l’embauche à plus de discipline d’autant plus qu’il y avait de la place pour tout le monde. Devant des propos aussi rassurants, des clameurs s’élevèrent du milieu de la foule. Ma joie était à son comble. « Enfin », me dis-je, j’allais avoir du travail. Ma souffrance allait prendre fin. Je commençai déjà à réfléchir à mon premier salaire et comment j’allais le dépenser. Le jour de la paie, j’allais m’offrir un copieux repas, du poulet braisé sûrement. Puis, je n’hésiterais pas à foncer dans le magasin le plus proche dans le but de renouveler ma garde-robe. Tous ceux qui s’étaient moqués de moi dans le quartier allaient forcément se mordre les doigts quand ils me verraient dans des costumes flambants neufs, le temps que j’aménage dans ma nouvelle maison. Qu’est-ce qu’elle serait coquette, celle-là ! Au fait, devrais-je louer un studio ? Non, l’idée n’était pas judicieuse. Il me fallait forcément une maison de trois pièces. Ainsi, je pourrais accueillir ma famille que j’aimais tant : ma mère, mon frère cadet et ma sœur benjamine, issue du second ménage de maman. C’étaient les trois personnes que j’avais de plus chères au monde. Pour elles, j’étais prêt à me saigner financièrement, avec le salaire qu’on allait me verser chaque fin de mois.

Le recrutement à l’usine battait son plein. Tout se déroulait normalement. On notait déjà la sélection de cinquante personnes. Contre toute attente, arrivés à mon niveau, les recruteurs lâchèrent le refrain assassin : « Il n’y a plus de place ». Puis, l’immense portail de l’usine se referma brutalement. J’eus aussitôt le vertige, j’avais du mal à croire ce qui m’arrivait. Quelle poisse ! Comme pris de folie, je me mis à asséner de violents coups de poing à ce maudit portail qui m’empêchait de réaliser mon rêve. Je pleurais à chaudes larmes et le vacarme que je faisais commençait sérieusement à agacer mon entourage. Deux vigiles aux muscles saillants reçurent l’ordre de mettre fin à mes agissements qui étaient de nature à troubler la quiétude de l’entreprise. Les deux quidams, particulièrement zélés, ne se firent pas prier pour me bastonner copieusement comme s’ils avaient contre ma personne une vieille rancune. J’étais très mal en point à l’instar d’un individu venant de se faire dévorer par des chacals enragés. C’était vraiment pitoyable et maintenant très clair dans mon esprit. J’étais malchanceux, tout simplement maudit. Comment pouvait-il en être autrement quand à quarante ans, je demeurais sans revenus et que je continuais de squatter le salon de mon oncle ? En tant qu’aîné d’une famille de trois enfants, quel exemple pouvais-je donner à mon petit-frère et à ma petite-sœur ? Et ma mère, quelle fierté pouvait-elle tirer de moi ? Depuis le décès de mon père, quelle joie avais-je apportée à ma pauvre génitrice ? N’étais-je pas en fin de compte la honte de la famille ? Non, je méritais mieux que ce qui m’arrivait actuellement. Cette introspection m’amena à comprendre que le temps était venu de passer à la vitesse supérieure en vue de prendre ma revanche sur la vie... 

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