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Mareshal Zongo : "certains influenceurs ivoiriens ne sont pas une fierté pour la Côte d'Ivoire"

Dernièrement, à la faveur d'une visite dans les locaux d'Opera News Côte d'Ivoire, Mareshal Zongo a accordé une interview à la rédaction de votre application d'informations préférée. Zongo sans Tao, son nouveau statut de chanteur reggae, son single "Golonou", son album "Vouta" à venir, la percée des web humoristes...sont autant de sujets que le binôme de Tao a abordés sans faux-fuyant. Interview !

Vous venez de sortir "Golonou", un single. Parlez-nous en

"Golonou", c’est une histoire d’amour que je traîne depuis longtemps. Une histoire d’amour et, en même temps, fondé sur la tristesse parce qu’à un moment de ma vie, j’ai vécu beaucoup de tristesse car j’ai perdu des amis, des frères, des êtres chers. Cela s’est produit dans le milieu professionnel, dans la famille. Je me suis dit la seule façon pour moi de pleurer ces amis qui s’en vont, ces frères, ces sœurs qui s’en vont de façon précoce, c’est de chanter quelque chose qui va me permettre de me libérer. "Golonou", au-delà de l’histoire spirituelle, c’est une histoire musicale qui commence d’abord avec une première version villageoise qu’on ne connaît pas ici. Mais qui est écoutée dans toutes la région Gouro et que mes parents auraient voulu que je commercialise et j’ai dit "non" parce que c’est une version pour les funérailles. Après, je me suis dit qu’il faut la faire évoluer pour que ce soit à la disposition d’un public plus large. C’est vrai que c’est chanté en Gouro, langue locale, mais à partir de là on peut essayer de mettre en dessous une musique qui parle à beaucoup plus de monde pour qu’on puisse toucher la cible qu’on vise.

Devons-nous désormais nous accommoder de Zongo artiste-chanteur, faiseur de reggae ?

Eh oui ! Oui parce qu’on fait un projet assumé, c’est un projet musical. Derrière "Golonou", c’est un album qui va venir. On reste comédien de formation, humoriste parce qu’on n’a pas le choix. Zongo est président de l’association des humoristes de Côte d’Ivoire, je ne peux pas m’en défaire, mais je fais un projet 100% musique. Encore une fois, je suis de ceux qui pensent qu’il existe des arbres multifruitiers à qui il faut donner la chance de fleurir. Je pense qu’on ne devrait pas emprisonner les artistes dans un regard qu’on se fait d’eux. L’artiste développe sa "folie", il la met à la disposition du public qui après en fait un joyau. Si le même artiste décide après de développer une autre "folie", on ne doit pas l’arrêter, il faut plutôt l’accompagner. Pourvu que ce soit bien fait. A partir de maintenant, Zongo est comédien, humoriste et chanteur.

Et votre binôme Tao, que devient-il ?

Il va super bien ! C’est avec sa bénédiction que je travaille. Il est au courant de ce projet sur lequel je travaille depuis plus de quinze ans. Quand on va dans nos spectacles, je passe toutes mes soirées à chanter, à l’emmerder avec mes chansons. Il a écouté toutes mes chansons. Il connaît "Golonou" avant tout le monde. Il est associé spirituellement à ce projet. La preuve, mon administrateur est le neveu de Tao. C’est lui qui me l’a présenté. Donc il est là, il va super bien et le duo aussi va bien.

Il se raconte pourtant que c’est la rupture entre vous...

Non, pas du tout ! Il n’y a pas de rupture ! On est des gens responsables, on est pères de familles. On a choisi de travailler ensemble et on était conscients qu’on est deux entités et c’est pour cela qu’il y a Zongo et il y a Tao. Cela veut dire qu’il y a le duo Zogo et Tao qui fonctionne, mais chaque entité peut avoir un projet parce qu’ils sont tous deux des artistes. Là par exemple, le projet musical que je fais n’est pas de l’humour. C’est une expérience que je fais avec la bénédiction de Tao. Pour moi, ce n’est pas une raison pour dire qu’il y a rupture. Non !

A quand donc le retour du duo Zongo et Tao qui a tant fait rêver à l’époque ?

On prépare justement un événement. J’ai vu certains de nos collègues faire 20 ans, 25 ans de carrière dans une seule ville. Nous, on prépare un événement que ne peut contenir une seule ville. Zongo et Tao, c’est 30 ans d’histoire, 30 ans d’amitié, c’est beaucoup de choses. Zongo et Tao, c’est beaucoup d’influence. Aujourd’hui si vous voyez qu’il y a Zinzins de l’art, c’est parce qu’il y a eu Zongo et Tao. S’il y a Gombo.com au Burkina Faso, c’est parce qu’il y a eu Zongo et Tao. S’il y a Gbadamassi et Gogoligo au Togo, c’est parce qu’il y a eu Zongo et Tao. Si tous ceux-là existent, c’est parce qu’il y a eu Zongo et Tao. Donc par cette influence, tous les enfants à qui on a donné vie, vivent et fonctionnent. Nous, on prépare quelque chose de différent de tout ce que nos collègues essaient de faire parce qu’on s’est toujours démarqués avec cette originalité. Zongo et Tao, toujours ensemble mais jamais d’accord, C’est immortel !

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Pour revenir à la musique, "Golonou" annonce la sortie en 2022 de "Vouta", un album de 14 titres. N’est-ce pas ?

Beaucoup d’amis m’ont dit que les gens sortent des singles et ils deviennent des stars, donc pourquoi je sors 14 titres. Moi, je veux faire un album. C’est un univers que je veux vendre. C’est toute ma compréhension, toutes les influences que j’ai subies depuis tout ce temps-là que je veux relater. Avec une seule chanson, je ne pourrai pas. Ce n’est pas possible ! Donc je décide d’étaler mon univers, ma compréhension de la musique aujourd’hui. Ce qui selon moi devrait être fait et qui n’a pas encore été fait et que je peux proposer. C’est ce que je veux faire avec "Vouta". On est à plus de 25 titres déjà enregistrés. Certains sont déjà achevés, d’autres à mi-chemin. On a enregistré beaucoup de titres parce qu’on s’est dit qu’il faut se mettre à l’abri et on s’est arrangé pour enregistrer des titres intemporels. "Golonou" qu’on écoute aujourd’hui a été enregistré il y a presque dix ans. Le premier titre qui sera sur "Vouta" a été enregistré en 2005. Pour nous, c’est une musique qui doit vivre, qui doit traverser le temps. Et "Vouta" parce que pour nous c’est une valeur ajoutée. C’est ce que cela veut dire en Gouro. Le 1 qui a plus de poids que les 10, c’est cela le "Vouta". Vous savez, il y a une anecdote entre dame chien et dame éléphant. Les deux dames sont tombées enceintes dans la même période. Quelques mois plus tard, dame chien a mis bas pendant que dame éléphant est toujours enceinte. Trois, quatre mois plus tard, dame chien tombe encore enceinte et fait d’autres petits. Dame éléphant est toujours enceinte. Six mois après encore, dame chien est de nouveau enceinte et a fait encore des petits. C’est ainsi qu’un jour, elle est venue voir dame éléphant pour lui dire : "ah ma sœur, depuis ma première grossesse tu es toujours enceinte ! Cela fait quatre fois que je mets bas, toi tu es encore enceinte. Est-ce que tu es sûre que tu es enceinte ?" Et dame éléphant de lui répondre : "ce que je porte dans le ventre est un éléphant, ce n’est pas un chiot. Ce que je porte dans le ventre, c’est quelque chose qui va marquer le respect. C’est quelque chose qu’on va s’arrêter pour laisser passer. Ce que je porte dans le ventre, quand ça va toucher le sol, le sol va trembler. Ce que je porte dans le ventre, quand ça va crier les oiseaux vont fuir. Ce que je porte dans le ventre, quand ça va traverser la forêt les arbres vont trembler." Moi, le projet que je fais, je le considère comme un accouchement d’éléphant. Je le respecte beaucoup, j’y travaille beaucoup, je rencontre beaucoup de gens pour apprendre. Je n’ai pas la prétention d’avoir la science infuse, j’apprends et je rencontre des amis musiciens. C’est une volonté manifeste de me lever d’ici pour aller chez Pablo Uwa en France, chez Mandjoul à Bamako pour aller travailler alors qu’il y a des gens ici qui font du reggae. C’est une volonté !

En sortant un album de 14 titres, ne craignez-vous pas de faire un investissement à perte ?

La question tombe bien parce qu’on y a pensé. Derrière l’album "Vouta", on a le projet culturel "Vouta" : action culturelle et emploi jeunes. Depuis une bonne dizaine d’années, on s’est tous décidés à croire que les CD ne marchent plus parce qu’effectivement les pirates sont rentrés dans la danse. Là maintenant, on a commencé à parler du numérique comme quoi, c’est l’époque du numérique et que les CD, ça ne fonctionne plus. De vous à moi, en Côte d’Ivoire il y a combien de gens qui ont un compte en banque en ligne qui peuvent faire des achats en ligne ? Il n’y en a pas beaucoup, soyons sérieux ! Alors que quand on dit qu’on passe au numérique, cela veut dire qu’à partir de maintenant tout le monde va acheter en ligne. Ils sont combien en Côte d’Ivoire qui savent comment acheter en ligne ? C’est donc pour cette raison qu’on a mis en place le projet culturel "Vouta" qui va nous permettre de travailler avec 500 jeunes qui seront nos vendeurs, nos commerciaux dans tout le pays. 500 jeunes qui seront payés à partir du travail qu’ils vont faire en vendant les CD. Ils seront payés par pourcentage sur CD. Ce sera de façon libérale. C’est notre façon à nous de donner un peu d’espoir à tous nos petits-frères qui ont envie de faire quelque chose car l’Etat ne pourra pas tout faire. Donc nous on se décide de mettre en place un projet qui peut, ne serait-ce qu’un temps, permettre à des jeunes d’avoir une activité qui peut leur rapporter de l’argent. Et comme les CD ne sont pas chers et que nous prenons notre temps pour travailler pour que la qualité du produit soit à la hauteur, donc nous pensons que ce CD-là, par la grâce de Dieu, va toucher les gens qu’on a envie de toucher avec.

Quel regard portez-vous sur les web humoristes ?

Pour aller plus loin, avec tout le respect que j’ai pour les jeunes ivoiriens et pour tout le monde, je dirai qu’on s’illustre mal sur la toile. Les Ivoiriens sont les plus insolents, les plus arrogants sur la toile. Aujourd’hui, dans le langage des gens il faut être insolent pour se faire remarquer, il faut parler de sexe, il faut offenser des aînés, il faut se permettre de dire tout ce qu’on n’a pas besoin de dire pour se faire une place. C’est à cela que les Ivoiriens sont arrivés aujourd’hui dans l’utilisation du Web. Parmi ceux qu’on appelle influenceurs, certains ne sont pas une fierté pour la Côte d’Ivoire. Je le dis et je l’assume parce qu’on n’a pas besoin d’être insolent, arrogant pour se faire une place. Si c’est ce que le monde est devenu, c’est que ce monde-là va en péril ! Pour revenir à nos jeunes frères qui sont des web-humoristes, pour moi quelqu’un peut être un bon web-humoriste sans être un bon humoriste sur scène. Cela parce que ce que l’on fait avec le téléphone n’est pas ce que l’on fait sur scène. Pour aller sur la scène, on se forme. Il y a des B.a.ba : il y a une façon d’écrire, il y a des attitudes, il y a la respiration sur scène, il y a la façon d’emmener une histoire, comment ça évolue, les temps forts dans une histoire. Ça s’étudie et ça se bosse. On n’a pas besoin d’aller dans une université pour l’apprendre, mais c’est une autre réalité.

JM TONGA

Content created and supplied by: JMTONGA (via Opera News )

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