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Jazz : le groupe du Dr Saddin séduit le Music'All

Abass Zen, le responsable du Music’All a programmé le week-end dernier, des musiciens audacieux qu’Abijazz met sous les projecteurs.

Ce que réussit l’association Abijazz en imposant le Jazz dans une cité de Reggae, de Zouglou et Coupé décalé est à saluer. Le week-end dernier, avec la complicité d’Abass Zen, une bande de musiciens jeunes a investi l’espace de Dez Gad qui de là-haut a certainement souri. Comme il fallait s’y attendre Gérard Konan, Professeur Antoine Tako, les acolytes de Marie Hélène Costa ont effectué le déplacement pour suivre leurs poulains, leur faire des remarques ou les ovationner. A la console, il y avait Patcha, bassiste et disciple son de Wompy.

Sur scène, le pianiste Jean Ebo, le batteur Yann Bana de retour de Ouaga où leur groupe Trinity Band a convaincu. En remplacement du bassiste Joel Kpan, Kety Guiraud, le fils du musicien Gustave Guiraud trop tôt disparu. Ce qui explique un peu la présence de Tiburce Koffi, un père-prothèse du bassiste en devenir. Tiburce ne se retient pas et couvre d’encouragement, le guitariste Saddin Joseph Lenga que tout  le monde appelle Dr Saddin. Au sax alto, un jeune étudiant de 25 ans inscrit en master 2 à l’Insaac. Pour l’encadrer, Jean- Marie sax, qui joue lui, aussi bien du ténor que du soprano.

Le groupe se lance dans l’interprétation des standards. Avec bonheur on redécouvre « Take Five » de Paul Desmond sur lequel Yann Bana en profite pour nous informer de ce que le roulement, ça le connait. Il n’hésite pas à se lever et nous offrir des contre temps plaisants rappelant leur maître à tous ces batteurs ivoiriens : Paco Séry. Le public applaudit. On découvre aussi un air qui ressemble à Miles Davis, à « So what ». Sauf qu’un refrain vocal africain couvre la musique. Et alors ? (So What) qu’est-ce que ça peut bien faire de mal ce brassage. Rien. Bien au contraire, on s’aperçoit que le groupe a le goût du risque, le goût du voyage. Ça tombe bien les premières notes du répertoire personnel du Dr Saddin annonce «Voyageur » un texte autobiographique vieux de 6 ans qui retrace les nombreux déplacements faits de rencontre d’hommes et de femmes qui nourrissent l’âme de ceux qui comme des oiseaux migrateurs explosent les frontières. Dr Saddin comme son compatriote Papa Wemba, compositeur lui aussi d’un titre éponyme a fait du pays, a croisé des profils de femmes par exemple.  Il y en a une qu’il évoque dans « Femme selon mon cœur », deuxième composition personnelle dans lequel il rêve la femme attentionnée, tendre, soumise au sens de respectueuse. « Je t’aime beaucoup femme selon mon cœur » scandera le refrain. Le jeu du Dr Saddin n’est pas bensonien, il est plutôt Montgomerien et on découvre des motifs Bee-bop. Le fait est que le guitariste qui a vécu au Congo et au Cameroun est un transfuge du sax et Coltrane est son idole.

Hiné Mlin Jean Daniel, un nom à retenir

Jean Marie sax en vrai jazzman se soumet aux principes du jazz et partage. Il sort son sax soprane puis son ténor. Mais il n’en fait pas trop. Pour ne pas faire de l’ombre au jeune Hiné découvert par Abijaaz et sur lequel l’on peut dès à présent parier. Il a déjà prouvé sa générosité et sa disponibilité en remplaçant au pied levé Jean-Marie Sax pour un spectacle au cours duquel il a impressionné plus d’un. Etudiant en Master II à l’Insaac, il a abandonné le piano pour le sax. Ce week-end, devant le public attentif du Music’All, son jeu est dynamique et sa tessiture étendue après seulement 2 ans d’assiduité. Hiné sur scène est attentif à ce que font les autres. Très attentif même. Il laisse les chorus voisins le traverser et quand vient son tour, il se rend meilleure ou à la hauteur, dans le pire des cas, en combinant avec discipline, assez bien improvisation, chaleur du timbre et rythme qui pousse sa jambe (gauche le plus souvent) à décoller du sol. Et voici par inadvertance, une chorégraphie. Involontaire. A l’instar de Coltrane, Charlie Parker, ‘‘the bird’’ qu’il interprète actuellement, il conçoit sa musique comme une spiritualité. C’est normal, fils de pasteur baptiste, ce jeune kroumen, officie dans les temples pour servir Dieu certes, mais aussi pour ‘‘atténuer les faims’’ de mois. Son vocabulaire musical sait donc être simple dans le style Smooth Jazz, propre aux univers de Dieu, mais aussi complexe quand il faut, avec des phrasés Bee bop. Retenons que Hiné a des compositions personnelles tel que Ko dindê (dépêche-toi, ou vas-y vite en Baoulé). Et Doudou (chérie), pièce audacieuse dans lequel son sax offre deux atmosphères antinomiques. L’une gaie, l’autre agaçante, un peu comme les amours heureuses par endroits et carnassières à d’autres.

Au total, un groupe qui quand il se sera débarrassé des aspérités propres à toute formation en construction fera inévitablement parler de lui. En bien s’il vous plait.

ALEX KIPRE

Content created and supplied by: Mansap (via Opera News )

Abass Zen Dr Saddin Jazz Music'All

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