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Un jeune instituteur raconte son passage à Odienné ,voici comment la population m'a traité

Jean Marc Aurel gbery est un jeune instituteur ivoirien résidant à Hiré dans le sud du pays. Après avoir effectué 6 années de service dans la ville d'odienne ,il raconte comment les odienneka l'ont traité.

Il y a deux types de prisonniers, le prisonniers d'esprit(ceux qui sont enfermés par des préjugés) et les prisonniers physiques (ceux qui sont à la maca) . Avant mon affectation au nord du pays, j'étais un prisonnier d'esprit avec mes préjugés à l'endroit des Nordistes, pour moi, c'était un peuple violent et non-hospitalier. 

La politique a semé des graines identitaires dans mon esprit. Septembre 2012, je suis admis au concours de cafop, après 3 mois de formations intenses, je suis affecté dans le nord du pays.

 Quand ma sœur Dagnogo Blama m'a informé que je partais à Odienne, mes larmes coulaient et j'étais triste !

 Pourquoi le seigneur a fait ce choix pour moi? 

Rien n'est fait au hasard, Dieu a pris le temps d'écrire le film de notre vie !

Mon premier poste, c'était un petit village du nom de Mohimoussadougou. Je devais débuter ma carrière sans logement maître, et salle de classe. Mon logis était une petite case, pour moi, le cauchemar venait de commencer.

Assis sous un fromager près de ma case, je coulais des larmes. Seigneur, je t'ai fait quoi ? D'ailleurs même est-ce-qu'il va me répondre ? On crie toujours à lui, mais la réponse est très lente et le temps passe.

À l'aide de mon directeur Nerguesson Soro, nous nous adaptâmes. 

J'étais devenu un petit odieneka, et Mohimoussadougou était mon second village.

Je me sentais heureux dans une case, j'aimais échanger avec les parents et les écouter.

 Ils m'enseignèrent leur tradition et je leur parlais de la mienne. Nos différences étaient devenues ce qui nous attiraient le plus.

 L'amour entre moi et les villageois dépassaient l'entendement de certaines personnes. 

L'amour vrai est un ciment dans nos relations. Je reconnais qu'il voulait que je sois comme eux, mais j'avais toujours des réponses pour contourner les questions gênantes. « Monsieur Jean, pourquoi tu n'es pas musulman ? Tu es gentil, mais si tu étais musulman, c'était bon » ,me demanda un jeune homme.

«Vous dites que je ne suis pas musulman et je bois l'alcool pourtant, je n'ai jamais cherché femme de quelqu'un dans ce village, or vous là, chaque soir quand y a l'harmattan, on vous attrape ici », tel fut ma réponse.

Ça riait et la vie continuait sans soucis.

Après 6 années passées à Mohimoussadougou, je suis affecté à Hiré.

Du matin au soir, ma petite maison était bondée de visiteurs, les villageois venaient me dire aurevoir.

Je n'oublie pas cette vieille, avec un mal de pieds est venue dire aurevoir à son fils que j'étais. 

Chaque fois que je passais dans sa cour, elle me donnait des présents.

 Les élèves étaient nombreux chez-moi, je cachais mes larmes, ah, c'était dur pour moi ! Un maître, doit-il pleurer devant ces élèves ?

Le chef du village Kanté Noufo, très triste ne pu contenir ses larmes quand je lui disais aurevoir. 

Il fallait que je parte vite, les larmes ne cessaient de couler sur mon visage. J'ai été raccompagné par plusieurs personnes comme un cadre du village. 

 Je suis rentré à Mohimoussadougou comme un prisonnier d'esprit, je suis ressorti libéré. Dans ce village, j'ai purgé ma peine mentale et j'ai compris pourquoi le destin m'a dirigé là-bas. J'ai la réponse enfin, Dieu m'a répondu !

En dépit de nos différences, donnons-nous juste de l'amour, elle brise les barrières et elle nous libère des stéréotypes.


Gbery Aurel

Content created and supplied by: GberyAurel (via Opera News )

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