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Yann Bahou, animatrice ivoirienne humiliée au Gabon : où est la vérité ?

À en croire la version de notre compatriote, l'animatrice Yann Bahou partie au Gabon le 14 septembre dernier, l'accueil qui lui a été réservé à sa sortie de l'aéroport n'aurait rien de fraternel ni d'amical. Il y a de bonnes raisons d'être révolté après ce qui lui est arrivé dans ce pays d'Afrique centrale aux quelques 2 300 000 personnes (countrymeters.info, données de 2021).

Que faut-il comprendre de cette affaire, alors que nous sommes en plein 21e siècle ? C'est-à-dire, à l'ère où l'on parle de globalisation, d'intégration, d'union africaine, d'ouverture et j'en passe.

Quelle raison justifie le fait d'infliger un traitement qui frise la maltraitance à une personne étrangère, sous le prétexte qu'elle n'a pas un ordre de mission, quand bien même il s'agirait pour la concernée d'un voyage privé ? Pour ce que l'on sait, l'ordre de mission (comme l'indique son nom) est obligatoire seulement pour le salarié qui part en voyage d'affaires, c'est-à-dire pour des raisons professionnelles. Ce document physique permet, entre autres, de justifier le séjour de l'employé et d'être couvert par l'entreprise en cas d'accident de travail par exemple. Mais ce n'était pas le cas apparemment pour Mlle Bahou qui dit être allée voir sa famille au Gabon.

S'agit-il d'une méprise des services de la police aux frontières de ce pays ou un simple malentendu (difficilement compréhensible reste) ? Dans son récit de cette affaire, l'animatrice rapporte d'ailleurs qu'elle n'était pas la seule détenue : «J'y étais avec d'autres détenus étrangers et un Ivoirien. Certains y étaient depuis huit jours. Dès que j'ouvrais la bouche pour demander ce que j'avais fait, on m'exigeait de la fermer. Un détenu a demandé à prendre ses médicaments. On lui a dit : "les médicaments c'est pour quoi ? Vas là-bas". Stressée et paniquée, je n'avais plus de mots...».

De 19h, le mardi 14 septembre, c'est le lendemain à 9h locales que la jeune femme est finalement renvoyée en Côte d'Ivoire, sans autre forme de procès. Après un bref échange au mépris des règles élémentaires de courtoisie avec la cheffe de poste, donc une femme comme elle.

Qu'en est-il pour les autres personnes qui étaient également dans cette cellule ? Certes, on ignore les raisons pour lesquelles elles se sont retrouvées enfermées là-bas. Mais cette situation déplorable rappelle le triste épisode (toutes propositions gardées) de la traite des Africains en Libye, et qui a scandalisé la planète en 2017. Tout le monde s'en était ému (on suppose que des Gabonais aussi). Ce qui est arrivé à Yann Bahou n'est pas un cas isolé. Ce genre de situation se produit malheureusement depuis longtemps dans d'autres pays aussi.

En 2010, Usher Aliman, alors journaliste à Top Visages (magazine ivoirien de show business et de mode) a subi une situation similaire dans un pays sud-africain (pour ne pas le citer). C'était à l'occasion de la Coupe d'Afrique des Nations. À son arrivée, son passeport a été aussitôt confisqué à l'aéroport après avoir déclaré aux policiers qu'il était ivoirien. La communication était devenue un dialogue de sourd, puisque la langue officielle de ce pays est le portugais. Le journaliste a été détenu avec d'autres personnes durant une journée entière, pour des présumés contrôles d'identité. Avec un peu de bol, il a été finalement relâché, après une journée infernale, entassés à plusieurs, dans une cellule sans manger ni boire, dans une chaleur suffocante.

Une web-humoriste ivoirienne a essuyé une humiliation dans l'aéroport d'un autre pays frontalier au nôtre, en septembre 2020. Pour une question de tenue vestimentaire jugée trop osée au goût des services de police. L'esclandre a failli devenir une affaire générale. Entre nous, comment croyez-vous que naissent les guerres ou les conflits ? Cela part souvent de ce genre de scènes, en apparence anodines ou banales, mais frustrantes. L'ouverture d'esprit passe aussi par l'acceptation des autres, tels qu'ils sont. Rien ne saurait justifier la haine d'un groupe d'individus à l'égard des autres.

Le cas d'espèce, l'animatrice Yann Bahou explique que c'est à sa sortie de l'aéroport qu'elle a été interpellée par les services de l'immigration. Ce qui suppose, en principe, qu'elle était en possession de tous les documents nécessaires pour être sur le sol gabonais lorsqu'elle franchissait le hall de l'aéroport. L'amalgame fait d'ailleurs par les policiers entre son métier d'animatrice et celui de journaliste en dit long sur le reste.

Entre nous Africains noirs, si nous nous traitons de la sorte, comment pouvons-nous espérer des autres qu'ils nous respectent, en nous traitant avec plus d'égards ? N'oublions pas que pour certains, nous les Noirs sommes tous pareils, quand ils nous regardent. Peu importe notre pays d'origine. Pour eux, c'est du pareil au même. Et curieusement, il n'y a que nous, peuples d'Afrique noire subsaharienne qui nous croyons différents, supérieurs les uns aux autres. C'est comme une maladie congénitale que nous traînons depuis des lustres, ce problème de mentalité, ce manque de solidarité et cette désunion.

Nous nous offusquons lorsque nous sommes maltraités ailleurs, sur d'autres continents. On s'émeut devant les images insoutenables des contrôles de police musclés sur des Noirs, comme celui ayant débouché sur la mort de l'afro-Américain George Floyd aux États-Unis en 2020. Mais chez nous ici, pourquoi on n'aime pas se sentir ? Le Noir, sinon l'Africain noir semble être la seule espèce humaine qui a décidément de sérieux problèmes avec elle-même. Nous sommes nos propres ennemis, comme le chante si bien Alpha Blondy. Non, Côte d'Ivoire-Gabon, ce n'est pas la guerre ! La longue histoire d'amitié et de fraternité entre Félix Houphouët-Boigny et Omar Bongo est un témoignage des liens entre ces deux pays.

Il y a peut-être des non-dits dans cette histoire. Et on s'en tient à la forme, la manière car il y a aussi ce qu'on appelle "les droits de l'homme". Bref. C'est déjà bien que l'ambassadeur du Gabon en Côte d'Ivoire veuille recevoir Yann Bahou, pour lui présenter des excuses officielles. Pourvu que cela serve d'exemple aux autres.

Content created and supplied by: Fatogoma (via Opera News )

Gabon Yann Bahou

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