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Souffles des gouffres amers : brève théâtralisation du drame des migrants

Deux personnages, Wondômin et Débasseu, s'adressent à une assemblée.

Wondômin, le sage

Me voici, Wondômin, langue féconde nourrie aux lèvres des Anciens ! Aujourd'hui, je suis porteur de sinistres nouvelles. Une histoire de gouffres amers. Une histoire de flots voraces. Une histoire de Méditerranée. Me revient la horde de jeunes assoiffés sur les dunes incertaines du désert.

Laminés par la faim et le désespoir, leurs haillons flottaient aux vents impitoyables. On les appelle migrants. On les dit clandestins. Moi, je dis malheureux porteurs porteurs d'espoirs engloutis par l'Océan.

Moi Wondômin, je dis âmes en peine à plaindre. Je dis misères broyées par le cycle infernal et intolérant du monde. Honorables oreilles qui me suivez, allons au coeur de l'Afrique lire les rêves de ces infortunés migrants ! Viens, Débasseu, viens livrer au peuple auguste les secrets des abysses noires. Viens...

Débasseu

Ah, Wondômin, belle Assemblée ! Allons ensemble sur les rêves des rêves de migrants. Ô Ciel, pourquoi ont-ils bravé les incertitudes du désert ? Pourquoi ? Leurs rêves étaient si beaux. Ils fuyaient la crasseuse existence et l'enfer métallique de leur pays. Insupportable leur était la vue de leurs parents attachés à la glèbe et au dénuement. Inhumain tableau ! Leurs enfants décharnés. Leurs bébés aux joues creuses et aux yeux exorbités. Que faire quand l'avenir se vêt de noir et que l'horizon annonce la bourrasque des grandes famines ? Que faire, miens souffles ? Que faire ? Ils ont décidé de braver tout. L'engeance. Les dangers. Le désert. La Libye. Les radeaux. Tout ! Ils ont tout affronté les pays de Cocagne où, croyaient-ils, la vie était de lait et de bienséance. Hélas, leurs pas les ont conduit dans l'obscurité des tombes marines.

Dan Singault de Blagouin

Content created and supplied by: DanSingault (via Opera News )

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