Sign in
Download Opera News App

 

 

Le Burkinabè est-il vraiment complexé ? L'origine de ce prétendu complexe identitaire


      Le Docteur Diahou Bertin Nguessan écrivait un jour que le Burkinabè était complexé. Je lui ai dit qu'il avait tort de raisonner ainsi. À la faveur de ce débat identitaire qui s'est soulevé dans les forums avec la victoire de Lady Shine à The Voice, je me suis permis de lever l'équivoque sur le prétendu complexe du Voltaïque.  


       L'analyse de cette question doit se faire à partir d'un cadre. Très souvent, les gens disent Burkinabè-là dans un contexte purement conflictuel. 


      Voici un peu l'origine de la frustration de certains burkinabè lorsqu'au cours d'une dispute, l'interlocuteur leur dit : "BURKINABÈ-LÀ !"


     D'abord, le contexte. L'interlocuteur ne le dit pas pendant un échange convivial, lors d'un dîner gala ou une partie de poker. Très souvent il le fait au cours d'une rixe. Et d'aucuns diront après que le Burkinabè n'est pas fier de sa nationalité ou de son origine. On ne dira jamais à un camerounais ''camerounais-là !'' ou à un tunisien, ''tunisien-là !'' Quelles histoires ont-ils avec les Ivoiriens pour qu'on puisse les stéréotyper ou rappeler leurs origines dans un contexte décalé ?


     Avant l'époque coloniale et même après, c'était les Burkinabè qui travaillaient comme manœuvres dans les plantations, les domiciles, faisant les travaux dits de secondes couches. Le visage scarifié, le burkinabè s'est longtemps exprimé dans un français crochu, avec un accent qui envoyait l'Ivoirien ricaner.



Mon père, Jean-Paul Goudouma Bancé, est venu en Côte d'Ivoire avant l'époque des indépendances, pour venir se chercher. Une fois à Abidjan, il s'est mis à travailler comme boy, chez une famille européenne, au Plateau. Mais il ne comprenait pas bien le français et envoyait les ivoiriens rire chaque fois qu'il sortait un mot mal prononcé. Pour comprendre cette question de burkinabè-là qui s'apparente à un dénigrement et que les Ivoiriens ont du mal à saisir tel que le montre la question du Docteur Diahou, j'ai demandé à mon père à quel moment on lui rappelait ses origines pendant ses années aventurières. Il m'a répondu qu'avant les indépendances et même après, on lui disait ''burkinabè-là'' ( à l'époque c'était voltaïque-là) seulement dans le cadre d'une altercation avec un voisin, un camarade, bref, un autochtone. Mon père percevait qu'à travers ce rappel de ses origines, il y avait ce sous-entendu : « Balafré, broussard, boy, analphabète... », tout ce que le citoyen burkinabè refléterait d'inférieur et que l'Ivoirien généralise dans cet ivoirisme : "GAOU". 


    

Alors, clairement, dire à quelqu'un burkinabè-là alors que le cadre n'y sied pas, avec en sus le ton qui l'accompagne, équivaut à le traiter de boy, de chauffeur, de gardien, de broussard, de manœuvre, d'illettré, tels que je présente ces personnages dans l'une de mes nouvelles paru en librairie dans mon recueil.

     

    Dans ce contexte, le Burkinabè, qu'on ne peut accuser de manquer de fierté, est plutôt dans une posture de défense de son identité. En étant sur la défensive, ce n'est pas ses origines qu'il renie. Il repousse plutôt les stéréotypes que le belligérant en fait dans un élan d'excès de fierté. Dans un cadre paisible, il arrive à des ivoiriens de taquiner leurs amis burkinabè :"Regarde-moi ce Bouki !" Et on rit de bon cœur, parce que les discussions se font dans un environnement sain. 


      Un jour de l'année 2012, à la Riviéra, j'étais au copilote de la voiture de mon frère Aristide Bancé. Sa voiture avait du mal à décoller au feu. Très impatient et en colère, l'automobiliste derrière a fait un léger dépassement, et en reconnaissant le footballeur qui l'avait fait patienter, il s'est écrié depuis sa fenêtre :

« Regarde-moi ce burkinabè-là ! N'importe quoi ! Tu fous la merde depuis-là. En plus c'est un burkinabè qui m'a mis dans ça. Tchrrr ! »

   Aristide s'est fâché, et a répliqué : « Tu es malade ? Burkinabè ce n'est pas l'homme ? »


    Voyez-vous, l'objet de la dispute n'était plus concentré sur un véhicule immobilisé mais sur le rappel d'une origine dans un contexte inapproprié. 


     Pendant mes années scolaires, à l'école primaire et même au collège, j'étais aussi confronté à ce rappel de mes origines. Je percevais très bien ce qui était caché derrière. Mais je souriais, amusé.

En Côte d'Ivoire tu ne verras jamais un béninois se bagarrer avec un ivoirien pendant que ce dernier lui dira : « Béninois-là ! » Ça n'aura pas de sens. Mais Burkinabé-là, c'est possible, parce qu'il y a une histoire dans cette citoyenneté.

Autre chose. La présence de l'adverbe "là", dans la désignation de burkinabè-là... Le ''là'', plus qu'un adverbe démonstratif, fonctionne plutôt comme un "adjectif descriptif"qui se réfère à tous les termes péjoratifs que j'ai susmentionnés. 


      

      Voici un peu l'imbroglio sur cette prétendue non fierté du burkinabè alors que ceux qui l'invectivent de la sorte le font avec un sous-entendu en s'appuyant sur ce qu'on pourrait qualifier en littérature de rhétorique de dénégation. 


     C'était ma petite contribution, pas pour justifier quoi que ce soit, mais pour expliquer. 


     Aujourd'hui que beaucoup d'eau a coulé sous les ponts, les Burkinabè devraient apprendre à sourire quand on leur rappelle leur origine, même dans un contexte conflictuel, inapproprié. N'ont-ils pas enceinté beaucoup d'Ivoiriennes ? Alors les colères futiles contre les Beaux, ça suffit ! 🤣


Louis-César BANCÉ

Content created and supplied by: LouisCésarBANCE (via Opera News )

diahou bertin nguessan lady shine the voice

COMMENTAIRES

Chargez pour lire plus de commentaires