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La crise de l’école et la crise du style vestimentaire, un professeur parle aux jeunes

Le professeur Alger Ekoungoun, un homme soucieux du style vestimentaire correct et responsable

L’école est un système ; il suffit qu’un maillon de la longue chaine se casse et comme un château de carte, tout s’écroule. Et c’est bien malheureusement le cas. Point n’est besoin de revenir sur ce que tout le monde sait déjà ; il y a toutefois un aspect qui, curieusement, semble échapper à tout le monde mais qui participe, d’une certaine manière, à l’éducation sociale des élèves et étudiants. C’est le style vestimentaire qui fout le camp comme l’amour pour le savoir scientifique.

        Il y a cinq ans, j’eus dans une classe de première D un garçon qui était devenu la risée de ses camarades, tant son pantalon était excessivement plaqué. On se demandait même comment il arrivait à l’enfiler ou à le retirer ; ce sont certains de ses amis qui répondirent à la question. C’était tout simple ; il enfilait au préalable n sachet plastique et celui-ci lui permettait de faire glisser aisément le pantalon par-dessus ! Quelle torture ! Quel martyr ! Quel stress chaque jour pour le port d’un pantalon ! Pourtant, à l’évidence, ces pantalons, ainsi cousus, ne présentent aucune perspective esthétique ! Pour être direct, ce n’est pas du tout beau à voir.

Hum ! Bon enfin, c’est ça qui est là !....

     Etranglés comme des momies dans ces tenues, les postérieurs finissent par blanchir très tôt et ils finissent par présenter l’image des arrière-trains de singes. Quand on y ajoute les bas ‘’sautés’’, le tableau devient effroyable, ridicule. Rien à voir avec les ports altiers des élèves que nos fûmes ! Il y a certes l’évolution mais ce n’est pas à tout qu’il faut s’accrocher dans la mode. Je voudrais partager ce soir une publication du professeur de lettres modernes Alger Ekoungoun de l’université de Bouaké sur la question. Je n’y retranche aucune virgule, tout simplement à déguster sans modération.

       ‘’L'habit ne fait plus l'élève d'aujourd'hui

Aux jeunes étudiants qui suivent ma page, je suis tenté de reprendre l'antienne qui veut que l'habit ne fasse pas le moine. Mais le moine se reconnaîtra de loin par son habit. Au fil des ans, je vois des élèves habillés de morceaux de tissu dans des coutures avares : des pantalons massant les tibias aux jupes aguichantes, à chaque élève, son "tapement de style". Sur les campus, j'en rencontre qui pensent s'habiller mais qui me laissent une bien mauvaise impression.

Je suis de la génération des Antoine Wada dit Djo Balard, Papa Wemba, Rapha Bounzeki, Jocelyn Armel, dit « le Bachelor », de Ben Moukacha et autres papes de la S.A.P.E (Société des Ambianceurs et des Personnes Élégantes). Ma jeunesse a baigné dans ce mouvement originaire du Zaïre (RDC aujourd'hui) calqué sur le dandysme du 19e siècle anglais. Je fais aussi partie de la génération d'élèves ayant porté le "bleu-blanc", cravate en soie, souliers ferrés et cirés à la perfection, tous les samedis pour aller en cours ou accueillir une autorité en visite à l'école ou en ville. Je suis un produit des défunts CEG (Collège d'Enseignement Général). Au CEG de Dimbokro, j'ai eu des éducateurs qui se postaient, chaque heure, aux portails pour traquer nos irrévérences vestimentaires.

       Un lundi matin, alors que j'étais en retard, je me suis maladroitement fourré. Le pan inférieur de ma chemise descendait sur mon pantalon. Cela n'a pas échappé à l'œil inquisitorial de notre éducateur qui m'attendait au portail. J'y ai été cueilli à froid et mis à genou au drapeau, sous le dur soleil de Dimbokro, parce que non seulement ma chemise kaki débordait par dessus mon pantalon mais elle n'était pas repassée ce jour-là. Pour la petite histoire, le dimanche, la veille, je m'étais laissé aller aux cascades fantastiques d'un certain John Wayne en pleine gloire (célèbre acteur de ces westerns dont je raffolais les dimanches, et qui me faisaient détester les peaux rouges jusqu'à ce qu'un jour, je comprenne que les Indiens, envahis par les Yanquis, ne faisaient que défendre leurs terres, une posture de résistance que j'ai comprise plus tard mais qu'Hollywood avait réussi à diaboliser).

….des jean’s si ''bad'', n’y a-t-il pas mieux que ces haillons ?


      Le western m'avait tellement passionné qu'après, emporté dans mon zèle du débriefingueur en chef de ma bande de copains de quartier, j'avais oublié de repasser mon complet kaki au vieux fer à charbon. Le lendemain, arrivé débrayé au CEG, j'ai été choppé net et mis à genou au drapeau jusqu'à 10h alors que mes condisciples étaient en classe. Quelle honte !!! J'en ai été profondément marqué. Depuis ce jour, j'ai pris la ferme résolution d'être irréprochable dans ma tenue vestimentaire et surtout de repasser mon kaki. Je n'y manquais pas de dessiner, dans le dos de ma chemise, les fameuses lignes de plis qui étaient très tendance à l'époque. Je prolongeais toujours avec le fer à charbon les "pinces" créées par le couturier de part et d'autre du pantalon.

         C'est maintenant que les élèves bastonnent leurs éducateurs. Sinon, je vous parle de nos années collèges où certains de nos éducateurs étaient de véritables Sagone (Isaura, la petite esclave). Est-ce qu'on pouvait ‘’zailler’’ un peu même devant eux ? ‘’kpatrali’’ de ça-là, ça se vit, ça ne se raconte pas. Donc toi, oui, toi le jeune écolier, élèves et étudiants, tu n'as peut-être pas connu cette génération d'éducateurs de collèges ou de lycées qui faisaient quotidiennement le pied de grue au portail pour contrôler, avec une rigueur bénédictine, votre tenue scolaire; vérifier si elle était normée ou pas. Continue ton lourd comportement vestimentaire à l'école, faut taper tous les styles que tu veux, mais viendra le jour où tu rencontreras certainement des recruteurs ou des partenaires d'affaires. Ceux-là te jugeront par ta tenue selon qu'elle sera bien ou mal dressée. Ce jour-là, tu comprendras que bien s'habiller ne doit pas être une exception, mais une règle de vie qui vaut toujours son pesant d'or. Que notre lumière soit’’. Pour finir, méditons cette citation de Alexander McQueen : ‘’La mode doit être une forme d'échappatoire, et non une forme d'emprisonnement’’

        Frederic GNEZE

Content created and supplied by: FredericGneze (via Opera News )

alger ekoungoun

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