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Le pagne tradi-moderne "AdooKofi", une innovation au service de l'artisanat d'Art

Sorti de l'atelier Textile des Beaux-Arts d'Abidjan en 2002, Monsieur Adou Koffi Jean Marie est Professeur d'Arts Plastiques au Lycée Scientifique de Yamoussoukro. Ici, il met son talent d'Artiste au service de la population Ivoirienne à travers le pagne. Du fil au produit fini, le pagne entre les mains du professeur prend une forme et des couleurs assez spéciales. Il lui donne une marque, un label, celui de son nom : Adookofi.

Rencontré ce jeudi 15 juillet à 16h à Morofé, le décorateur textile nous explique dans les moindres détails son expérience.

"A l'origine, nous dit-il, j'ai voulu aller vite sans compter avec les difficultés et les imprévus.

Actuellement, je travaille avec des tisserands avec qui je partage la même vision. Parce que (il faut le dire) je ne peux pas tout seul produire une grande quantité de pagnes de qualité pour satisfaire la demande. C'est vrai que le début a été très difficile car il fallait trouver la main d'œuvre qualifiée. Et cette main d'œuvre là, ne court pas les rues dans ce domaine et n'est pas non plus bon marché."

C'est pourquoi, à un moment donné, nous confie-il, "j'ai fait venir des jeunes de certains villages environnants. A ces jeunes, j'ai donné gratuitement la formation dans le tissage aux fins de leur apprendre ma technique. Je les logeais sur place ici et les prenais entièrement en charge sans qu'ils ne déboursent un sous. Dans le processus, il était convenu qu'à termes, je les embauche dans mon atelier pour la production des pagnes ici à Yamoussoukro."

Poursuivant, il nous informe que malheureusement, ces derniers n'ont pas été patients et encore moins, ils n'ont pas tenu leur parole. A terme, ils l'ont quitté et se sont retrouvés dans un village avec d'autres tisserands. Après cette expérience douloureuse, il n'a pourtant pas désespéré. Il a formé d'autres jeunes avec qui il travaille aujourd'hui. A côté d'eux, il a ajouté d'autres tisserands de Konankoffikro, N'dèbo et Sakiaré. Dans ces villages, il a constitué des points relais pour la formation et la production. A chaque tisserand, il donne un certain nombre de fils à tisser et à lui rendre dans un délai d'une semaine moyennant une prime de performance. Organisés par ses soins dans ces villages, il leur permet de travailler en équipe pour se prendre en charge. Son concept est une véritable innovation.

Au-delà de la formation, il s’agit pour lui d’outiller les apprentis de techniques tant pratiques que théoriques et de leur permettre une certaine autonomie pour une prise en charge totale dans la vie active. Pour l’heure, le choix de Yamoussoukro est un prétexte pour le maître du pagne en vue de promouvoir le pagne traditionnel ivoirien à court, moyen et long terme.

A Konankoffikro, il a cinq titulaires tisserands ainsi qu'à N'dèbo. Ce qui lui fait dix titulaires pour son unité de production. Quant aux volontaires, cela dépend de ses commandes.

Pourquoi le choix de ces localités ?

Le choix de ces localités est le fait de la providence, un concours de circonstances. L'un de ses collaborateurs Brou Maruis, installé à N'dèbo coordonne pour lui les activités de façon locale. "Il est mon relais", nous dit-il. C'est lui qui a ce petit secret au niveau traditionnel à rendre textuellement le pagne tel que voulu.

Depuis combien de temps exerce-t-il cet art ?

M. Adou a démarré ce projet depuis 2012. A l'origine, il était au 220 Logements, non loin du Lycée Scientifique. Mais depuis 2016, il est installé à Morofé-Becanty non loin de 24 ampoules.

Comment se font les pagnes Adookofi ?

Dans ce concept, tout est entièrement fait à la main, et ce, du début à la fin.

Qu'est-ce qui caractérise ses créations ?

En tissage, nous explique-t-il, "il existe trois types de décoration : la décoration avant tissage, la déco pendant tissage et la déco après tissage. Chez les baoulés, ils font la décoration avant et pendant le tissage. Ils ne font pas la déco après tissage."

A son niveau, il fait la déco avant, pendant et après tissage. L'après tissage est l'impression des motifs sur le pagne déjà tissu et monté.

Pour Adou, le second élément particulier est la qualité du fil utilisé. Il a supprimé la laine de son tissage. En lieu et place de la laine utilisée dans le pagne baoulé, lui, il utilise un autre type de fil fin et résistant.

Le troisième élément est la longueur du pagne. La longueur de ses pagnes est d'un minimum de 1,95m. Cette taille permet à chacun d'y trouver son compte.

La quatrième caractéristique du pagne Adookofi se situe au niveau de la technique de teinture. Le pagne baoulé utilise la teinture au froid alors que le professeur Adou, utilise la teinture au chaud. "Ce qui fait que mes pagnes ne dégorgent pas" précise-t-il. "Aussi, je n'utilise pas le galet" (bleu nuit).

Il remarque ici qu'il s'est inspiré de la technique de tissage local et a apporté sa touche personnelle à travers le choix des couleurs, la qualité des matériaux car, fruit de l’école nationale des beaux-arts, c’est sa contribution à l’essor du pagne traditionnel.

Le tissage est un domaine pourvoyeur d’emploi. A ce sujet, il interpelle les autorités à ce qu’elles s’impliquent davantage pour soutenir de tels projets. Il y va du développement de notre nation. A l’endroit des jeunes, l'artiste insiste en leur disant que personne ne fera leur bonheur à leur place.

M. Adou s’investit jour et nuit, en dehors des heures de cours, dans le design textile qui a donné naissance à ce projet de création d’un Centre des Métiers du Textile Traditionnel Appliqué (CMTTA). Il entend ainsi contribuer sans relâche à une occupation saine de la jeunesse et aussi et surtout à une absorption du chômage dans la région.

Petanlan.

Content created and supplied by: Petanlan (via Opera News )

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