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La politique et le politique

Les sujets politiques passionnent et mobilisent les citoyens, bien davantage que les élections et les campagnes... Comment le politique, cette propension naturelle à vivre avec autrui, n’est-il pas toujours suivi d'un intérêt pour la politique ?

Dimanche 28 juin, aura lieu le second tour des élections municipales.

Malgré ma courte vie d’électrice et ma curiosité variable pour le sujet, je crois que c’est l’une des premières fois où j’en entends aussi peu parler.

Certes le contexte est inédit… mais je me demande : alors que les sujets politiques ne manquent pas, ni les mobilisations, pourquoi la politique telle qu’on la connaît faite d’élections et de campagnes, n’intéresse plus grand monde ? Serait-on en train d’assister à une transformation de la politique telle qu’elle se fait et telle qu’on la connaît ?

Distinction philosophique

En philosophie, rien de plus vaste que la politique. Déjà, parce qu’en philosophie, on ne parle pas que de “la” politique qui concerne à la fois le fonctionnement concret des institutions et la direction donnée au gouvernement des citoyens, on parle aussi, et parfois avec snobisme, “du” politique, défini sobrement mais ambitieusement comme “le fait politique” ou “la chose politique”.

Autrement dit, on distingue ce qui relève de l’action (régime, élections, parti, gouvernement, etc) et ce qui relève de l’être politique.

A cet égard, Aristote, dans son livre bien nommé Les politiques, évoque ce lien naturel entre les hommes : l’homme est un animal politique, nous dit-il. On peut tout à fait discuter cette thèse, la reformuler, et se demander si, par nature, l’humain est un être politique ou pas, lié ou pas à l’autre, l’histoire de la philosophie politique est en partie le témoignage de cette discussion.

Mais ce qui m’a toujours frappée avec cette thèse, et encore plus, quand je vois le désintérêt actuel pour les élections, les partis ou les parlements, c’est moins sa validité que son prolongement concret en une politique.

Comment le politique, c’est-à-dire cette propension naturelle de l’humain à vivre avec son semblable, n’est-il pas toujours suivi d’un intérêt pour la politique, pour ce qui organise cette vie avec son semblable ? Pourquoi “le” politique ne s’articule pas toujours bien avec “la” politique dans nos esprits ? Qu’il s’agisse des citoyens ou des chefs d’Etat, pourquoi cette nature politique n’est-elle pas plus présente ? N’aurait-elle jamais existé, le politique serait-il seulement une affaire d’intellectuels et de concepts, ou ne trouverait-il pas dans la politique de quoi s’épanouir ? 

Le désintérêt présupposé des citoyens

Pour expliquer le désintérêt des citoyens pour la politique, on a développé moult théories, plus ou moins valables, plus ou moins rabachées et plus ou moins de comptoir : l’individualisme des sociétés démocratiques, la démocratie représentative, les changements d’échelle avec la mondialisation qui éloigne la politique des citoyens, l’apathie des passions politiques, les chefs d’Etat qui seraient tous des pourris ou variante “tous les mêmes”, le fait que les institutions soient datées et compliquées, ou la responsabilité des médias…

Bref, m’est avis qu’elles sont toutes intéressantes. Mais qu’elles reposent toutefois sur un présupposé bizarre : le désintérêt des citoyens pour ce qui est politique.

Les citoyens sont-ils si indifférents, apathiques que ça, en ce qui concerne la vie en communauté, la vie avec les autres ? D’où vient cette idée paradoxale qu’un citoyen serait par essence un être politique mais pas intéressé par la politique ? Quand on voit les initiatives individuelles pendant le confinement, la solidarité durant cette crise, les Gilets jaunes, les mouvements de grève et aujourd’hui, les soulèvements face aux violences policières, j’ai bien du mal à comprendre cette idée. 

En-deçà ou au-delà de la politique

Je crois ainsi que le paradoxe est là : on discute le penchant naturel de l’homme à être un individu sociable et social, politique, mais on s’interroge moins sur la possibilité d’écouter et de prolonger concrètement ce penchant premier.

Aujourd’hui, tout semble la faute des citoyens pas politisés, mais n’est-ce pas la politique le problème ? La forme qu’elle doit prendre, son articulation avec la nature des hommes et des femmes, leurs centres d’intérêts, leurs luttes, leur quotidien ?

Qui peut s’intéresser à des élections aujourd’hui, quand les citoyens, entre la lutte pour le climat, le racisme, les mouvements féministes ou la crise sanitaire, ont d’autres chats politiques à fouetter ? Quand ils ont fait émerger cette nature foncièrement politique, leur penchant politique, en-deçà ou bien au-delà des institutions politiques ? 

Ce qui change, c’est donc ce politique qui se fait entendre, qui se montre, qui prend la forme de marches et de manifestations humaines, ce politique qu’on croyait mou et individualiste, qu’on pensait même discutable et inexistant. Ce qui devrait changer, c’est donc LA politique sous cette forme, plus vraiment d’actualité. 

Content created and supplied by: benito15 (via Opera News )

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