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Après l'opération Barkhane, la France tente un autre coup au Mali

Après le sommet du 16 février 2021 à N'Djamena qui a réuni les chefs d'État du G5 Sahel, le président français Emmanuel Macron convoque une deuxième rencontre, vendredi 9 juillet 2021. Elle se fera par visioconférence. Ce sera aussi le premier sommet pour le nouveau président nigérien récemment investi, Mohamed Bazoum aux côtés de M. Macron. Le président français avait annoncé le 10 juin dernier, la fin très prochaine de l'opération Barkhane. Elle sera remplacée par "Tabuka", l'opération avec des soldats africains et européens, mise en place progressivement depuis 2020. Ce sujet sera le principal menu des échanges.

Ainsi, la lutte contre le terrorisme par l'État français se fait curieusement jusque sur les territoires de ses anciennes colonies. Et elle prend des chemins tout aussi sinueux que loufoques, surtout, son attitude au Mali montre que la traque peut se faire en maniant le bâton et la carotte. Essayons de comprendre depuis le début.

(Des soldats français en patrouille)

Le 17 janvier 2012, lorsque les groupes indépendantistes et salafistes ont occupé le nord du Mali, c'est la France qui a décidé (en vertu des accords de coopération) de venir aider militairement Bamako. Ce qu'elle a fait, à travers l'opération Barkhane (ex-Serval), en janvier 2013, avec l'appui de l'ONU. Mais l'affaire est vite devenue un bourbier. Parce que, même si des groupes djihadistes liés à Al-Qaïda ont été chassés en grande partie, des zones entières échappent encore au contrôle des forces militaires conjointes.

C'est dans ce contexte que l'accord de paix de juin 2015 a été signé avec les groupes insurgés. Mais il est régulièrement violé par les bandes d'individus enturbanés qui veulent y établir un État islamique ainsi que leur loi. Malheureusement, l'armée malienne est mal équipée, n'a pas de bons renseignements et les attaques djihadistes font des nombreuses victimes dans leurs rangs. Tout comme au sein des populations dont certaines, de guerre lasse se sont finalement constituées en groupes d'autodéfense. Les soldats maliens ont donc voulu prendre leurs responsabilités, pour ne plus dépendre des décisions des autorités civiles. D'où le double coup d'État militaire qui a porté le Colonel Assimi Goita à la tête du pays. Sauf que la France n'a pas apprécié cette façon de faire et voudrait que la transition soit assurée par une personnalité civile. Le sommet de la CEDEAO n'a pas réussi à faire plier les soldats maliens. Sinon, à concéder la primature à un civil, en l'occurrence Choguel Maïga.

(Le Colonel Assimi Goita, président de la transition malienne)

Emmanuel Macron a réagi en disant, en substance, que si c'est comme ça (pour parler comme monsieur-tout-le-monde) son pays va suspendre ses opérations militaires et pourrait s'en laver les mains. Ce qui veut dire que la France va laisser les Maliens se débrouiller seuls avec les rebelles touaregs, le tout sur fond de conflits ethniques entre des populations locales. En somme, un bon gros merdier. Pourtant, tout le monde a remarqué que la France n'a pas eu la même réaction lorsque les militaires ont pris le pouvoir au Tchad après le décès tragique d'Idriss Deby Itno.

À peine un mois s'est écoulé. L'Élysée a informé que la France reprend ses opérations au Mali, là où elle les avait laissées. On ne sait pas qui est allé lui demander pardon, mais avouons que c'est tout de même curieux. Que s'est-il passé entre ces deux discours ? Bien malin qui le saura.

En même temps que Paris affirme qu'il n'a aucun intérêt économique dans ce vaste pays désertique d'Afrique de l'ouest (182ème au classement mondial de l'indice de développement humain en 2018), il se montre préoccupé par ce qui s'y déroule. Selon le Quai d'Orsay, en 2010, le Mali n'était qu'au 165ème rang sur la liste des partenaires économiques de la France. La Chine par exemple en a beaucoup plus, et c'est la raison qui expliquerait qu'elle n'a pas fait de blocages dans cette affaire, contrairement à la crise syrienne. Outre l'intérêt de la Chine (pour le pétrole), elle est présente dans le secteur du bâtiment et le marché des infrastructures. Entre-temps, il faut composer avec un troisième invité surprise, la Russie.

(Plus de 5 000 soldats français sont déployés pour l'opération Barkhane)

Sur les ambitions plus ou moins cachées de la France, son intervention au Mali pose question, puisqu'en se basant sur la lutte contre le terrorisme en amont, d'autres composantes du conflit semblent masquées. 

Voilà en effet plusieurs années que les rebelles touaregs tentent de récupérer la partie nord du pays où se trouvent d'importantes réserves pétrolières. C'est la cinquième rébellion touarègue contre le Mali à laquelle l'on a assisté, le 17 janvier 2012. Déclenchée par le groupe indépendantiste du MNLA et les salafistes Ansar Dine, il a été rejoint par les djihadistes d'AQMI et du MUJAO. Aujourd'hui, les affrontements armés se sont mués en guérilla avec la pose des mines et des attentats.

(La présence des forces françaises au Sahel, avec une base logistique à Abidjan)

La France dit qu'elle intervient au Mali davantage pour protéger ses intérêts économiques dans les pays voisins. Au Niger notamment, l'uranium est primordial pour l'industrie nucléaire française. Par exemple, l'entreprise Areva (devenue Orano, depuis 2018) exploite des mines d'uranium dans ce pays. 

Officiellement, il s'agit pour la France de "lutter contre le terrorisme, restaurer l'intégrité du territoire et amorcer le retour de la démocratie" au Mali. Initiative salutaire. Mais après, peut-on faire le bonheur d'un peuple malgré lui ? Simple question.

Content created and supplied by: Fatogoma (via Opera News )

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