Sign in
Download Opera News App

 

 

Procès à Paris du bombardement de Bouaké : le témoin-clé a disparu

Souvenons-nous. C’était il y a un peu moins de 17 ans, en novembre 2004. Le président ivoirien de l’époque, Laurent Gbagbo, las de subir le chantage de la rébellion armée qui avait occupé le nord de son pays, lançait l’opération “César” (communément appelée opération “Dignité”) visant à démanteler les infrastructures militaires et logistique de l’insurrection. Une opération brutalement stoppée par l’armée française après l’étrange bombardement, par un pilote biélorusse travaillant officiellement pour l’aviation ivoirienne, d’une base-vie militaire hexagonale à Bouaké, la deuxième ville ivoirienne, dans le centre du pays tenu par la rébellion. Un bombardement qui a entraîné la mort de 9 soldats français et d’un civil américain, puis une quasi-guerre franco-ivoirienne et une tentative apparente de coup d’Etat contre Laurent Gbagbo.

Contre toute attente, l’Etat français a alors tout mis en oeuvre pour empêcher la manifestation de la vérité dans cette affaire. Il a notamment laissé filer les pilotes biélorusses travaillant pour l’Etat ivoirien, via la société d’un ancien gendarme français, Robert Montoya. Mais d’autres obstacles ont également été posés sur le chemin des juges d’instruction successifs. C’est ce qui explique que le procès des assassins supposés des neuf Français et de l’Américain n’aura finalement lieu qu’à partir de ce lundi.

Si l’on en croit Jean Balan, l’avocat des familles de certains militaires français morts à Bouaké, ce procès sera celui des “lampistes”. Et pour cause : aucun des deux pilotes biélorusses susceptibles d’avoir jeté un panier de missiles sur une base-vie française ne sera présent. Le copilote ivoirien cité, Patrice Ouei, ne sera pas là non plus - son collègue Ange Gnanduillet est mort le 25 février 2016.

Pire : le Français Robert Montoya, l’employeur des mercenaires biélorusses prêtés au gouvernement ivoirien, ne sera pas là non plus, comme l’indique dans sa dernière édition Le Journal du dimanche. Cet ancien gendarme au profil trouble, ancien de la cellule des écoutes de l’Elysée - sous Mitterrand - a étrangement… disparu. “Lundi, l'ombre de ce fantôme de la Françafrique planera sur la cour d'assises de Paris”, écrit le Journal du dimanche (JDD), basé à Paris. Qui rappelle que selon l’avocat Jean Balan, “l'attaque de Bouaké serait le produit d'un plan franco-français décidé au plus haut sommet de l'Etat (sans que la mort des soldats français ait été préméditée) avec pour finalité de débarquer Laurent Gbagbo. Et dans ce dispositif, Montoya aurait été une pièce maîtresse”.”Pendant des années, il a été l'homme à tout faire de la France en Afrique", insiste en effet Jean Balan.

Les indices qui plaident en faveur de l’hypothèse d’une protection en haut lieu de Robert Montoya abondent. “Avant son départ en 2006, ­l'ancienne juge aux armées Brigitte ­Raynaud avait formulé un mandat d'arrêt contre Montoya. Il ne sera jamais lancé”, rappelle le JDD. "J'ai demandé mille fois qu'il soit entendu, ce n'est pas arrivé", s’étrangle Me Balan, cité par le JDD. Et pourtant,  “des dizaines de pages du dossier d'instruction lui sont consacrées”, avec une minutie de détails qui indique qu’il a été considéré comme un des principaux suspects par les juges d’instruction successifs.

Où est donc passé Robert Montoya ? “Aujourd'hui, l'ex-gendarme a disparu. Il ne vit plus au Togo. Certains affirment qu'il passe du temps dans le sud de la France. Une autre source le localise en Algérie. Sauf énorme coup de théâtre, il ne devrait pas dans les trois prochaines semaines s'approcher de Paris et du procès, où il est pourtant cité comme témoin. Il va rester là où il a toujours été le plus à l'aise, dans l'ombre”, écrit le JDD. Les mystères de la Françafrique sont impénétrables.

Théophile Kouamouo

Content created and supplied by: ThéophileKouamouo (via Opera News )

paris procès

COMMENTAIRES

Chargez pour lire plus de commentaires