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Limitation de l’âge des candidats : le vrai-faux débat qui ne peut pas régler le problème ivoirien

Henri Konan Bédié, Laurent Gbagbo, Alassane Ouattara sont les trois (03) grandes figures qui cristallisent la scène politique ivoirienne depuis la disparition du président Félix Houphouët-Boigny. Aujourd’hui après toutes les crises que le pays a connues des voix s’élèvent pour souhaiter que ces leaders prennent leurs retraites politiques.

C’est en 2016 qu’à la faveur de la révision constitutionnelle que le verrou fixant une limite d’âge, initialement établi à 75 ans, a été levé. Certains observateurs trouvent aujourd’hui que ce fut une erreur de faire sauter cette disposition constitutionnelle. Au nombre de ceux qui appellent de tous leurs vœux la mise au repos des « trois grands » figure en pole position le journaliste et élu local Assalé Tiémoko. Pour lui en effet depuis 30 ans, ces trois (03) personnalités politiques ont pris en otage le peuple ivoirien et la donne doit pouvoir changer désormais.

Le journaliste Assalé Tiémoko n'est pas le seul à adopter cette posture. Et bien des arguments militent en faveur d'une volonté de voir les trois figures de proue de la politique ivoirienne et aussi acteurs des crises que le pays a connu ces dernières années, prendre le repos politique. Le débat a donc sa dose d’objectivité. 

Mais un autre débat demeure. Le passage du flambeau à une nouvelle génération politique en Côte d’Ivoire, règle-t-il nécessairement le problème dans notre pays ? Bien de réserves peuvent être émises. Le problème aujourd’hui en Côte d’Ivoire n’est pas tant le départ de ces trois (03) figures belligérantes. Bédié, Ouattara et Gbagbo sont incontournables dans leurs partis. C'est vrai. Mais le problème, c'est la revendication et le prolongement de leur héritage politique. Le départ à la retraite politique de Henri Konan Bédié ne signifierait jamais que le PDCI-RDA a oublié le renversement dont il a été victime en 1999. La nouvelle génération, aura-t-elle tendance à renoncer aux acquis et à la philosophie politique du sphinx de Daoukro, mésestimant la volonté de retour du PDCI-RDA au pouvoir comme rétablissement de la justice ? Ce n'est pas fort à parier. Le départ à la retraite politique d’Alassane Ouattara, ne pourrait pas signifier qu’au RHDP l’on fera table-rase de la trajectoire et perception politiques et socioéconomiques du fils de Kong. Est-ce que ce départ changera la perception des militants du RHDP au sujet des adversaires d'Alassane Ouattara ? Le départ à la retraite politique de Laurent Gbagbo ne signifierait pas qu'au FPI, on désavoue ce père fondateur ? Charles Blé Goudé, qui est de loin l'un des potentiels héritiers de la philosophie politique de Laurent Gbagbo, a d’ailleurs annoncé la couleur. C'est en mai 2019 que le leader du COJEP affirmait que la conclusion de Laurent Gbagbo serait lui son introduction. C'est dire que faire disparaître les trois grands de la politique ivoirienne pour l'image symbolique n'est pas une solution. Leur ombre planera toujours sur le destin de la Côte d'Ivoire.

Souvent, on feint d'oublier que si cette logique de division perdure, c’est parce que les trois grands ont derrière eux des partisans qui croient dur comme fer que seuls leurs mentors actuels ont la recette magique qui peut sortir le pays de l’auberge. Sinon que la Côte d'Ivoire compte pas moins de 100 partis politiques. Mais pourquoi les autres acteurs n'arrivent pas à représenter des alternatives crédibles aux yeux des populations ? Pourquoi les contractions internes au sein de ces partis n'arrivent pas à prospérer ?

C’est cette logique ternaire de belligérance et de qualification systématique de l'adversaire politique comme ennemi qu’il faut déconstruire avant de réussir la marche vers un renouveau politique en Côte d'Ivoire. Le nouvel ordre politique en Côte d’Ivoire ne peut pas prospérer sur la plage de la revendication d'un héritage politique entretenant une logique de division et de règlement de compte. Il faut travailler au changement de la rhétorique politique en Côte d’Ivoire avec les 3 leaders ou leurs héritiers. Sinon, l’enlisement sera entretenu pendant encore longtemps après eux. À moins que les partis des trois grands ne s’éclatent à leur départ pour donner du neuf, les mettre au garage n'est pas nécessairement la solution.  


 

Dégnimani Yéo

Content created and supplied by: Dégnimani_Yéo (via Opera News )

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