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Société : histoire secrète des maisons inachevées de nos villes et villages

Les maisons inachevées font, par endroits, partie des décors dans certains quartiers des villes, mais surtout dans les campagnes où leur présence sonne comme une triste rupture des projets de construction immobilière. Elles ont une histoire secrète où se mêlent à la fois révolte, tristesse, peur et compassion.

Dans les villes, ces maisons dont les constructions sont stoppées découlent de transactions malencontreusement menées.

Monsieur G.Z. H. habitant d’un quartier de la ville de Gagnoa, raconte sa mésaventure et conclut en ces termes :

« On m’a dit que celui qui a fait un mauvais achat, paye deux fois! ».

Et pour la deuxième fois où il devra acheter le même terrain pour continuer les travaux de sa maison, le « propriétaire terrien » en a doublé le prix parce que dira-t-il, « le terrain est maintenant au milieu du quartier », d’où une plus-value lui est appliquée.

Sur ce sujet, l’exposé de « La Tribune de la Chambre Administrative » n° 02 de juin 2014 est très éloquent :

« Cet état de choses engendre un extraordinaire imbroglio dans lequel il est malaisé de se retrouver. Les ‘’propriétaires’’ se superposent sur les mêmes terrains du fait de l’échafaudage et de l’enchevêtrement des droits obtenus auprès de différentes autorités en conflit ou selon des procédures en déphasage avec la réglementation. Les revendications et les droits fonciers s’entrechoquent et installent l’incertitude et l’insécurité sur la scène foncière. »

En revanche, dans les campagnes, si les décors sont les mêmes, les raisons sont tout autres.

Ici, les travaux des maisons sont stoppés souvent pour cause de décès des jeunes cadres qui entreprennent ces travaux. Et là, comme raison avancée, nous tombons dans le sempiternel sujet de sorcellerie qui a cours dans les villages.

Les témoignages, même s’ils ne s’accompagnent pas de preuves susceptibles de permettre l’ouverture d’informations judiciaires, sont nombreux. A cela, un autre phénomène semble émerger, celui des personnes qui empoisonneraient ceux qui veulent construire ces maisons modernes.

Dans tous les cas, quelles que soient les raisons, la triste réalité est là : des maisons sont par endroit envahies d’herbes dans les villages, abandonnées.

On en retrouve qui ont déjà les tôles posées, certaines qui n’ont ni portes, ni crépies, mais habitées par les parents des jeunes cadres décédés, qui avaient espéré mieux. Ou encore cette bâtisse inachevée qui se présente comme un gigantesque entonnoir ouverte sur le ciel.

Nous sommes donc face à un vrai problème de société avec ses conséquences multiples.

Cependant, dans le premier aspect que nous avons soulevé et qui concerne les villes, tous les acteurs dans les transactions foncières sont, chacun à leur niveau, coupables. « La Tribune de la Chambre Administrative » que nous avons citée plus haut semble donner quelques raisons :

« La rareté des terrains urbains dans les communes d’Abidjan et dans les grandes villes de la Côte d’Ivoire amène certaines personnes, déterminées à devenir propriétaires terriens coûte que coûte, à user de faux documents pour se faire délivrer des titres d’occupation au détriment des attributaires, concessionnaires ou propriétaires de droit. »

Comme résolution du problème, une bonne culture de civisme, d’honnêteté et d’organisation structurelle peuvent venir à bout de cette situation.

Mais cela devient un peu plus difficile dans les campagnes où entre autres raisons évoquées, des considérations d’ordre anthropomorphique se mêlent au vécu des jeunes cadres désireux de construire chez eux une maison.

Sur ce point, peut-être, la solution viendra du ciel.

Ouraga Dali Constant

Content created and supplied by: OuragaDConstant (via Opera News )

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