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Suppression de l’ENA en France / Vincent Toh Bi Irié évoque son désarroi et donne des solutions

L’ex préfet d’Abidjan, Vincent Toh Bi Irié, réputé pour ses sorties remplis d’enseignement et de sagesse. Aujourd’hui 20 Avril 2021 Vincent Toh Bi Irié refait surface sur les réseaux sociaux a travers une nouvelle publication qui aborde la suppression de l’ENA en France.

 « Pour commencer, ne vous moquez pas de ces photos . Ce sont juste des photos d’illustration. C’était il y a 25 ans (1996) quand nous étions à l’Ecole Nationale d’Administration, au milieu de nos rêves, de nos illusions et de notre innocence vis-à-vis de la vie à venir et des responsabilités que nous assumerions. Nous fûmes jeune et très très mince.


J’étais Énarque ... Ne le suis-je plus ?


Il y a quelques jours , j’ai reçu un grand choc quand j’ai appris au journal télévisé que l’ENA DE FRANCE SERA SUPPRIMÉE ET REMPLACÉE PAR UN INSTITUT.


Pour comprendre le choc, sachez que l’ENA de France a produit 04 Présidents de la République Française et 22 Premiers français. Cette comptabilité serait vertigineuse si l’on y ajoutait les Présidents d’institutions, Présidents de Partis politiques, Ministres, hauts fonctionnaires que l’Ecole a produits pendant des décennies. » a-t-il relevé.


De facto, Vincent Toh Bi Irié ce dit très attristé face cette nouvelle car lui même étant un Énarque. « Nous serons encore plus tristes si nous dressons la longue liste des hauts fonctionnaires africains qui ont été formés dans cette précieuse matrice.


Vous imaginez le drame pour nous qui avons si fièrement porté la flamme : “je suis Énarque” , avec le torse bombé d’inutile orgueil.


La prestigieuse École en France à laquelle étaient adossés notre prestige et quelques fois notre arrogance n’existera plus sous sa forme actuelle. » a-t-il déclare pour exprimer son désarroi.


De plus, l’ex préfet d’Abidjan, Vincent Toh Bi Irié fait une approche sur l’argument de la suppression de l’ENA en France et aborde la déficience de l’administration Africaine de par son expérience personnelle. « Ce qui m’a le plus surpris, c’est l’argument à la base de cette future suppression: l’ENA de France ne répondrait plus aux besoins de l’Administration des temps modernes, serait en déphasage des nécessités de réformes et de l’évolution française.


Par ailleurs, les Énarques français seraient accusés de ne pas favoriser une administration ouverte, à la pointe du progrès , préoccupés qu’ils seraient à maintenir les privilèges au sein de leurs “castes” respectives plutôt qu’à accompagner et à encadrer les aspirations nouvelles et exigences des populations.


Le conservatisme excessif des Énarques français, élites renfermées sur elles comme une École ésotérique travaillant beaucoup plus pour ses membres que pour les communautés qu’elles sont censées servir, aurait irrité une partie des Français.


Pouvons-nous, Africains, qui avons hérité de l’Administration et des Lois françaises, rester indifférents à un tel débat en France, mais qui concerne également le développement général de l’Afrique ?


Ouvrons souvent des débats sérieux sur Facebook pour des questions impactant l’avenir de nos peuples.


Soyons humbles. Soyons modestes. La prétention de l’excellence exclusive nous perdra.


Certes, le continent a fait d’énormes progrès et d’importantes réformes visibles qui ont permis de faire la mutation de certaines administrations surtout techniques et financières. 


Mais le constat est tout aussi clair : l’âme de ces réformes n’a pas suffisamment coulé dans le corps de nombreux gestionnaires publics ou subalternes, d’où une appropriation deficiente d’initiatives publiques par les populations.


Le retard de l’administration dans sa capacité à embrasser le futur ou la modernité se manifeste simplement par le fait que la plupart des processus nouveaux dans les administrations publiques sont apportés par des entreprises privées et souvent même par des ONGs dans des secteurs vitaux, stratégiques et régaliens tels que la sécurité, la santé, la gestion territoriale, le traitement des données d’état civil , la surveillance des frontières, l’information citoyenne, l’Agriculture, etc .


De là se pose la question de l’intervention et de l’utilité des élites administratives justement formées pour anticiper sur les mutations de nos sociétés. » à relever Vincent Toh Bi Irié.


D’emblée le préfet hors grade, Vincent Toh Bi Irié aborde la solidité de l’administration ivoirienne et les fléaux qui l’a mine. D’où a-t-il affirmé : « La Côte d’Ivoire a pu résister au chaos dans certaines crises en raison de l’expérience administrative structurée que lui envient certains pays de la région.


Mais la relation populations-gestionnaires publics se détériore. Raisons ci-dessus en cause mais également les questions classiques de corruption, de racket, de favoritisme, de népotisme, de sous-performance, d’inefficacité, de ponctualité, de confiance et de ...proximité.


La population ivoirienne jeune dont la grande proportion est née dans les périodes de très forte crise politique et sécuritaire parle un tout autre langage et porte un regard différent sur ce que devraient être une Administration publique et des gestionnaires publics.


Les vagues d’attaques contre des symboles de l’Etat, l’incivisme maladif au cœur de la vie quotidienne, les critiques étalées sur les nouveaux réseaux d’information interpellent.


Il importe donc que les élites administratives, qu’elles soient Énarques ou pas, sortent de leur immobilisme, de leur lourdeur et fassent corps avec les mutations qui s’imposent. Mieux, elles doivent les devancer en débloquant dans leur esprit la pensée figée et les pratiques routinières que nous avons souvent peur d’interroger. » 


Pour terminer l’ Énarque, Vincent Toh Bi Irié donne des solutions pour résoudre les problèmes de l’administration ivoirienne et encourage l’état ivoirien à ne pas suivre la décision de la France sur la suppression de l’ENA. « (...) La confiance dans une administration efficace est la base de l’adhésion des populations dans toutes les initiatives publiques de développement. 


Il y a également le volet du bénéfice politique . La présence des gestionnaires publics sur le front des problèmes sociaux légitime aux yeux des populations les gages de la présence de l’autorité de l’Etat et toutes les actions à leur bénéfice. 


Si des gestionnaires publics/Administrateurs efficaces et supposés impartiaux disent aux populations : voici ce que le Gouvernement a réalisé dans vos régions , voici les progrès que nous avons réalisés , voici le niveau que notre pays a atteint, cela a beaucoup plus de portée et de crédibilité que lorsque ce rôle est dévolu à des Partis politiques naturellement partisans et récupérateurs.


Assurément, il faut réformer nos élites administratives. Pour ceux qui n’ont plus fait de mise à jour il faut les former. Il faut un nouveau pacte de confiance à construire même difficilement avec les populations. 


Nous sommes un pays trop jeune pour nous permettre de supprimer une école aussi prestigieuse que notre ENA, creuset de formation de nos futurs dirigeants. 


Rien n’arrive dans la vie d’une Nation au hasard . Tout se construit et s’obtient par la hardiesse des volontés (...). » a-t-il relevé pour clore ses propos.

Content created and supplied by: MrJack (via Opera News )

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