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Mamadi Doumbouya et le syndrome Moussa Dadis Camara

Les Guinéens ne tarissent pas d'éloges à l'égard du nouveau président, le Colonel Mamadi Doumbouya. Le "libérateur", "homme du peuple", "homme de pensée"... Tous les superlatifs y passent, pour qualifier l'auteur du putsch, investi officiellement chef de l'État le vendredi 1er octobre à Conakry. Dans une allocution télévisée, le colonel président a promis la nomination d'un Premier ministre "dans les prochains jours". Tout en annonçant des mesures sur la lutte anticorruption, ainsi que la tenue des élections présidentielles. 

C'est donc en tant que chef de l'État qu'il a pris part à la 63ème célébration de la fête nationale dans la capitale guinéenne, en s'offrant un bain de foule. Derrière ses éternelles lunettes fumées et dans son uniforme, Mamadi Doumbouya a été l'attraction dans les rues, monté sur un véhicule. Il a salué la foule, avant de disparaître. Quelques instants plus tôt, la célébration sobre a été marquée par le passage en revue des troupes et un dépôt de gerbes sur la place des Martyrs.

(La 63ème célébration de la fête nationale a eu lieu en Guinée le 2 octobre 2021)

Les populations semblent particulièrement apprécier le nouvel fort de Conakry. Chacune de ses apparitions est l'objet de liesse populaire, même s'il ne s'exprime pas dans la presse. Pour le moment. Au contraire d'un autre ex-putschiste, le Capitaine Moussa Dadis Camara, Président du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD). 

Après avoir pris le pouvoir suite au décès de Lansana Conté le 24 décembre 2008, ce dernier s'était autoproclamé président de la République de Guinée. L'arrivée au pouvoir du personnage, bouillant et exubérant, avait été saluée par la population chez qui il a suscité de l'espoir les premiers jours. Mais l'histoire d'amour avec la junte a tourné au vinaigre, suite à des dérives aux relents dictatoriaux de celle-ci. Surtout, lorsque le capitaine a renié sa parole en décidant de se porter candidat aux élections présidentielles. En manifestant son désaccord au stade de Conakry à travers un rassemblement, l'opposition a été dispersée dans le sang par les forces de l'ordre. Un carnage qui a fait au moins 157 morts et plus de 1 000 blessés. Des femmes auraient également été violées lors de cette sanglante répression.

(Les forces de l'ordre avaient déjà arrêté des personnes avant le rassemblement dans le stade, en septembre 2009)

Le "Dadis show" (comme les Guinéens avaient fini par surnommer les apparitions médiatiques de Dadis Camara) a fait le tour du monde. Une vidéo dans laquelle il sermonait un journaliste européen avait subjugué plus d'un. À travers cet homme, Moussa Dadis Camara accusait les "Blancs" d'exploiter l'Afrique. Excédé par son comportement, c'est son Vice-président Sékouba Konaté qui va finir par lui succéder. Blessé à la tête par balle en décembre 2009, Dadis Camara est évacué au Maroc pour être soigné, avant de s'exiler au Burkina Faso. 

Pour ce 63ème anniversaire de la fête nationale, les Guinéens l'ont célébré avec un autre militaire au pouvoir. Après six coups d'État dans ce pays d'Afrique de l'ouest. Le Colonel Mamadi Doumbouya a pris des mesures que le peuple semble particulièrement apprécier. Il s'agit notamment de la création d'un organe de contrôle et la moralisation de la gestion publique pour lutter contre la corruption, une des plaies incurables qui gangrène le pays. 

Pour l'heure, Mamadi semble focalisé sur ses objectifs et ne souhaite pas se laisser distraire. Dès les premiers jours de son installation au pouvoir, il a appelé l'opposition et la société civile à des concertations. Tout en rejetant, dans un communiqué, les mouvements de soutien à l'égard du Comité national du redressement et du développement (CNRD). Une façon sans doute de marquer son indépendance. «Je lance un appel solennel au peuple de Guinée dans son ensemble à saisir cette opportunité pour refonder notre nation forte, pendant cette période de transition. Nous devrions œuvrer ensemble pour poser les bases d'une société réconciliée et engagée pour son développement socio-économique durable au profit de tous», a-t-il déclaré dans son discours de prestation de serment, vendredi 1er octobre. Espérons qu'avec le dialogue politique, les fruits passeront la promesse des fleurs.

Content created and supplied by: Fatogoma (via Opera News )

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