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Après le discours du 6 août: Babily Dembélé parle à Ouattara, son frère de Kong

Le président de l´Alliance pour la République(APR) était à Bamako quand le Président ivoirien s'adressait à la Nation le 6 août. Rentré en Côte d'Ivoire, Babily Dembélé réagit à ce discours. Il parle à Alassane Ouattara en tant que son frère de Kong. Il donne également les nouvelles des 49 soldats ivoiriens arrêtés à Bamako le 10 juillet.

Monsieur Babily Dembélé, il y a exactement une semaine que le Président Alassane Ouattara a prononcé son discours à la nation à l´occasion des 62 ans de l´Indépendance de la Côte d’Ivoire. Quelle analyse à froid de ce message?

Le discours du Président de la République ne reflète en rien l´histoire de la Côte d’Ivoire. 60 ethnies sont restées ensemble pendant de nombreuses années sans coup d'Etat jusqu'à la mort d´Houphouët-Boigny. 

La Côte d'Ivoire a connu des soubresauts, des crises, comme la crise du Guebié qui a fait 4000 morts. Moi-même, j´ai été acteur de la réconciliation entre le Guébié et le PDCI-RDA. Et le peuple Guébié a pardonné. Nous avons connu la crise du Sanwi et le Sanwi a pardonné. En 1963-1964, nous avons connu l´arrestation des personnalités comme Gaoussou Ouattara qui est le frère aîné d´Alassane Ouattara, Lamine Diabaté, Mamadou Koné, Ernest Boka, Jean Konan Banny. Elles ont été arrêtées pour complot contre l´autorité de l´État mais trois ans après, Houphouët-Boigny s´est montré suffisamment grand et il a pardonné. C'est ce que je demande à mon frère Alassane Ouattara.

Je vais lui rappeler que ma grand-mère maternelle Madjeri Coulibaly est Sénoufo de Kong. Elle est morte en 1900 au Ghana où elle était allée pour fuir l´invasion de Kong par Samori Touré. Ce sont mes ancêtres paternels qui sont de Kouto. Donc je suis bien son frère et donc j´ai le devoir de lui parler en tant que frère. La troisième femme de son grand-frère Gaoussou Ouattara, Mariam Dembélé est ma sœur donc on doit se parler familièrement.

Pourquoi rappelez-vous tout ça?

Je rappelle tout ça parce que nous traversons depuis 1993, des crises assez difficiles et jusqu'à ce jour, il n´y a pas eu un véritable pardon. Or une des clés pour sortur de cette longue crise cnest de tenir compte de l´histoire de la Côte d’Ivoire et des liens familiaux.

En 2001, Laurent Gbagbo a organisé le Forum de la réconciliation nationale. J´étais conseillé de Seydou Diarra et nous avons planché sur toutes les questions et cela a abouti à l´octroi du certificat de nationalité à Alassane Ouattara dont la nationalité constituait l´une des raisons de la crise ivoirienne. C'était un acte de pardon.

Laurent Gbagbo a été envoyé à La Haye, il en est revenu blanchi mais ici on fait tout pour le salir. Il est arrivé, il est allé saluer Alassane Ouattara, c'est un acte de pardon. Donc le pardon est nécessaire pour la survie de la Côte d’Ivoire.

Mais Alassane Ouattara a accordé la grâce présidentielle à Laurent Gbagbo, n´est-ce pas un acte de pardon?

Quand les Gaoussou Ouattara, Lamine Diabaté, Ernest Boka, Jean Konan Banny avaient été arrêtés, c’est une loi d´amnistie qu´Houphouët-Boigny avait prise. Et c'est ce que Ouattara doit faire. C´est ce qui va lui permettre de sortir par la grande porte. Je lui parle en tant que frère. L´amnistie est un acte de pardon. La grâce un acte de pitié. La Côte d'Ivoire n´a pas besoin de la pitié mais du pardon.Si j´avais l´occasion de le rencontrer, je le lui aurais fait bien comprendre. Je ne pense pas qu´il soit méchant. Il manque d´un bon conseiller dans son environnement. Houphouët-Boigny avait ses sœurs Mami Faitêh, Mami Djénéba. Et il ne décidait jamais sans prendre conseil auprès de ses sœurs, auprès du chef canton Nanafouêt. Alassane Ouattara n´a pas cette attitude parce qu´il n´a pas quelqu´un comme ça dans son environnement. C´est ce vide que je tente de combler en lui parlant en tant que frère.Il faut une loi d´amnistie pour sortir de cette turbulence politique.

Une turbulence politique dans laquelle vous avez été secoué aussi après les nombreuses arrestations...

Oui sous le règne de mon frère Alassane Ouattara, j´ai fait la prison trois fois pour des raisons politiques mais j´ai toujours pardonné. La première fois, c'était en 2012 par Guillaume Soro et Mato Loma Cissé. Le premier me doit 275 millions. Sidiki Konaté et Chérif Ousmane sont témoins. La deuxième fois par encore Guillaume Soro et Gnénema Coulibaly, et la troisième fois, c´était en 2020 et c'est Hamed Bakayoko qui avait envoyé des encagoulés m´enlever à une semaine des élections. Ils ont ce jour-là emporté des ordinateurs et une forte somme. Dans les trois cas, tout s´est terminé par des ordonnances de non lieu. J´ai donc des raisons d´en vouloir à Alassane Ouattara mais non, je pardonné. Donc lui aussi peut pardonner.Pour l´intérêt général du pays, il doit favoriser une loi d´amnistie pour refermer définitivement la parenthèse de la crise post-électorale de 2010-2011.

L´actualité ivoirienne, c'est aussi le retour de Tidiane Thiam. Il est venu et est reparti après avoir rencontré Ouattara, Bédié et Gbagbo. Quel commentaire vous inspire ses actions?

Tidiane Thiam est un jeune frère qui a eu un brillant parcours universitaire et occupé de hautes fonctions dans des structures prestigieuses mais cela ne lui confère pas nécessairement des atouts d´un bon politique. Je ne suis pas trop pour les économistes politiques car il leur manque souvent une bonne vision politique.

Houphouët-Boigny n´avait pas une haute formation universitaire, Ouezzin Coulibaly, Sékou Touré non plus. Mais ils ont fait l´école de la vie. Donc je conseille à Thiam d'être sûr qu´il a une bonne formation de l'école de la vie avant de s'engager politiquement sinon, il risque de porter atteinte à ses brillants parcours universitaire et professionnel.Qu´il aille doucement.

Vous étiez récemment au Mali, avez-vous de nouvelles fraîches des 49 soldats ivoiriens qui y sont incarcérés? 

Les nouvelles ne sont pas trop négatives de façon globale. Au Mali, les chefs réligieux influencent beaucoup les décisions des politiques. Et je les ai côtoyés pendant mon séjour. Et je puis vous dire que le Mali est dans une vision du règlement de ce problème de façon pacifique. Ils disent qu'il faut tout simplement des rencontres entre des fils du Mali et des fils de la Côte d’Ivoire. Ils sont des frères. Ils considèrent que c'est un incident qui peut se régler dans le cadre de négociations directes où on n´a pas besoin de médiation d´un pays tiers. Je n´ai pas pu rencontrer nos soldats mais il m´est revenu qu´ils sont bien traités. Entre nous, on peut régler ce problème. Je suis prêt à accompagner la médiation nationale pour faire libérer nos soldats.

Interview réalisée par Dan Opéli

Content created and supplied by: Dan_Opeli (via Opera News )

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