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Kabran Appiah à l’opposition: « On a remplacé le débat national par le culte de la personnalité »

Depuis les échecs des stratégies de la désobéissance civile et du Conseil national de transition (CNT) lors de la présidentielle 2020, l’opposition ivoirienne reste marquée par un manque d’unité. Kabran Appiah, ex-ministre des transports et président du parti La Ligue des Mouvements pour le Progrès (LMP), explique les failles de l’opposition ivoirienne. Il l’a fait au cours d’un entretien réalisé mercredi 21 avril 2021 à Abidjan.

L’opposition manque de deux choses fondamentales dans toute lutte : elle n’a pas le véhicule et le message pertinents. Le véhicule pertinent, c’est le véhicule qui rassemble le plus. C’est chez nous les Marxistes, qu’est sortie la stratégie du front qui est opposable à la stratégie du héros qui n’est pas de gauche. Les Chinois, les Français ont dû faire front et les exemples sont multiples. L’opposition ivoirienne doit être capable de se rassembler dans un véhicule, je vois des patriotes se mettre dans un coin, d’autres peuvent les rejoindre.

Ceux de Gauche peuvent au moins être ensemble et gommer toutes ces querelles subalternes de positionnement personnel qui sont nécessairement médiocres et inférieures à la cause ivoirienne. Si nous en sommes incapables, tant pis pour nous. On va subir de défaite en défaite. On a fait des appels à chaque fois et les gens nous ont posé des problèmes de positionnement : ‘‘celui-là est un traite’’ quand vous finissez de dire cela, ça va où ?

Le message pertinent à l’endroit du peuple ivoirien qui souffre c’est lequel ? Les gens n’ont pas de travail. On a cartellisé les filières entières. Vous pouvez faire du cacao, de l'hévéa, de l'anacarde, tout, mais vous resterez pauvres. Vous avez entendu un opposant en parler ? Ce gouvernement est en train d’endetter massivement la Côte d’Ivoire pour les générations futures à une politique dispendieuse, qui nous expose et nous prive de politique dynamique future. On est à 16 mille milliards Frs Cfa d’endettement, quand vous aurez eu 30 mille milliards Frs Cfa, comment on fera ?

On nous parle du taux de 45% par rapport au PIB, c’est de l’escroquerie. C’est le même taux depuis Bédié. Il n’est même pas significatif. Le taux pertinent pour savoir si on peut s’endetter à un certain niveau, c’est la soutenabilité dont les indicateurs sont comment assumer les termes de maturité. Or on a eu récemment une extraordinaire cavalerie. On n’est pas arrivé à assumer les termes. On a dû ré-emprunter 800 millions d’Euros pour assumer les 500 millions d’Euros qu’on n’a pas pu assumer. C’est quand même extraordinaire. Ces débats n’intéressent personne. C’est plutôt les débats des querelles d’individus qui veulent être à tout prix présidents. 

Si tu n’es pas président à tout prix, cela fait quoi ? Ce ne sont pas les sorts individuels qui sont en cause mais le sort du pays. De quoi est fait le pays aujourd’hui ? L’identité bradée, l’orpaillage partout, les intérêts des Ivoiriens plus que jamais menacés, le chômage endémique des jeunes. Tous les acteurs politiques font assaut d’ingéniosité pour proposer des millions d’emplois. Ce qui est une stratégie complètement fausse. Ce qu’il faut ce sont les activités génératrices de revenus et non les emplois. C’est un paralogisme, un raisonnement juste sur des bases fausses. On part du principe que toute l’économie nationale doit devenir une économie moderne, ce qui est faux. L’économie performante n’est pas celle aux normes des performances du FMI.

C’est plutôt une économie dynamique productrice de richesses. Il faut faire en sorte que la production de richesse soit réactivée par des leviers divers de fiscalité, de facilité de financement. Je ne vois pas la véritable contribution de l’opposition. Elle en est pourtant capable mais on a laissé ces débats pour des débats sur les sorts des individus. Regardez l’appauvrissement du débat. Les Ivoiriens sont livrés à eux-mêmes.

Le culte de la personnalité est partout. On a remplacé le débat national par le culte de la personnalité. On célèbre les individus en lieu et place des projets. Voilà la véritable panne de l’opposition. Tant qu’on sera dans cette posture, je ne sais si on va arriver à intéresser les Ivoiriens. On pourra même les dégoûter de la politique.

Propos recueillis par Cyrille NAHIN

Content created and supplied by: Cyrille_NAHIN (via Opera News )

kabran appiah

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