Sign in
Download Opera News App

 

 

Comment les États africains sont piégés par les crédits de la Chine, avec saisie d'infrastructures

Il ne vous a peut-être pas échappé que depuis le 26 novembre 2021, l'Ouganda de Yoweri Museveni s'est retrouvé dans une situation quelque peu embarrassante, vis-à-vis de la Chine. Le gouvernement de ce pays d'Afrique de l'est a signé un accord de prêt avec les Chinois le 17 novembre 2015, portant sur la construction d'un aéroport à Entebbe, le plus important du pays.

La Chine a conclu ce contrat à travers Export-Import Bank of China (Exim Bank), pour 207 millions de dollars. Soit un peu plus de 103 milliards de FCFA.

Selon le contrat, les Chinois devraient être remboursés au bout de 20 ans, dont 7 ans de différé d'amortissement (c'est-à-dire que les Ougandais ont 7 années de grâce durant lesquelles ils ne remboursent pas le capital sauf les intérêts, 2% de l'emprunt en l'occurrence). 

(L'aéroport international d'Entebbe, en Ouganda, œuvre de la Chine)

Seulement voilà ! Depuis le 26 novembre dernier, l'on apprend par la presse locale que la Chine serait sur le point de saisir l'aéroport d'Entebbe, pour non remboursement de crédit financier. D'après ces mêmes informations, l'accord stipule que Pékin est en droit de saisir l'infrastructure et d'autres actifs ougandais, en cas de non remboursement. Le gouvernement a démenti cette information, de même que l'ambassade chinoise, quand bien même il est vrai que les conditions d'octroi du prêt stipulent qu'en cas de non-remboursement, l'Ouganda devra céder le contrôle de l'aéroport au créancier qui va l'exploiter pour récupérer ses fonds. 

En fait, la situation n'est pas si anodine. Elle pointe l'un des sérieux problèmes que l'Afrique traîne depuis des décennies. Le seul continent qui attend tout des autres, afin qu'ils viennent nous aider à nous développer. Et le moyen le plus ingénieux, voire extraordinaire, que nous avons pu trouver depuis toujours, c'est de faire le tour des créanciers pour nous endetter. Ainsi nous nous sommes endettés chez les Occidentaux, chez les Arabes, chez les Chinois... Le plus ridicule dans tout cela est que, toute honte bue, il nous arrive de nous plaindre devant les Blancs en expliquant que l'aide à destination de l'Afrique est trop petite, qu'elle est "insignifiante" ou que les taux d'intérêt sont beaucoup trop élevés pour nous. Comme si quelqu'un nous avait mis une corde au cou, en nous obligeant à contracter des dettes.

(La Chine a une solide expertise dans la construction d'infrastructures routières notamment)

À l'image de la plupart des bailleurs de fonds ou des créanciers, la Chine a aussi ses principes en termes de coopération. Généralement, en complément de l'argent, elle apporte son expertise sur le terrain en aidant à la construction des infrastructures : routes, ponts, stades, bâtiments, ports, aéroports, etc.

Évidemment, en tant que créancier, elle demande en retour des garanties. Ce qui est tout à fait logique. C'est un peu comme lorsqu'on a un projet et que l'on sollicite une banque pour obtenir un financement. L'institution financière demande des garanties, par exemple une hypothèque avant de décaisser les fonds. De sorte qu'en cas d'imprévus ou d'incapacité à pouvoir rembourser, certaines clauses du contrat lui permettent de recouvrer ses fonds en saisissant un bien en compensation.

(Nouveau siège du Parlement togolais, construit par la Chine en 2018)

C'est justement ce qui est arrivé au Sri-Lanka en 2017. Après avoir contracté une grosse dette qu'il n'arrivait plus à rembourser, ce pays a été obligé de céder à la Chine les deux tiers de son port (Port City). Les Chinois vont l'exploiter durant 99 ans. Pour rappel, les Sri-Lankais avaient fait appel aux Chinois pour la construction de leur port. Le groupe étatique China communication construction company (CCCC) a approuvé le projet, en bâtissant un complexe immobilier et portuaire avec une marina, des tours résidentielles, des hôtels, un casino, un centre financier, des magasins de luxe... sur près de 3 kms. Pour un coût de 1,27 milliards d'euros. Sauf que le Sri-Lanka s'est retrouvé dans l'incapacité de rentabiliser l'infrastructure, donc incapable de respecter ses engagements de remboursement.

Le même scénario a eu lieu en 2016 avec la Grèce. Etranglé par les crédits contractés auprès de la Chine, l'État grec a dû céder à la société Cosco le port du Pirée, à Athènes, l'un des plus importants de la Méditerranée. Cette société va exploiter le port jusqu'en 2052. Le Monténégro a également fait les frais de cette situation. En 2019, il a dû appeler l'Union européenne au secours, pour rembourser un prêt chinois.

Ce pays des Balkans qui veut rentrer dans l'Union européenne avait contracté une dette en mars 2014 auprès de la China Exim Bank (la même banque qui a financé l'aéroport ougandais). Le Monténégro devait céder des terres à la Chine, s'il n'arrivait pas à rembourser le crédit. Coincé, il a dû appeler les pays d'Europe à l'aide pour se tirer d'affaire. 

(Selon une étude de McKinsey les entreprises chinoises réalisent un chiffre d'affaires annuel de près de 200 milliards de dollars sur les marchés africains)

Ces exemples montrent bien comment des pays se retrouvent pris dans la nasse. Les clauses des prêts chinois, concernant les remboursements, portent sur le numéraire et très souvent sur l'exploitation des matières premières. Or ils savent qu'en Afrique, nous avons à profusion. Tout ce que nous possédons de précieux du reste et dont nous ne savons trop quoi faire. Pourtant, c'est ce que convoitent toutes les puissances du monde qui nous font la cour.

Hélas, cela semble intéresser peu les gens de savoir quel partenaire joue les premiers rôles dans nos pays du sud Sahara. Pourvu seulement que l'argent rentre... Mais le jour où l'on se retrouverait en défaut de paiement, nous serions peut-être obligés de céder (comme certains) notre souveraineté sur des biens à d'autres qui les exploiteront sous nos yeux, pour effacer ces dettes que nous aurions contractées avec avidité. L'exemple du Mali avec la Russie est assez éloquent, si l'on s'en tient aux mines d'or qu'ils auraient cédées pour une bouchée de pain. Juste pour qu'un autre pays vienne assurer leur sécurité, pourvu qu'ils dorment tranquillement avec femme et enfants. Est-ce franchement responsable, en plein 21è siècle ?

Ce n'est pas mauvais de traiter avec les autres. Mais attention tout de même à ne pas se faire avoir, pieds et poings liés.

(Le siège de l'Union africaine, à Addis-Abeba)

Toujours en Afrique de l'est, le Kenya avait conclu un contrat de 3,2 milliards de dollars auprès de la China road and bridge corporation (CRBC) pour la construction d'une voie ferrée. Cette affaire n'a pas encore fini de faire des vagues dans ce pays. Le gouvernement a démenti l'information selon laquelle le port de Nairobi pourrait être saisi en cas de défaut de paiement. Soit. Tant que tout se passe bien, il n'y a pas de souci.

Pour extrapoler un peu, le nouveau siège de l'Union africaine a été construit par la Chine, en 2012. Une façon de consolider sa place et son amitié avec l'Afrique. Un joli cadeau qui cachait tout de même une petite surprise. On ne l'a découvert que six longues années plus tard, en janvier 2018 lorsqu'on a appris que le géant d'Asie espionnait le siège, pour y avoir dissimulé des micros. Ce qui veut dire, en quelque sorte, que pendant tout ce temps la Chine était au courant de tout ce que nos dirigeants se racontaient entre eux dans les salles en a parté, ou lors des réunions officielles. Évidemment l'affaire n'a guère été plus loin, après les excuses "diplomatiques". Mais ça, c'est une autre histoire. 

Toujours est-il que la propension des Africains à s'endetter à tour de bras sans se soucier des conséquences pour les prochaines générations est une façon de se maintenir dans la servitude, la dépendance. Car il ne faut pas oublier que malgré sa stratégie low cost, la Chine a tout de même un appétit économique bien vorace. 

Content created and supplied by: Fatogoma (via Opera News )

chine ougandais yoweri museveni

COMMENTAIRES

Chargez pour lire plus de commentaires