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Le ministre Eric Kahe : Je laissais derrière moi, un Duékoué méconnaissable et dévasté

Le ministre Eric Kahe, Président de l'Alliance Ivoirienne pour la République et la Démocratie (AIRD), proche du président Laurent Gbagbo, à travers un témoignage dont nous avons reçu copie, est revenu sur les circonstances de son départ en exil le 15 avril 2011, après la violente arrestation du président Laurent Gbagbo en avril 2011. 

Celui que l’on surnomme « le pote des jeunes » que Duekoué attend avac impatience, a d’abord déposé sa valise au Ghana avant d'être accueilli par ses amis en France. 

L'ancien ministre du commerce en 2001, puis de la réforme administrative en 2003, le président Eric Kahe, dans ce témoignage, a décrit l'état dans lequel il a laissé sa ville natale, Duekoué, en ces termes : « Je laissais derrière moi, ce qui restait des miens, dans un Duékoué méconnaissable, dévasté par la haine, les manipulations et l'excessive victimisation devant servir diverses ambitions ».

Il faut rappeler que, comme le ministre Eric Kahe, plusieurs ministres et cadres proches du président Laurent Gbagbo avaient choisi de rester en exil, estimant que les conditions de leur retour n'étaient pas encore réunies. Évidemment, ils n'y étaient pas restés pour contempler les beaux gratte-ciels de paris, mais ils y étaient dans une posture de combat. Lequel combat a abouti à la manifestation de la vérité sur la crise post-électorale de 2010, c'est-à-dire l'acquittement et la libération du président Laurent Gbagbo et de son ministre Charles Blé Goudé. 

Ci-dessous l'intégralité de son témoignage...

« En ce 15 avril 2021, cela fait 10 ans, jour pour jour, que je quittais, contre mon gré, mon pays, pour une quête de survie, qui s'est transformée en un long exil. Que le temps passe si vite. Je laissais derrière moi, ce qui restait des miens, dans un Duékoué méconnaissable, dévasté par la haine, les manipulations et l'excessive victimisation devant servir diverses ambitions. 

Oublié de tous à cette époque, je ne fus pas invité à la Pergola, piège de sécurisation des vaincus.

Seul mon ami Sylvanus, depuis le Ghana, n'avait de cesse de me harceler de son assistance en vue de m'aider à quitter Abidjan en voie de devenir une Mogadiscio. Je résistais à cet appel, pourtant de la raison, tourmenté à l'idée d'abandonner les corps des miens et peiné de n'avoir pu pleurer mon oncle Nahi Doh, tué d'une balle à bout portant, à BAHE-B, au seul motif que ses assassins étaient venus s'emparer de la centaine de vaches qui étaient placées sous sa responsabilité. Quand j'ai dû me résoudre à partir, après l'appel insistant d'un jeune senoufo de Duékoué qui m'informait de la mise à prix de ma tête, D.ieu avait déjà pris rendez-vous avec moi.

Outre le miracle des conditions de mon départ d'Abidjan, le Seigneur a, depuis ce jour, revêtu mon indigence de son manteau de fidélité et d'amour. Que de miracles au cours de ces 10 ans ! Accra, Lomé, Cotonou, puis la France en quête de cette précieuse protection. L'inattendu départ de Cotonou pour la France, qui aurait pu ne pas avoir lieu si l'on tient compte de certains documents fournis en toute naïveté ! C'est aussi cela D.ieu qui sait écrire droit avec des lignes courbes, surtout quand il s'agit de transformer en force et en victoire la faiblesse des cœurs sincères et la foi d'enfant.

En regardant en arrière, quelle ne fut ma surprise de recevoir cet appel du 14 avril 2011 de cet ami-frère, loin de la sphère politique, mon aîné qui a permis ma sortie du pays, le lendemain de cet appel, en m'avouant agir ainsi pour continuer de me voir dans l'arène politique, avec ce "faire la politique autrement" qu'il dit apprécier. Nous pensions à un retour après quelques semaines qui sont devenues des années. Infiniment merci à lui. 

Merci aux familles, aux hommes et aux femmes qui, comme lui, ont accepté d'être les instruments de D.ieu pour le témoignage de Sa Gloire. 

Ma pensée émue à ma sœur, prépositionnée en Ardèche par le Seigneur, et à son époux pour leur inestimable amour et l'incroyable travail au profit de la Côte d'Ivoire auquel s'est laissée associer une autre exceptionnelle famille. Nos liens feront l'objet d'un témoignage particulier.

Merci à tous pour le gîte, pour le couvert, pour le sourire qui réchauffe du froid glacial. 

Merci pour ces immenses leçons, et surtout pour celle qui permet de cerner la différence entre le peuple français et le système que combattent justement, à la fois les peuples ivoirien et français.

Merci à ces leaders politiques et d'opinion, à ces syndicalistes, à ces cadres et militants de diverses formations politiques, qui ont mobilisé leur énergie au service de notre cause, allant jusqu'à prendre des risques pour nous ouvrir les portes d'institutions qui nous avaient été fermées par une terrible campagne médiatique et de savants éléments de langage.

Merci à ce peuple de Côte d'Ivoire, plus particulièrement à sa diaspora, pour sa lucidité et son refus de l'extrémisme, tout en restant dans la détermination pour la vérité et la réconciliation.

Merci à tous ceux qui nous prédisaient un retour, la tête haute, alors même que les rapports de force ne laissaient pas entrevoir cette issue du 15 janvier 2019, confirmée le 31 mars 2021. C'est aussi cela l'engagement par conviction. 

Nous ne revendiquons aucune victoire, celle-ci ayant généralement trop de pères. 

Nous souhaiterions juste nous engager sur la voie de l'exploitation des promesses d'un lendemain meilleur pour tous, avec la fin prochaine de cet exil de 10 ans qui coïncide avec le 15ème anniversaire de notre parti politique, l'AIRD, qui a tellement donné à toutes les nobles causes qu'il est resté à leur ombre.

Merci à tous nos camarades qui, ayant dignement assumé ce choix de l'intérêt général, veulent désormais porter plus haut d'autres idéaux, en étant foncièrement ancré dans le peuple.

Que toute la gloire en revienne au Seigneur ».

Cyclone225

Content created and supplied by: Cyclone225 (via Opera News )

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