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Pourquoi on a tant de mal à savoir précisément où se cache Guillaume Soro

L'adage dit qu'on n'apprend pas à un vieux singe à faire la grimace. Et ce n'est certainement pas à un ancien chef rebelle non plus, habitué des maquis qu'on apprendra les techniques de planque. Guillaume Soro ou encore Bogota, son surnom (même s'il s'est vu affubler de celui d'Anselmo Bruit depuis quelque temps) est passé maître dans l'art du camouflage et du brouillage de piste. Le déguisement aussi, ça le connaît.

Pour savoir avec précision où se trouve l'ex-chef syndicaliste de la FESCI ou espérer le prendre au nid, il faut se lever de bonne heure. Autant dire que ce n'est pas évident. Quelques exemples l'attestent et ajoutent au mystère de l'enfant de Kofiplé, son village natal à quelques kilomètres de Diawala, département de Ferkéssédougou, au nord de la Côte d'Ivoire.

Guillaume a presque tout pris de son père, Clément Sanga Soro. Ce dernier était un bouillant syndicaliste, du temps où il exerçait à la CIDT (Compagnie ivoirienne pour le développement des textiles). Ceux de sa génération qui connaissent le patriarche Clément savent qu'il n'était pas homme à se laisser intimider, malgré sa petite taille dont le fils a visiblement hérité, entre autres. Tel père, tel fils...

D'après certaines indiscrétions, Clément était connu aussi bien à Ferké, à Sinématiali qu'à Korhogo, en raison de son activisme. Il n'aimait pas les injustices, et il se faisait fort de revendiquer au nom de sa corporation. Et quand il entrait dans le bureau de ses supérieurs avec des doléances, il n'en ressortait qu'après avoir obtenu des débuts de satisfaction... A-t-il inspiré son fiston Guillaume, l'ex-petit séminariste passé par Katiola, et qui a raté une carrière de prélat pour devenir à son tour un leader remuant ? Le "Che" ou encore "Bogota" s'est aussi inspiré, durant ses années universitaires, de leaders sud-américains tel que le révolutionnaire cubain Ernesto Guevara. Leader incontesté de la FESCI en 1995, plus puissante organisation scolaire et estudiantine, il y passe quatre ans de lutte, soldées par "six emprisonnements, des grèves victorieuses, des négociations réussies avec le pouvoir Bédié et en 1997, l'élection comme l'homme de l'année en Côte d'Ivoire par la presse nationale", dixit le professeur Franklin Nyamsi dans une tribune internationale (Médiapart, 22 janvier 2018).

En traçant son chemin en politique (même si ça n'a jamais été une ligne droite), il n'en demeure pas moins que le fils Guillaume agace, inquiète, trouble, provoque, irrite même certains et agite sans doute le sommeil à d'autres. Le "jeune homme" semble insaisissable. Et ce n'est pas faux de l'affirmer. Depuis les années de lutte syndicale et son rôle de chef rebelle, il sait mieux que quiconque l'importance de connaître les techniques de planque et de camouflage.

Quelques exemples, connus de tous. Lorsqu'il était ministre de la Communication sous Laurent Gbagbo, en 2005, Guillaume Soro échappe mystérieusement à une foule de jeunes "patriotes" surexcités qui avaient pris d'assaut la cour de la RTI où il s'était rendu pour une visite de travail. Il explique lui-même qu'il était avec quelques-uns de ses collaborateurs dans une pièce, alors que les jeunes fouillaient une à une les autres salles, à sa recherche. Mais il ne donne pas plus de détails sur la manière dont il réussi à passer entre les mailles des filets de ceux qui lui en voulaient...

Le 29 juin 2007. Il subit un attentat, lors de l'atterrissage de son avion à l'aéroport de Bouaké, alors qu'il était premier Ministre et chef des Forces nouvelles. Il s'en sort miraculeusement, tandis que l'avion a été la cible de tirs de roquettes et de kalachnikov. L'attaque a fait quatre morts et dix blessés.

Dans la nuit du 9 au 10 octobre 2019, il échappe de justesse à une tentative d'arrestation de prétendus policiers à Barcelone (Espagne). Ces derniers s'étaient présentés comme étant des membres d'Interpol. Pourtant, l'institution internationale a nié à l'époque avoir mené une telle opération. Qui était donc derrière ? Mystère et boule de gomme.

Ce sont quelques événements de notoriété publique. Sans compter les autres. Habitué des maquis, Guillaume sait aussi y faire en matière de diversion. Par exemple, en 2020, à la veille des élections présidentielles, certaines personnes ont cru qu'il était rentré en Côte d'Ivoire. Suite à son discours musclé diffusé sur les plateformes sociales, une vidéo douteuse d'un de ses cortèges dans sa ville natale de Ferké avait été largement relayée, laissant croire qu'il était là. Une vidéo propagandiste pour brouiller encore une fois les pistes et semer le trouble dans les esprits.

Établi en France après un atterrissage manqué en Côte d'Ivoire en décembre 2019, la sortie d'Emmanuel Macron dénonçant son trop plein d'activisme à partir du territoire français, pousse Guillaume Soro à laisser planer désormais le mystère sur sa "terre d'exil". Est-il toujours en France ? Ni ses avocats, ni Guillaume lui-même, encore moins son service de communication ne donnent davantage de détails.

Un communiqué de GPS (Générations et Peuples Solidaires) a été signé de son chef de cabinet depuis Paris, la capitale française le 9 septembre. Sauf qu'encore une fois, ce n'est pas l'ancien Premier ministre lui-même qui le signe. En tous les cas, il laisse volontairement peu d'indices. Ce qui donne lieu à maintes suppositions et supputations dont l'ancien président de l'Assemblée nationale doit bien se marrer, depuis sa planque.

Content created and supplied by: Fatogoma (via Opera News )

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