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Déclarations fracassantes lors des législatives, gel des avoirs, etc. : Lida Kouassi à cœur ouvert !

Moïse Lida Kouassi a bien voulu revenir sur ses propos qui ont suscité de vives polémiques dans l’opinion, lors de la campagne pour les législatives du 6 mars dernier. Dans cette première partie de l’entretien qu’il a bien voulu accorder à Opera News, l’ancien Ministre d’Etat, Ministre de la Défense de Laurent Gbagbo, parle également du gel de ses avoirs et de la gouvernance du pouvoir actuel.  

Le 6 mars dernier, malgré votre entrée fracassante dans la campagne pour les législatives, les résultats des votes n’ont pas été en votre faveur. Quelles leçons tirez-vous de ces élections au niveau de Lakota ? 

A priori, nous étions convaincus que ces élections allaient être très difficiles pour nous parce que cela fait plus de 10 ans que nous n’avons plus participé à une compétition électorale dans ce pays. C’était un retour risqué. Mais en plus, nous savions que notre adversaire avait avec lui la CEI, même l’arbitre de touche était avec lui. Nous savions que les règles du jeu, la liste électorale, le découpage électorale nous étaient défavorables. Nous sommes partis dans ces élections à priori défavorisés. Le seul avantage que nous avions, c’est que sociologiquement, nous constations que nous avions les faveurs des électeurs. Nous y sommes allés par discipline du parti parce que le parti avait décidé que c’était assez de boycotter les élections et qu’il fallait que, quelques soient les conditions, nous nous engagions dans cette compétition. La première leçon que nous pouvons tirer, c’est qu’il est certes bon de participer  mais ont aurait dû lutter davantage pour obtenir des conditions moins mauvaises, moins défavorables. Mais quand nous avons regardé les résultats qui sont clairement en notre défaveur, nous nous sommes rendus compte de deux choses. Premièrement : les populations de Lakota ont voté majoritairement pour moi, dans tous les villages, tous les sous-préfectures y compris la périphérie de la ville de Lakota. Malheureusement, ces populations n’étaient pas inscrites sur la liste électorale. La proportion des populations inscrites était assez faible. Il faudrait donc renégocier l’ouverture sur les listes électorales pour que la participation aux élections soit suffisamment large pour que le peuple soit impliqué dans la désignation de ses élus. La deuxième chose que nous avons observée, c’est que nos adversaires du parti au pouvoir ont beaucoup usé de la puissance corruptrice de l’argent. Ils ont excellé dans l’achat des consciences des personnes qui sont appelées à surveiller les votes. La troisième leçon à tirer, c’est qu’il faut que la Commission électorale soit véritablement indépendante. Il ne faut pas qu’elle soit inféodée, intimidée et téléguidée par le pouvoir. Notre résultat nous était favorable jusqu’à la dernière minute avant que les cinq bureaux de vote des « quartiers dioulabougou » de Lakota n’entrent en ligne de compte. C’est là que notre adversaire a largement fraudé. C’est là que nos propres hommes ont été payés et ont ouvert la voie à la fraude. Ce qui fait que notre adversaire prétend que dans ces cinq lieux de vote il a obtenu 3 000 voix. Ce qui était difficile à rattraper. Je peux vous dire qu’il y avait beaucoup d’éléments de preuves, les bulletins sans stickers et bien d’autres choses mais j’ai estimé qu’il n’était pas nécessaire de faire des recours.  

L’une des leçons que vous avez tirées de ces législatives, c’est la non inscription des électeurs. Est-ce que vous ne pensez pas que votre parti est pris à son propre piège en ayant mis dans l’esprit de ses militants et sympathisants l’idée du boycott ? Mieux, avant ces législatives, il n’y a pas eu de véritables tournées de sensibilisation.  

Le parti a lancé un mot d’ordre de boycott qui était justifié. Je précise que le boycott est un moyen de lutte démocratique, un moyen de revendication. Rappelez-vous qu’à l’époque, au moment où on nous demandait de revenir dans les élections, nous étions tous en fuite, en exil, en prison. Nous craignions pour nos vies et celles de nos militants et sympathisants. Nous ne pouvons pas dire en ce moment là que nous allons à des élections. L’environnement nous était défavorable. Les FRCI étaient à nos trousses. Le boycott était justifié pour appeler le pouvoir à la négociation, pour créer les conditions d’une compétitions électorale équitable et démocratique. Cela se fait dans tous les pays du monde. Maintenant, quand le pouvoir demande qu’on vienne à des élections, il aurait pu créer les conditions de dialogue pour que ces questions-là soient examinées. Tout le monde sait que le découpage électoral est proprement scandaleux. Dans les circonscriptions du nord, 25 000 habitants suffisent pour avoir un siège. Or au Sud, je donne l’exemple de chez moi à Gnabézaria, 65 000 habitants, il n’y a pas de siège. Il y a une sous-préfecture mais il n’y a pas de siège. Pire, on a associé les 65 000 habitants de Gnabézaria au 55 000 habitants de Goudoukou, ce qui fait plus de 120 000 habitants à qui on a donné un seul siège. Il aurait fallu réajuster les choses à ce niveau. La Commission électorale, CEI, parlons-en ! La Cour africaine a pris un arrêt pour dénoncer cette Commission électorale et demander au gouvernement de la reformer en profondeur pour que l’opposition trouve sa place à la fois à la Commission nationale et dans les Commissions locales. Le pouvoir a fait la sourde oreille. Le pouvoir n’a pas laissé le temps à l’opposition de négocier la réinscription de tous les électeurs sur la liste électorale et les mesures préalables qu’il fallait prendre pour rendre ces élections-là démocratiques et fiables. Ce n’est donc pas la faute du FPI, c’est le pouvoir qui ne voulait pas d’une élection démocratique. Ce pouvoir a toujours agi en opérant des passages en force. Il n’a jamais cherché des compromis avec son opposition, jamais il n’ y a eu de dialogue. C’est ce qu’il faut retenir. 

Mais est-ce que la non participation massive des militants de l’opposition aux élections n’a pas été un frein pour vous ?  

Nous avons très peu d’électeurs inscrits sur la liste électorale, ça c’est vrai. Mais lorsqu’on cherche à situer les responsabilités, ce n’est pas au FPI. Regardez dans certains pays autour de nous, les partis politiques et les populations sont obligés de boycotter les élections parce que les présidents veulent faire des passages en force. Des personnes qui ont fait 30 ans, 40 ans au pouvoir et qui pensent que c’est à cet ultime mandat-là qu’ils vont rendre les populations heureuses et qui font tout pour exclure l’opposition significative des élections en imposant des conditions électorales qui leur sont à priori favorables. Dans ces situations, les oppositions sont obligées de décréter le boycott pour exiger de meilleures conditions.

 

Une certaine opinion pense que vous étiez absent sur le terrain que vous n’avez pas préparé en votre faveur contrairement à votre avantage et que vous comptiez sur votre parti politique parce qu’il serait majoritaire à l’Ouest, au Centre-ouest, etc. pour espérer vous faire élire. Qu’est-ce que vous en dites ? 

L’observation est en partie justifiée, mais ils faut allé au-delà. Je suis sorti de prison depuis 2018. Avant cette période, j’étais en prison. Comment devrais-je faire pour être présent sur le terrain ? Mieux, je sors de prison en août 2018 et depuis cette date, mon compte et mes avoirs sont toujours bloqués alors que mon adversaire a d’énormes moyens financiers. Voilà les conditions dans lesquelles la plupart des candidats de notre parti se sont retrouvés. Nous étions en face des personnes qui se sont enrichis pendant 10 ans et qui nous ont asséchés financièrement pendant 10 ans. C’est cela qui explique mon absence sur le terrain. Ma résidence à Lakota a été saccagée et incendiée. Si je pars chez moi à Lakota je suis obligé d’aller chercher une chambre dans un hôtel. Ne dites pas simplement que parce que vous étiez absents, vous étiez sûrs de vous. Oui, Lakota est un fief du FPI, tout le Lôh Djiboua d’ailleurs. C’est un fief de Laurent Gbagbo et du Front populaire ivoirien. Donc à priori, on pouvait dire qu’on peut être le favori de ces élections. Mais dans les conditions réelles où nous sommes partis sans moyens, parce que mes comptes et mes avoirs sont bloqués, pourtant j’ai été libéré par voie d’Amnistie. Quand on est libéré par voie d’Amnistie, en droit cela veut dire le pardon de tout. Normalement, mon compte devait être dégelé depuis 2018. Il ne l’est pas jusqu’au jour où on parle.  

Et donc vous avez sorti une arme fatale que vous pensiez vous positionner face à votre adversaire du RHDP, notamment le discours que vos détracteurs qualifie de discours xénophobe, d’incitation à la haine, etc. Que répondez-vous ? 

La xénophobie, c’est la peur de l’étranger, la haine de l’étranger. Qui était étranger à qui j’ai parlé à Lakota ? 

Votre adversaire du RHDP, Monsieur Kouyaté, n’est-il pas visé ? 

Mais il dit qu’il est Ivoirien. Il n’est pas étranger.  

D’aucuns disent qu’ils est étranger à Lakota, n’est-ce pas ? 

Ce que j’ai déploré et que les gens ne comprennent pas encore, c’est pourquoi j’ai demandé un débat télévisé avec mes contradicteurs pour que les Ivoiriens comprennent bien. La démocratie c’est quelque chose de fragile. Elle a besoin qu’on veille aux équilibres sociologiques, aux équilibres géopolitiques qui la sous-tendent pour qu’elle soit stable et durable. J’ai dit que si nous ne prenons garde, nous risquons d’avoir une assemblée nationale qui est dominée par la suprématie d’une seule communauté en Côte d’Ivoire. Ce n’est pas bon pour la démocratie. Quand le RDR-RHDP a déjà de nombreux élus au Nord, qu’il présente des candidats sudistes quand ils sont dans les régions du Sud, de l’Est, du Centre, de l’Ouest pour que les populations de ces zones-là soient légitimement représentées à l’assemblée nationale. Voilà la question que j’aborde. Elle a fait suffisamment polémique. Je m’en tiens à ce que je viens de vous dire et j’attends qu’on m’invite à un débat télévisé pour dérouler mon argumentaire, je vais donner les raisons et je vais faire des propositions pour résoudre ce problème. Ceux qui sont élus à Lakota, à Divo, à Agboville et même à Man commune, pour la plus part ce sont des allogènes, c’est-à-dire des Ivoiriens venus d’ailleurs qui se sont faits élire dans ces régions pour parler au nom des autochtones de ces localités. Or ce qu’on attend à l’assemblée nationale, c’est que ces populations, ces sociétés soient représentées à l’assemblée nationale pour qu’elle mérite son appellation « assemblée nationale ». C’est simplement ce que je veux dire. 

Mais Monsieur le Ministre, quand on est élu député, le pouvoir s’étend à toute la nation. Qu’on soit originaire du Nord de la Côte d’Ivoire et qu’on soit élu à l’Ouest c’est l’intérêt de cette nation-là qu’on va défendre... 

Ça c’est un principe. Vous admettez qu’un Chinois qui arrive aujourd’hui en Côte d’Ivoire peut se présenter ? De toute façon, une fois qu’il est élu, il devient un député de la nation. 

Monsieur le Ministre, nous parlons des Ivoiriens qui ont la possibilité de se présenter là où ils veulent. 

Non, mais il faut distinguer le principe de la réalité. Le principe a un contenu. Quand on dit que vous êtes un député national, cela veut dire que vous avez un impact national, vous êtes à l’assemblée nationale pour prendre des décisions qui s’appliquent à la nation. Mais l’assemblée nationale elle-même c’est une représentation nationale. Cela voudrait dire que l’assemblée nationale, dans toute sa composante, doit être représentée, y compris les minorités. Pourquoi on nous demande aujourd’hui d’avoir 30% des femmes ? C’est pour ne pas que les femmes soient exclues. Sinon elle aurait pu se passer de la gente féminine. Je pense que dans cette assemblée nationale, on ne devait pas prendre des mesures qui excluent les populations autochtones de Lakota, de Divo, d’Agboville, de Man, et les faire représenter par les gens qu’ils ont accueilli chez eux mais qui ne sont pas eux. 

Mais dans cette posture que vous avez adoptée, la direction de votre parti aurait pondu un communiqué pour vous désavouer. Pensez-vous que c’est parce que vous n’êtes pas suffisamment compris ? Quel commentaire faites-vous sur ce sujet ? 

Ce que je pourrais vous dire, c’est que le moment du débat viendra. Pour l’instant, nous nous en tenons à ce que j’ai indiqué. Mon souci, c’est que notre assemblée nationale représente effectivement les équilibres géopolitiques de la nation. Mon souci n’est pas d’avoir la haine d’un étranger quel qu’il soit.      

Comment avez-vous apprécié le communiqué de la direction de votre parti ? 

Ce n’est pas la première fois que je suis incompris par mon parti mais le temps m’a donné raison. Souvenez-vous en 2004 on m’a passé en jugement à la Convention du parti. Nous en sommes où aujourd’hui avec les chefs d’accusation contre moi ? Il se racontait que j’ai tué Boga, j’ai volé 50 milliards FCFA, j’ai trahi Gbagbo, j’étais de connivence avec la rébellion. Quand la question de la division du parti a commencé avec Affi qui prenait une tangente, j’ai été de ceux qui ont dénoncé cela dès le départ. Mes camarades ne m’ont pas suivi. A l’époque, on pensait que j’étais un anti-Affi. Où en sommes-nous aujourd’hui avec ce dernier ? Par conséquent, on peut me désavouer maintenant mais le temps va clarifier les choses.

 

Interview réalisée par Saint-Claver Oula et Franck Koffi 

La suite ce mercredi 21 avril

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