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Qui disperse les partisans de Gbagbo ?

Rien ne présageait à première vue une telle configuration politique après le retour triomphal de l’ex-président Laurent Gbagbo le 17 juin dernier.

En effet, si le président Bédié était de plus en plus critiqué en raison d’erreurs supposées comme l’appel de Daoukro ou le boycott de la présidentielle de 2020, si le président Ouattara subit toujours de plein fouet la fronde de Guillaume Soro, transfuge de son propre camp, Gbagbo Laurent bénéficiait, jusqu’à son arrivée, de toute la confiance de son camp et même au-delà.

Pourtant, 100 jours après ce retour tant attendu, la réconciliation avec le camp Affi  n'est plus à l'ordre du jour, le divorce avec Simone Ehivet s’est répercuté en politique, et même Blé Goudé, le filleul codétenu, semble ne plus parler le même langage que son mentor.

Gbagbo a-t-il surestimé son propre aura, au point de se séparer volontairement de collaborateurs aussi influents ? A-t-il mal géré les inévitables rivalités entre potentiels successeurs ? Qu’est ce qui n’a pas marché ?

1. Un silence contre-productif

Le premier problème du président Gbagbo fut son silence de dix ans, pendant qu’il était dans les geôles de la Haye. Alors qu’il aurait pu éclaircir toutes les incertitudes, dissiper tout malentendu sur sa candidature à la tête du FPI pour remplacer Affi N’guessan, le président Gbagbo a choisi de se taire, au point que beaucoup de cadres qui lui étaient pourtant loyaux, ont vraiment douté de l’authenticité de sa fameuse lettre de candidature.

Marcel Gossio, Agnès Monnet, Abouo N’dori Raymond et même le jeune patriote Konaté Navigué sont restés plusieurs années dans le FPI d’Affi N’guessan, convaincus que l’autre groupe ne faisait qu’utiliser le nom de Gbagbo pour diriger le parti par procuration. La méfiance faisant son effet, les crispations se sont renforcées et les tensions ont pris une tournure irréversible.

Il suffisait pourtant qu’à cette époque, Gbagbo dise un mot. Affi N’guessan lui-même n’aurait plus eu aucune force si Laurent Gbagbo avait publiquement désigné Sangaré comme son candidat à la présidence légale du FPI.

2.Un divorce controversé

Il est malséant de commenter la vie privée, en particulier la vie sentimentale d’un grand homme comme Laurent Gbagbo. Cependant, force est de constater que les affaires privées de l’ex-président, ont eu un impact, et non des moindres, sur son appareil politique. De toute évidence, les militants n'ont pas été correctement préparés à encaisser la nouvelle du divorce Laurent-Simone, et pire, la communication autour de celui-ci a été calamiteuse.

Pourtant, la nouvelle compagne du président est bien plus qu’une épouse, c’est aussi une alliée et une arme politique de poids. Communicatrice de formation et de profession, elle a su user de son influence auprès du président Gbagbo pour que ce dernier « mette de l’ordre » dans son entourage. Les journaux lui appartenant ont méthodiquement contribué à la chute politique d’un Pascal Affi N’guessan tout aussi frondeur, et des cyber-activistes se disant proches d’elle, ont tenté de déconstruire le mythe Simone, qui était jusque là un monument intouchable dans la Gbagbosphère. Aujourd’hui, beaucoup parmi les pro-Gbagbo qui se refroidissent se présentent en fait comme des anti-Nady.

3.Le "grand retour" mal ficelé

Le 17 juin dernier, le président Laurent Gbagbo était au faîte de sa popularité dans le monde entier. Dans l’histoire, c’était presque du jamais vu : un ancien président africain vilipendé, publiquement humilié, qui se retrouvait acquitté de toutes les charges par la CPI et rentrait libre dans son pays. Ce scénario idéal, tant rêvé, de son retour en politique, n’a hélas pu être capitalisé pour écraser toutes ses rivalités internes, secrètes ou déclarées.

En effet, en saluant chaleureusement Simone et Mamadou Koulibaly à l’aéroport, comme il l'a fait avec Ouattara, en pardonnant publiquement à Affi, en évoquant le triste sort de Blé Goudé, au moins autant que celui de Soro, Laurent Gbagbo aurait vaincu d'avance tous ses potentiels successeurs un peu trop pressés. Ce schéma à la Mandela n’a malheureusement pas existé. En lieu et place, l’on a assisté au désaveu de Simone, au procès d’Affi N’guessan et à l’étrange oubli de Charles Blé Goudé, qui pourtant garde toute sa popularité auprès de la jeune génération souverainiste.

4.Que retenir?

Ce qui plombe aujourd’hui le camp Gbagbo, c’est son incapacité à transformer le triomphe historique de la Haye en ciment de l’unité des troupes, et en carburant pour la suite du combat interrompu. Ce qui alourdit la machine Gbagbo c’est un certain nombre de choix – erronés – opérés par le leader et qui au lieu de rassembler, ont contribué à fissurer davantage sa base.

On observe aujourd’hui un camp Blé Goudé (Cojep), un camp Affi (FPI) et un camp Simone qui se structure progressivement (MGC). Les plus radicaux pourraient trouver ces poches négligeables, mais expliqueront difficilement pourquoi malgré la libération de Gbagbo, EDS n’est arrivée que 3ème (avec seulement 17 députés) aux dernières législatives derrière un PDCI pourtant affaibli (65 députés). Quand on sait que le camp Gbagbo était le plus nombreux à la dernière confrontation impliquant les trois grands (31 octobre 2010), cela donne à s'interroger.

Aux adeptes du « le chef a toujours raison, il sait ce qu’il fait », il faut peut-être rappeler qu’un général, aussi stratège soit-il, peut très bien commettre des erreurs, surtout s’il n’est pas correctement imprégné des réalités du terrain. Vous avez beau être une icône mondiale, si vous vous privez de vos relais au plan local, vous perdrez quelques voix précieuses dans des villes, villages et hameaux de votre propre pays.

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Content created and supplied by: Coulix (via Opera News )

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